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"L’Europe, l'Europe, l'Europe..." qu'ils disent, mais quelle Europe et pour quoi faire ?

A propos des licenciements et des services publics...

Par Jacques Cotta • Droits fondamentaux • Dimanche 17/05/2009 • 4 commentaires  • Lu 2135 fois • Version imprimable


À quelques semaines des élections pour renouveler le parlement européen j’étais invité à Bordeaux à intervenir dans une assemblée sur la question des services publics en général, de l’énergie en particulier, en relation avec la situation des « travailleurs pauvres » et des « riches et presque décomplexés ». Le cœur de la discussion devait porter sur les directives européennes qui ont imposé la « libéralisation » du secteur de l’énergie et sur les conséquences pour la population locale. Ici, les abonnés à « Gaz de Bordeaux » ont vu leur abonnement augmenter en effet de 80 à 140% après la scission de l’entreprise en deux entités distinctes devant assurer la production et la distribution.

 

Il y a déjà quelques années, les militants de la CGT de Gaz de Bordeaux, notamment lors des directives européennes de 1996 et des lois votées par le parlement pour les transcrire dans les années 2000, tiraient le signal d’alarme. Mais dans une indifférence pratiquement générale. Aujourd’hui le résultat est là !

 

Pour remédier à la situation deux réponses sont apportées aux responsables de la section syndicale qui se démènent de délégation en délégation :

 

  • Alain Juppé, maire de Bordeaux, reconnaît sans détour la responsabilité des directives européennes. Pour ne pas imposer une concurrence déloyale à « Gaz de Bordeaux », propose-t-il de dénoncer directives et traités européens ? Non, c’est tout l’inverse. Il propose que l’application faite par « Gaz de Bordeaux » de la loi européenne soit imposée sans attendre à toutes les entreprises intervenant dans le domaine de l’énergie qui trainent des pieds. La loi européenne pour tous au nom d’une "concurrence qui doit être loyale". En un mot, que les augmentations des tarifs qui en découlent pour les abonnés locaux soient étendues sur le territoire national pour tous les citoyens frappés par leurs fournisseurs respectifs.

 

  • Au titre des forces politiques présentes dans cette assemblée, le front de gauche dont un représentant, en guise de réponse à des usagers inquiets, a proposé "d'aller aux urnes pour la vraie gauche aux élections européennes". En un mot : « en juin votez bien pour le front de gauche et cela ira mieux ! ».

 

C’est sur cet argument qu’il faut nous arrêter. Il met en effet en lumière l’incapacité des participants aux élections européennes de répondre concrètement aux préoccupations vitales de la population. Il éclaire l’orientation du front de gauche qui a fait de la campagne européenne son cheval de bataille et illustre une certaine vacuité du discours qui confine à l’escroquerie pure et simple. En effet :

 

  1. Un député européen n’a aucun pouvoir. Toute proposition doit être soumise à l’accord de la majorité des membres du parlement.
  2. Une proposition doit s’inscrire obligatoirement dans le cadre de la mise en œuvre des traités européens qui dictent par exemple les privatisations et la concurrence libre et non faussée.
  3. En dernier ressort c’est la Commission européenne qui décide.

 

Comment mieux illustrer ce qu'est un Parlement Croupion, couverture d’une politique qui se décide ailleurs, que ne le fait parlement européen. Aucune démocratie n’est de mise. Aucune proposition autre que ce qui va dans le sens des traités qui concentrent tous les mauvais coups contre les peuples n’a droit d’expression. Dés lors l’argument du vote en juin au parlement européen pour régler les problèmes urgents auxquels les peuples sont confrontés ne peut servir qu’à offrir quelques postes aux prétendants, mais en rien aider à répondre aux revendications des travailleurs, des salariés, des jeunes ou des retraités, des citoyens.

 

C’est alors qu’un second argument pour justifier les listes aux européennes voit le jour : il s’agirait de la sorte de « permettre une recomposition à gauche ». Là encore, quelques constats simples permettent de se faire une idée assez nette de la valeur de cet argument.

 

  • Quotidiennement tombent sur toute la population les coups dictés par les intérêts du capitalisme en crise qu’il s’agit de sauver. L’union européenne est le bras armé du capital pour mettre en coupe réglée tout ce qui doit l’être pour ses intérêts.

