Vers l’extinction de l’Europe ?
On s’intéresse trop peu à la démographie quand on s’occupe de politique. C’est pourquoi une des questions les plus graves qui se posent à nous Français, à nous Européens et finalement à l’humanité entière. Chose très remarquable : il y a encore une décennie, on ne parlait que d’une croissance insoutenable de la population humaine, avec environ 15 milliards d’humain sur Terre à la fin du siècle. En quelques années, ces perspectives ont été abandonnées et remplacées par celles d’un « hiver démographique ». La population mondiale devrait encore augmenter jusqu’en 2078-80 pour décliner et atteindre 10 milliards en 2100. La population africaine continue d’augmenter assez rapidement, même si le taux de fécondité est là aussi en baisse. Les dynamiques de la population ont une forte inertie. Ainsi la population indienne continue de croître fortement et dépasse aujourd’hui celle de la Chine, bien que le taux de fécondité en Inde soit en gros celui qui est nécessaire pour le simple renouvellement des générations. Selon les calculs officiels, c’est en 2078 (notez la précision) que le nombre de personnes de plus de 65 ans aurait dépassé celui des moins de 18 ans, à l’échelle de la planète. On sait que la Chine, le Japon ou la Corée voient d’ores et déjà leur population régresser.
Tenons-nous pour l’instant à l’Europe et à la France. En Europe, le taux d’accroissement naturel de la population est maintenant négatif. Chaque année, il y a plus de décès que de naissances. La population européenne (Russie et Turquie incluses) est aujourd’hui de plus de 743 millions d’habitants, contre 749 en 2020 et les prévisions pour 2050 sont de 703 millions. Le solde migratoire est situé en 1,2 et 1,5 million par an. L’indice de fécondité est à 1,4 enfant par femme et l’âge médian à plus de 43 ans.
Sur le long terme, les transformations en cours sont considérables. On peut essayer de pointer les questions les plus cruciales.
Tout d’abord le vieillissement. Le taux d’activité va baisser sérieusement. On peut toujours augmenter l’âge de départ à la retraite, il faudra s’occuper d’un nombre croissant de personnes âgées, plus souvent malades que la moyenne, plus souvent hospitalisées et d’un nombre de personnes âgées dépendantes (celles qui peuplent les EHPAD) en croissance accélérée. L’explosion du nombre de centenaires et « super-centenaires » va encore aggraver le problème. Mais comme les générations qui viennent seront des générations creuses, voire très creuses, qui va s’occuper de tous ces vieux qu’on ne pourra plus envoyer au travail ? Le vieillissement a d’autres effets. Le poids démographique des personnes âgées n’est guère favorable à l’innovation…
La sous-natalité. C’est le complément du problème précédant. Le comportement « no kids » se généralise. Même si ce n’est pas complètement délibéré, l’augmentation de l’âge auquel les femmes veulent leur premier enfant conduit mécaniquement à la baisse drastique de la natalité. En Corée du Sud, 45 % des femmes n’ont pas d’enfant. Nous sommes engagés dans la même voie. Pendant longtemps, la baisse du nombre d’enfants par femme s’accompagnait d’une baisse du nombre de femmes sans enfants. Ce n’est plus le cas. N’ayant pas d’enfants, de nombreux jeunes « actifs » commencent à considérer que payer les retraites de leurs parents est une charge insupportable, puisque pour eux, il n’y aura plus personne pour payer. Nous sommes dans une société qui se prépare à mourir.
