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Transgressions et reclassements

Encore fois sur le prétendu clivage droite/gauche

Par Denis Collin • Internationale • Lundi 27/04/2009 • 1 commentaire  • Lu 1904 fois • Version imprimable


Les élections européennes se préparent dans l'indifférence générale. Pour l'immense majorité des travailleurs, salariés ou indépendants, c'est la crise économique qui est le problème majeur et dans la crise l'UE s'est cachée sous la table, les gouvernements nationaux montrant qu'ils restaient les seuls instances aptes à l'action politique - quoi que l'on pense par ailleurs de cette politique. Pourtant, pour l'observateur extérieur, ces élections traduisent à leur manière des transformations décisives dans le champ politique et dans les rapports entre partis et classes sociales.

Sur le manifeste électoral d’un mouvement qui sollicite les suffrages des électeurs pour les prochaines élections européennes, on peut lire ceci

L’Europe des délocalisations : Avec l’envolée de l’euro, un produit fabriqué en Europe coûte 40% plus cher que le même fabriqué aux États-Unis. Résultat : nos entreprises licencient et délocalisent.

L’Europe du moins-disant social : Dans sa volonté de tout harmoniser, Bruxelles pratique le nivellement par le bas : détricotage du droit du travail, suppression des services publics…

L’Europe américaine : Le retour complet de la France dans l’OTAN est un choix contraire à l’intérêt de la France. Il l’entraînera à mener des guerres qui ne sont pas les siennes !

Le profit au détriment de la santé et de l’environnement : Sous la pression des lobbies, la Commission de Bruxelles impose la culture des OGM en plein champ malgré les mises en garde des scientifiques.

Et bien d’autres choses encore ! Ce mouvement ne fait pas partie de la « gauche de gauche ». Il s’agit de « Debout la république », le mouvement fondé par Nicolas Dupont-Aignan, député ex-UMP et représentant du « souverainisme ». Au contraire, le manifeste du PSE (que défend le Parti socialiste français) reprend à son compte la ligne des élites mondialisatrices, favorables à l’OTAN et au détricotage du droit du travail. Ce bouleversement des lignes de clivage politique traditionnelles s’explique quand on sort du tintamarre médiatique :

Les frontières de la gauche et de la droite sont en pleine recomposition, comme l'a illustré l'ampleur de l'ouverture gouvernementale à gauche effectuée en 2007 par Nicolas Sarkozy. Pour comprendre la véritable signification de celle-ci, on doit tenir compte du fait que, depuis la seconde moitié des années 1990 et le ralliement général des partis socialistes et sociaux-démocrates au néolibéralisme (à travers le social-libéralisme), les partis conservateurs-libéraux n'ont plus le monopole de la représentation politique des élites « mondialisatrices », de sorte que, dans l'ensemble du monde occidental, conservateurs-libéraux et sociaux-libéraux se concurrencent dans la cabine de pilotage de la mondialisation, comme l'illustre, pour la France, le poids des socialistes au sein des institutions internationales avec la direction du FMI et de l'OMC. La politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy correspond à sa volonté d'occuper, en France, la totalité du créneau de la représentation des élites mondialisatrices aux dépens d'un Parti socialiste en crise à la suite de sa défaite de 2007. Nicolas Sarkozy veut rassembler le plus de forces possible pour mettre en œuvre les réformes politiques souhaitées par ces élites. Comme l'a déclaré Max Gallo, académicien et ancien ministre socialiste maintenant proche de Nicolas Sarkozy, « Sarkozy a compris que, dans les sociétés occidentales, où il y a des droits acquis, une conscience sociale développée, on ne peut avancer sans cassure, sans brisure qu'à la condition de rassembler dans ce que j'appellerai une grande coalition. L’ouverture, c'est la menue monnaie de la grande coalition ». (Pierre Martin et Simon Labouret, « L’état des partis en France », Commentaire, n°125, printemps 2009).

Les mêmes auteurs notent encore que les grands clivages traversent les principaux partis politiques eux-mêmes :

Ces réformes divisent la classe politique, notamment l’UMP et le PS, entre la fraction la plus liée aux élites mondialisatrices (en particulier les maires des grandes villes), qui pensent l'adaptation à la mondialisation dans un cadre régional et européen, et les élus de proximité (maires des petites villes, conseillers généraux, parlementaires nationaux), plus sensibles aux attentes et craintes de la population la plus frappée par la crise économique et les conséquences négatives de la mondialisation. Si cet affrontement devait se développer et se combiner avec celui sur les politiques économiques ainsi que sur la construction européenne, il serait susceptible de faire émerger un nouveau clivage qui pourrait restructurer en profondeur la vie politique française.