 

  • Comme dans toute l’Europe des vagues de licenciements frappent en France avec une violence terrible. Ce sont des centaines de milliers, des millions, qui à court terme vont se retrouver dans la précarité et la misère avec leur famille et leurs proches.

 

  • Les services publics sont particulièrement visés, dans une opération de déconstruction sans précédent. La santé, la sécurité sociale, l’éducation, la poste, les communications, etc.… Fonctionnaires mais aussi simples usagers des services publics sont attaqués dans leur vie quotidienne avec des conséquences terribles pour les individus comme pour le territoire.

 

Pour construire une « force à gauche », c’est à ces questions qu’il faut répondre. Non comme le font tout compte fait tous les partis –votez pour moi et on verra après- mais immédiatement, dans les propositions de mobilisation, d’action. Que le front de gauche ou d’autres s’engagent pour agir concrètement pour l’interdiction des licenciements, pour réaliser l’unité, pour jeter leur force dans l’organisation de comités unitaires qui s’assignent l’objectif d’une marche nationale sur Paris, pour sauver les services publics, et ils montreront en effet leur utilité digne d’engagement et de soutien. Mais à l’inverse, qui peut donc croire, face à ces constats rapides qui expriment la remise en question de tous nos droits constitutionnels, que le vote au parlement européen pourrait en quoi que ce soit modifier cette réalité ? Evidemment il n’en n’est rien, et c’est pourquoi la présentation de listes à ces élections est indépendante des besoins des peuples, n’apporte aucune réponse aux exigences de l’heure.

 

Dés lors une autre orientation était possible. C’est d’ailleurs François Fillon premier ministre, agent de l’union européenne, qui dévoile le pot aux roses. « La crainte de l’UMP, notre crainte » a-t-il dit en substance, « c’est l’abstention qui poserait un problème de crédibilité de l’union européenne ».

 

On peut en effet comprendre la crainte exprimée par le premier ministre qui redoute là la véritable continuité du 29 mai 2005. Dans le référendum sur le traité constitutionnel rejeté par le peuple français, la réponse était donnée, claire, sans ambiguïté. Et ces élections au parlement européen n’ont d’autre objectif que de tenter de gommer ce que le peuple a déjà exprimé. Certes, au congrès à Versailles, UMP et PS avait déjà fait un premier pas en imposant contre la souveraineté nationale ce que le peuple avait rejeté. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait de façon détournée refaire voter le peuple. C’est à ça que servent ces élections au parlement européen de juin, c’est pour cela que François Fillon redoute l’abstention. Et c’est dans cette opération que les « nonistes » d’hier, du NPA au PG en passant par le PCF ont plongé la tête la première.

 

La question européenne est sans doute trop sérieuse pour être instrumentalisée telle qu’elle l’est par les représentants de l’union européenne, de l’UMP, du PS ou du front de gauche. Elle mérite discussion sur quelques points hors desquels toute politique européenne n’est qu’adaptation à la construction en cours qui s’opère contre les peuples d’Europe et donc contre le peuple français. De la paix à l’abrogation de toutes les mesures anti démocratiques, anti sociales et anti populaires, de la maîtrise par les peuples de leurs propres affaires à l’élaboration des coopérations entre nations libres, toute tentative qui fait fi de la nécessité d’opposer à la construction européenne la souveraineté nationale ne peut que soumettre toujours plus les peuples aux intérêts du capital. Que valent en effet tous les discours pour « une Europe sociale » alors que la marche à la liquidation de millions d’emplois est engagée, à la destruction des services publics, sous la direction de l'union européenne. C’est bien sur le terrain vivant de la lutte des classes que se posent ces questions. C’est sur ce terrain qu’il est possible d’apprécier positions et engagements…

 

François Fillon a bien raison de redouter une forte abstention ! Parions que ses craintes se réaliseront…

 

Jacques Cotta


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Commentaires

par bquentin le Dimanche 17/05/2009 à 20:54

1633 après J.C... L'arbre aux pendus... (note 10 cyclique si clic sur article du lien bleu signalé en alarme) lien actualisé 2009, billes de J.C. soit Jacques..Callot avec remise au goût du jour...La Ballade des pendus sans François Villon, pourtant cela y ressemble furieusement ou fortement, eau forte et jolis vers durs sur le terain de la verdure, RH 1633/2009, dites 33 santé ! sondage du terrain social et de secousses sismiques possibles, (bis: la note 10 de ce court texte est la meilleure). Ceci est bien mieux dit que ce que peuvent écrire partis, syndicats, médias, et caetera, toujours est utile et le restera de savoir ce que pensent et conseillent certains cabinets de conseil dont celui-ci http://www.epsy.com/news/tele/Note67.pdf


des listes pour escamoter une campagne noniste? par c_berthier le Mardi 19/05/2009 à 15:17