Troisième conséquence, indirecte : le changement de la composition de la population. Pour ne pas me faire traiter de fasciste, je vais éviter de parler de « grand remplacement ». Il reste que la dépopulation de l’Europe serait flagrante sans un « solde migratoire positif » important. A l’intérieur même des pays européens, les femmes issues de l’immigration ont plus d’enfants que les autres. Ainsi, en France, mais aussi en Europe du Nord en général, la place des populations issues de l’immigration a considérablement augmenté. En soi, ce ne serait pas un problème terrible. Après tout, Espagnols, Italiens, Polonais et Portugais ont tenu une grande place dans les classes travailleuses d’une France dont la population avait tendance à stagner depuis longtemps. Les frictions ont bien existé – on parle toujours des ratonnades contre les Italiens à Sète – mais l’assimilation s’est faite et « tout ça, ça fait d’excellents Français », assimilatiRussie est danger qui nous menace tous et on facilitée, d’une part par une religion commune, le catholicisme, et d’autre part par un syndicalisme ouvrier encore puissant et un parti communiste à la fois patriote et intégrateur. Les immigrés maghrébins, déjà nombreux,suivaient plus ou moins le mouvement. Le changement d’origine des immigrés, massivement venus d’Afrique du Nord, du Mali ou du Sénégal, pour la France ou la Belgique, de Turquie pour l’Allemagne, change la donne. D’autant plus que le regroupement familial, qui est peut-être une mesure juste, a constitué des quartiers entiers peuplés ultra-majoritairement d’immigrés ou d’enfants d’immigrés, restés attachés aux traditions des pays d’origine et à l’islam. La machine à assimiler ne marche plus. Sous l’influence de groupes activistes, financés généreusement par des pays comme le Qatar, l’Iran, l’Arabie, etc., s’est constitué un mouvement séparatiste qui se donne comme objectif à moyen terme d’imposer en Europe la loi musulmane, c’est-à-dire la charia. Il y a déjà des exemples dans certaines banlieues françaises (93, Trappes, etc.), en Belgique (Molenbeek) ou en Grande-Bretagne. Mais les populations autochtones ne vont sans doute pas rester sans réagir et le fameux « vivre ensemble » pourrait bien devenir un face-à-face.
Si on ajoute à cela, la marginalisation croissante de l’Europe dans le monde – les grandes puissances s’appellent maintenant Chine, Inde, Indonésie, etc. – le déclin de l’Europe est engagé et pourrait maintenant aller très vite. À la fin du XIXe siècle, le monde entier dépendait de l’Europe et aujourd’hui, c’est l’Europe qui dépend du monde entier. La puissance industrielle, scientifique et technique européenne s’est infiltrée dans toutes les sociétés, les capitalistes européens ont contribué à créer des industries puissantes dans toute l’Asie, et aujourd’hui, nous voyons peu à peu nos pays réduits à l’état de « parcs à thèmes » pour les touristes chinois, japonais ou indiens.
Certes, l’Europe a quelques beaux restes ! Parmi les premiers pays exportateurs du monde, on trouve l’Allemagne, l’Italie… et parfois la France (suivant les classements). Un pays comme la Pologne a connu une importante croissance sur le plan industriel. Mais c’est la tendance globale qui compte et à la fin des fins le poids du nombre. Mais l’Europe s’est emberlificotée dans un machin qui s’appelle l’UE et qui fonctionne essentiellement au compte des grandes multinationales et du capital états-unien.
Quoi qu’il en soit, la domination européenne sur le monde est terminée et on n’ira pas pleurnicher. Si nous voulons regarder devant nous, nous devons nous adapter à ce nouveau monde et comprendre ce qui nous attend et dans quelle direction nous devrions agir, si nous voulons rester fidèle à ce qu’il y a eu de meilleur dans la civilisation européenne. Avant les autres pays, nous, Européens, nous allons être contraints, question de vie ou de mort, de prendre le grand tournant, le changement d’ère historique après la catastrophe de l’anthropocène (voir mon papier Tirer le frein d’urgence). Ensuite, face aux crises et aux guerres qui vont inévitablement opposer les puissances émergentes et la puissance états-unienne, l’Europe devrait être un facteur de paix, une sorte de Suisse à l’échelle continentale, mais avec une taille qui donne l’autorité nécessaire pour empêcher les catastrophes. Et pour commencer, il faut d’urgence renoncer aux rêves de « l’Europe puissance ».et remplacer un incohérent État semi-fédéral européen par une Europe des nations fondée sur un traité de paix perpétuelle, à la Kant. Quelles que soient les directions que nous allons prendre, nous devons tout de même nous poser la question du destin de notre civilisation. Sommes-nous vraiment prêts à mourir ?
Denis Collin – 25 septembre 2026