L’inclusion des Verts dans une grande coalition allant de José Bové à Nicolas Hulot va évidemment dans le même sens. On remarquera d’ailleurs que les Verts ont tenu à bien marquer leur appartenance aux élites mondialisatrices en apportant un soutien remarqué à la réforme Balladur des collectivités locales…

L’abstention prévisible pour les élections du 7 juin rend très aléatoires tous les pronostics concernant les rapports de force entre les partis. Mais il est clair que se poursuivra le grand chambardement des lignes de forces de la vie politique française et européenne – de ce point de vue, l’Italie est en avance. En appeler aux mânes de la gauche, d’une gauche dont plus personne ne sait bien ce qu’elle est et où sont ses frontières, c’est garder les yeux tournés vers le passé.  C’est pour avoir regardé en arrière que la femme de Loth a été changée en statue de sel. Si le Tout-puissant n’a pas perdu la main, ce sort risque fort d’accabler la « gauche de gauche ».

 


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Commentaires

par Serge_Gomond le Mardi 28/04/2009 à 13:11

Il est écrit :

1ère phrase : « …La politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy correspond à sa volonté d'occuper, en France, la totalité du créneau de la représentation des élites mondialisatrices aux dépens d'un Parti socialiste en crise à la suite de sa défaite de 2007. Nicolas Sarkozy veut rassembler le plus de forces possible pour mettre en œuvre les réformes politiques souhaitées par ces élites... »

 

seconde phrase : « …Les frontières de la gauche et de la droite sont en pleine recomposition, comme l'a illustré l'ampleur de l'ouverture gouvernementale à gauche effectuée en 2007 par Nicolas Sarkozy. Pour comprendre la véritable signification de celle-ci, on doit tenir compte du fait que, depuis la seconde moitié des années 1990 et le ralliement général des partis socialistes et sociaux-démocrates au néolibéralisme (à travers le social-libéralisme), les partis conservateurs-libéraux n'ont plus le monopole de la représentation politique des élites « mondialisatrices », de sorte que, dans l'ensemble du monde occidental, conservateurs-libéraux et sociaux-libéraux se concurrencent dans la cabine de pilotage de la mondialisation, comme l'illustre, pour la France, le poids des socialistes au sein des institutions internationales avec la direction du FMI et de l'OMC… »

 

En fait, ce qu’on lit là était écrit plus précisément dans deux articles  référents :  « Droite et gauche, des catégories devenues inutilisables » et « Face à la crise, un nouvel horizon culturel et politique est nécessaire, Éditorial du numéro 2 de la revue Comunismo e Comunità ». Une petite astuce, après inversion des deux phrases citées plus haut, on obtient : « La politique de Sarkozy correspond à sa volonté d’occuper etc. » et la conclusion en quelque sorte : « …de sorte que dans l’ensemble du monde occidental, conservateur-libéraux et sociaux-libéraux se concurrencent dans la cabine de pilotage de la mondialisation etc. ».Ce qui saute aux yeux des lectrices-lecteurs, il ne s’agit que des seuls partis institutionnels qui dans ce cas correspondent à une seule "catégorie", les autres partis politiques sont absents (les oubliés), ou plus précisément exclus du champ politique, et ne sont cités qu’en tant que "repoussoir", des gens qu’on ne peut prendre au sérieux en somme.

En fait Sarkozy, occupe le terrain laissé par ses "adversaires" (de connivences, bien sûr !), parce que ceux-ci ont raté leur accession au pouvoir (Jospin et son fameux bilan qui parlait pour lui), et il est certain qu’il ne s’agit pas d’"ouverture", mais bel et bien d’un raté et d’une opportunité ; l’UMP saisit l’occasion (une aubaine en quelque sorte) de ravir aux sociaux-démocrates, leur accession au pouvoir, au moyen de subterfuges linguistiques (via les médias, les agences (pompeusement appelés instituts de sondage) d’opinion et de publicité ; la fameuse image, vendue par eux, comme un produit de consommation de masse, du vent vendu par des menteurs professionnels !) (1)

(1) Ils ne pourront pas répéter ces mêmes entourloupes, deux fois, c’est déjà ça !   



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