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Le chemin des pompiers

dimanche 16 août 2026, par Jacques COTTA

Cet été, la France a cramé aux quatre coins de l’hexagone. Selon des estimations provisoires, plus de 120 000 hectares étaient déjà partis en fumée fin juillet, et le chiffre qui n’est que provisoire sera certainement bien en dessous de la réalité. Alors que les étés précédents les incendies étaient cantonnés principalement au sud du pays où la chaleur, la végétation et la fréquentation estivale étaient en pointe, cette année, nul n’a été épargné. En Gironde ce sont 42 000 hectares qui ont brulé. Dans les Landes plus de 1000 hectares sont concernés au moment où j’écris ces quelques lignes. Dans le Var, dans le Nord, ça brule aussi. L’inventaire serait trop exhaustif et ne pourrait évidemment éviter le feu, encore inimaginable il y a peu, dans la forêt de Fontainebleau, aux portes de Paris.

Avec la flore, la faune est tragiquement atteinte. C’est un équilibre écologique qui est bouleversé. Des dizaines de milliers d’habitants ont été un peu partout déplacés, des campeurs occasionnels, mais aussi des sédentaires qui ont vu leur maison transformées en brasiers en quelques minutes seulement. Evidemment la situation suscite quelques questions que les responsables politiques évitent d’autant plus qu’ils auraient à prendre des décisions urgentes. Ils ont bien vantés le mérite des soldats du feu… Emmanuel Macron s’est déplacé… Le ministre de l’intérieur a reçu les syndicats unis qui regroupent les héros qui depuis des semaines sans relâche assument leur fonction, font leur boulot, font honneur à la notion simple de service public tant décriée en tant normal. Et tout cela pour quels résultats ?

Nunez face aux pompiers

Depuis la crise du Covid on a pris l’habitude de cette odieuse mélodie qui vante les « plus exposés » sans qui rien ne peut plus continuer pour mieux les oublier ou les décrier une fois les évènements passés. A l’époque il s’agissait des métiers de la santé, de l’éducation, de la propreté, de l’alimentaire et de sa distribution, des professions régaliennes… Ceux-ci croyant en la bonne foi des dirigeants avaient attendu des semaines, des mois, pour espérer être reconnus à la hauteur de leur dévouement. Mais rien. Les responsables politiques les ignoraient et ils n’avaient en mémoire que les applaudissements des balcons pour se réconforter.

Les pompiers ont tiré la leçon et c’est dans le feu de l’action qu’ils ont décidé de réaliser l’unité de leurs organisations et de se rendre au ministère de l’intérieur pour exprimer leurs revendications que nul ne peut alors présenter comme de simples préoccupations corporatistes.

  • Le financement des SDIS, Services départementaux d’incendie et de secours, établissements publics en France qui gèrent les sapeurs-pompiers et les secours d’urgence dans chaque département. Ils coordonnent la lutte contre les incendies, les secours aux personnes et la protection de l’environnement.
  • La fourniture d’équipements à la hauteur de l’enjeu. Canadairs, bombardiers d’eau dont l’intervention dans les premiers instants est de l’avis général déterminant pour la suite et qui font figure d’arlésienne tellement les politiques en parlent sans jamais financer leur production.
  • Des mesures pour la sécurité et la santé des pompiers, qui aujourd’hui confrontés aux fumées toxiques ne sont pas ou mal protégés, par des cagoules notamment défaillantes.
  • Le recrutement de sapeurs pompiers professionnels sur un plan pluriannuel de trois ans à raison de 5000 nouveaux par ans.

Des mesures simples dont les événements démontrent l’impérative nécessité. Ce n’est pas la première fois que les pompiers alertent. La dernière fois, que tout le monde a en mémoire, s’était soldée par l’envoi des CRS et le matraquage en règle des combattants du feu venus manifester à Paris. Emmanuel Macron et son gouvernement avaient alors montré leur réelle « considération » pour ce corps professionnel, et à travers lui pour le service public, qui s’il avait été entendu aurait sans doute pu agir mieux et avec moins de risques, aurait sans doute évité la perte de quatre d’entre eux pris par les flammes. Mais de l’intérêt général ce gouvernement n’a que faire. Et la réponse faite aux pompiers par le ministre de l’intérieur vient en témoigner. A la sortie de la délégation des neuf organisations syndicales unies, un des représentants résumait au nom de tous la situation en affirmant leur détermination : « le bla-bla politique, c’est fini ! »

Ce n’est qu’un début…

De l’avis de la plupart des spécialistes, des scientifiques notamment, l’été 2026 n’est pas exceptionnel au milieu d’un climat qui serait stable. L’été 2026 est la composante d’une trajectoire que rien pour l’instant ne semble susceptible de modifier. La tendance demeure inexorable tant que les causes du changement climatique ne seront pas combattues sérieusement, notamment tant que les émissions de gaz à effet de serre ne chuteront pas rapidement. Cela fait des décennies en effet que le réchauffement progresse pour atteindre en France et plus largement en Europe des températures caniculaires.