Force est de constater qu'en 2005, à cette époque, sur les estrades, les marchés et les écrans, se déroulait une bataille acharnée entre défenseurs et opposants au TCE...au moins dès que la prise de position du congrès de la CGT de fin février 2005 eut "dégelé" les militants, forçant certains partis à ranger leurs affiches rouges "pour une autre europe".
En 2009, alors que les attaques contre l'emploi, l'université, les services publics, etc. font rage et que de grandes manifestations défilent à 3 reprises, les militants politiques ont été mobilisés sur des questions plus internes: "refonder la gauche", "être clair par rapport au social libéralisme", constituer puis tenter d'unifier des listes "anti-libérales", etc. 
Tous combats dignes d'intérêt. Mais il faut juger l'arbre à ses fruits: le NON de gauche s'est dilué, pas un seul "noniste" ne pointe plus dans les rangs socialistes, au point qu'il semble que tous les leaders "socialistes" se déclarent pour le TCE de Lisbonne..., qu'à gauche un député PGE de longue date refuse de faire une campagne contre l'union européenne et que les élites écolos se sont rangées derriere un europhile intransigeant.
Alors: hasard, nécessité ou préméditation? Pourtant, du point de vue de la masse des électeurs, le bilan de l'union européenne et des partis qui s'en réclament n'est pas bon. On ne compte plus les mesures socialement négatives prises au nom de Bruxelles. 
Il n'y a pas de nouvelles raisons de voter oui et pour les partis du oui: il y en a moins. Si les partis et les leaders du NON de 2005 ne s'en réclament qu'avec timidité, pas étonnant que l'abstention puisse se renforcer et le PS perdre ses électeurs de 2004. 
Beaucoup de temps a été perdu par le Parti de Gauche, en particulier, pour se présenter avec d'autres comme héritier de la gauche du NON, notamment des électeurs socialistes qui, en 2005 avaient voté contre leur direction ouiste.


Re: des listes pour escamoter une campagne noniste? par bquentin le Mardi 19/05/2009 à 17:33

j'ai lu et extrait ceci "...Il n'y a pas de nouvelles raisons de voter oui et pour les partis du oui:..."
Et je dirai même plus : le 7 du mois 6 de lan 9 il n'y a aucune raison, qu'elle soit nouvelle ou ancienne, d'aller exercer son Droit de citoyen, Droit pourtant acquis de hautes luttes, pour s'en aller voter au " parle" "ment" décrété Europe Unie, j'irai donc à la pêche au thon rouge en péril, au moins là parfois ça mord en hautes eaux et les boycotteurs seront majoritaires, ce qui sans doute ne changera rien dans l'immédiat tout comme ne changera rien le fait d'aller voter en bon électoraliste je ne sais pour qui et quoi.
Pourtant la mémoire est parfois nécessaire ils ont voté et puis après ... Déni de vote ! République privatisée à notre vue et su et depuis quand ? On connait la chanson du NON, air de l'ère des traités précédant l'an 2005 et des traités suivants et ce qu'il en est advenu. Sans remonter trop loin dans le siècle précédent, Ma as triche c'est où et quoi et quand ?
Dés pipés, les jeux sont faits ! mais qui étaient donc ceux qui avaient voté oui à ce texte antique 92 prémonitoire de suites à prévoir ?


Re: des listes pour escamoter une campagne noniste? par c_berthier le Samedi 23/05/2009 à 15:11

je ne comprends pas le commentaire de bquentin. 
Je dois m'être mal exprimé. 
Je ne me soucie pas du vote oui de 2005, sinon pour dire que le PS, l'UMP et l'UE ont un bien maigre bilan européen en faveur de leur électorat populaire. Les électeurs socialistes qui ont voté NON en 2005 vont avoir beaucoup de mal à voter pour la liste PS en 2009.
Concernant l'abstention, voter n'est ni un rite ni un geste indispensable à la vie comme respirer. Reconnaitre que le peuple est souverain, c'est aussi lui reconnaitre le droit de ne pas voter et d'avoir des raisons pour ce faire. 



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