Les effets sur la nature sont le produit d’un capitalisme qui en réalité ne préoccupe personne parmi les dirigeants. Soit les uns en tirent profit immédiatement, soit les autres en font un combat idéologique sans faille, soit encore les uns et les autres qui ne prévoient l’avenir qu’à échelle de quelques années n’ont que faire des conséquences catastrophiques de leur politique. Le pillage des ressources, la combustion des énergies fossiles —charbon, pétrole, gaz— le développement des transports ainsi que la déforestation et les procédés industriels continuent leur oeuvre. La folie du capitalisme qui détruit la nature, ne trouvera donc comme limite, à défaut de raison, que l’épuisement des ressources naturelles, l’épuisement des ressources en eau, des ressources pour une agriculture maitrisée, du fourrage notamment pour des troupeaux qui seraient appelés à disparaitre.

Voilà l’enjeu, et voilà ce que les pompiers viennent dénoncer aux représentants du gouvernement. Voilà pourquoi ils demandent à leur niveau le minimum pour assumer leur fonction, pour combattre au profit de tous. Et voilà sur quoi le ministre de l’intérieur, le président de la république et les autres donnent en guise de réponse une simple fin de non recevoir.

La voie tracée par les pompiers

Les feux de forêt cet été ont été d’une ampleur exceptionnelle. Ils risquent donc de devenir la norme et en l’état ils démontrent que l’absence de réponse politique nous conduit droit à la catastrophe.

A l’issue de leur entrevue avec le ministre de l’intérieur, les pompiers ont dénoncé des responsables sourds, incapables d’assumer leurs responsabilités. Puisqu’il en est ainsi, les neufs organisations syndicales unies, leurs représentants, appellent dés maintenant à une grande mobilisation nationale à la fin du mois de septembre.

Cette voie tracée par les pompiers ne concerne évidemment pas que les seuls pompiers, mais tous les secteurs de la société. Si les organisations, associations, syndicats et autres étaient conséquents, ils se prépareraient à être de la partie, mobilisant autour des soldats du feu des centaines de milliers, des millions de citoyens qui en réalité n’ont pas le choix.

Comme cela est indiqué dans la vidéo « Macron, pyromane ou incendiaire », tous les secteurs sont victimes de la politique macronienne qui depuis plus de dix ans atteint les Français et détruit la France. Destruction de l’emploi, remise en cause du salaire, liquidation de notre souveraineté industrielle, droit à la santé remis en cause pour des centaines de milliers qui ne peuvent plus se soigner, augmentation du reste à charge, attaque contre la sécurité sociale dont les milliards sont convoités, remise en cause de l’éducation, de la laïcité, remise en cause des services publics en général, jusqu’à la remise en cause de notre souveraineté alimentaire, rien n’est épargné…

Rarement le fameux « tous ensemble » aura été à ce point justifié. Evidemment les responsables politiques sont obsédés par leur sort personnel, chacun se voulant calife à la place calife. Le sort des Français en réalité leur importe peu, préoccupés qu’ils sont par les présidentielles qui seraient réponse à tout.

La réponse, la vraie, ne saurait pour des millions et millions attendre. Voilà pourquoi la voie tracée par les pompiers devrait être empruntée par la totalité pour mettre un coup d’arrêt à l’oeuvre de destruction dans tous les domaines, à l’incapacité en l’occurence du pouvoir d’affronter les causes des catastrophes dites naturelles.

Nous sommes tous des pompiers…

Jacques Cotta
Le 16 août 2026

Messages

  • Bonjour !
    La France ne manque théoriquement pas de Canadairs, il y en a 12 basés à Nîmes, le souci c’est que la moitié est clouée au sol pour des problèmes de maintenance. Et le candidat Attal Gabriel en tournée chez les pompiers "oublie" que le premier ministre Gabriel Attal, lors de son court mandat, a annulé la commande de deux avions supplémentaires pour cause de restrictions budgétaires. Mieux encore les sanctions européennes imposées à Moscou paralysent la flotte des 10 Kamov Ka-32 espagnols qui n’auraient pas été de trop en renfort. Là on ne touche plus le fond, on creuse dans la piscine. Et voilà comment l’exceptionnel devient catastrophique, mais "c’est pas nous, c’est le réchauffement climatique".

    Bruxelles multiplie les "objectifs climatiques", les normes, les taxes, les contraintes sur les bâtiments, les véhicules, les chaudières, les entreprises, les agriculteurs, les processus industriels etc... Nous supprimons ou réduisons nos capacités de production au nom de l’environnement, puis nous importons de l’énergie et des produits fabriqués ailleurs selon des normes moins exigeantes. L’Europe se donne bonne conscience (et donne des leçons aux autres) en réduisant ses émissions territoriales. Mais ces émissions ne disparaissent pas, elles sont simplement déplacées ailleurs, avec au passage une perte d’emplois, de compétences et d’indépendance.

    Et quand bien même les 400 et quelques millions de joyeux contribuables de l’UE ne dégageraient plus un gramme de CO2, face à un milliard et quelques de chinois et autant d’indiens en plein essor économique, plus 350 millions d’américains qui n’en ont rien à foutre, il ne se passerait rien, du moins au niveau du gaz carbonique.

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