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Les raisons de mon départ du Media...

par Jacques COTTA, le 12 octobre 2018

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C’est avec regret et peine que je décide de démis­sion­ner du Media. Ainsi, le maga­zine « Dans la gueule du Loup » que j’ ai créé, pré­paré et animé chaque mois, ne connai­tra plus de nou­veau numéro sur « le Media ». « La Laïcité : liberté ou ser­vi­tude » sera le der­nier de cette col­lec­tion.

Je quitte « le Media » pour des rai­sons de fond qui tou­chent à la fois aux métho­des qui y ont cours, au contenu éditorial dont je ne peux accep­ter l’inflexion, à la concep­tion de ce que doit être un réel média alter­na­tif et l’exer­cice de notre pro­fes­sion.

Pour le 7ème numéro de mon maga­zine, j’ai annoncé à Aude Lancelin ma volonté de trai­ter « l’Italie, la pénin­sule des para­doxes », c’est à dire d’expo­ser et de com­pren­dre la nou­velle situa­tion poli­ti­que ita­lienne mar­quée par la cons­ti­tu­tion du gou­ver­ne­ment Lega-M5S et la pré­sence de per­son­na­ges peu fré­quen­ta­bles à la tête de l’état, et par l’affron­te­ment engagé avec l’UE, notam­ment par le vote d’un budget qui défie les règles et les trai­tés au profit des reven­di­ca­tions immé­dia­tes -retrai­tes, pau­vreté, etc…- du peuple ita­lien.

J’ai pro­posé de trai­ter les para­doxes de la situa­tion ita­lienne, d’autant qu’elle cons­ti­tue un labo­ra­toire de ce qui agite toute l’Europe. De plus l’Italie est fré­quem­ment évoquée aujourd’hui de toutes parts dans le débat publi­que fran­çais, notam­ment par Emmanuel Macron qui recher­che une « large union des pro­gres­sis­tes » contre les « popu­lis­tes » ou « sou­ve­rai­nis­tes ».

Pour réponse j’ai reçu un mail m’indi­quant une fin de non rece­voir sans même un échange direct, sans une pro­po­si­tion de ren­contre, sans un coup de télé­phone pour argu­men­ter, per­met­tre de convain­cre. J’ai même appris du cla­vier d’Aude Lancelin que ma pro­po­si­tion avait été dis­cu­tée en mon absence par « tous nos cama­ra­des », que « le consen­sus est total » et que « les chefs de ser­vi­ces par­ta­gent entiè­re­ment » le point de vue de la nou­velle direc­trice. J’exerce ce métier depuis une qua­ran­taine d’années. De TF1 avec « droit de réponse », à France télé­vi­sion ou j’ani­mais une col­lec­tion de docu­men­tai­res « Dans le secret de… », en pas­sant par plu­sieurs maga­zi­nes dont « Envoyé spé­cial » qui m’a valu un 7 d’or pour « Front natio­nal, la nébu­leuse », je n’avais jamais été confronté à un tel exer­cice du pou­voir.

Aude Lancelin m’indi­que que « le Média ne sera jamais le lieu pour amor­cer l’union du sou­ve­rai­nisme de gauche et du popu­lisme de droite ». Elle fait donc siens les éléments de lan­gage commun à la presse main-stream, à la macro­nie, et à la plu­part des repré­sen­tants de la « gauche ». Voilà qui m’inter­pelle direc­te­ment. Si cela n’était déri­soire, je me conten­te­rais de deman­der si je me retrouve ipso facto rangé parmi « les sou­ve­rai­nis­tes de gauche » ou parmi les « popu­lis­tes de droite ». En réa­lité, l’impor­tant est ailleurs. Il m’est juste indi­qué par cette simple for­mu­la­tion qu’un sujet où pour­raient être tenus des propos qui par hypo­thèse ne ren­tre­raient pas dans les normes de la nou­velle res­pon­sa­ble du média, qui ne col­le­raient pas à sa vision idéo­lo­gi­que, à ses posi­tions, indé­pen­dam­ment de l’inté­rêt et de l’impor­tance jour­na­lis­ti­que, n’a pas à être abordé. Le Média passe ainsi « d’organe de presse » rigou­reux qui demande l’ana­lyse et les échanges de points de vue, par­fois contra­dic­toi­res, à un simple lieu de pro­pa­gande. Mais pour qui et au compte de qui ?

Etrange de devoir rap­pe­ler ici qu’une pra­ti­que rigou­reuse de notre pro­fes­sion, notam­ment au sein d’un média qui a affirmé l’ambi­tion de donner une infor­ma­tion dif­fé­rente, qui en a fait son iden­tité, qui s’en est reven­di­qué, néces­site de ne pas se limi­ter à trai­ter ce qui nous est confor­ta­ble et ras­su­rant, mais de partir des faits, de la vie, de la réa­lité pour l’expo­ser, tenter de lui donner sens, per­met­tre de l’appré­hen­der, de com­pren­dre. Un projet de presse sérieux néces­site la plu­ra­lité, l’oppo­si­tion, la diver­sité, l’ouver­ture, la syn­thèse. Telle était du moins l’ambi­tion du maga­zine DLGL dans ses ten­ta­ti­ves répé­tées de quit­ter l’entre-soi, d’accueillir des points de vue dif­fé­rents, sans langue de bois ni com­plai­sance.

Enfin, il m’est indi­qué comme jus­ti­fi­ca­tion ultime que « La réha­bi­li­ta­tion de l’Italie de Salvini dans un de nos pro­gram­mes (…) ne pas­se­rait pas ina­per­çue, et met­trait le Média en dan­gers ». Mais en quoi s’agis­sait-il de réha­bi­li­ter qui que ce soit ? Pourquoi une telle accu­sa­tion, aussi directe qu’infon­dée ? Comment inter­pré­ter un procès d’inten­tion pareil, alors qu’il ne s’agis­sait que de trai­ter de la situa­tion poli­ti­que de l’Italie ? Quelle concep­tion de l’infor­ma­tion et du débat est à l’œuvre dans ce refus a priori de toute dis­cus­sion ? Le média aurait été en danger ? Cela signi­fie que les « socios » qui le finan­cent seraient inca­pa­bles de com­pren­dre ? Position confor­ta­ble et à la fois mépri­sante d’une direc­tion qui se retran­che der­rière ses contri­bu­teurs pour ne pas remet­tre en ques­tion ses pro­pres cer­ti­tu­des.

Ainsi donc l’Italie et sa nou­velle confi­gu­ra­tion ne peut être abor­dée dans une émission dont les pre­miers numé­ros ont pour­tant prouvé des garan­ties de sérieux repo­sant pour leur confec­tion sur une col­la­bo­ra­tion pro­fes­sion­nelle sans faille avec Henri Poulain, et pour leur dérou­le­ment sur le débat contra­dic­toire. Pour « la répar­ti­tion des riches­ses », « l’éducation », « les frap­pes en Syrie », pour « la jus­tice et ses réfor­mes », pour « l’union euro­péenne : vers le chaos », ou encore « la laï­cité : liberté ou ser­vi­tude », j’ai accueilli d’anciens minis­tres, des dépu­tés, des séna­teurs, des pré­si­dents de com­mis­sions par­le­men­tai­res, des maires ou res­pon­sa­bles poli­ti­ques de tous bords, cela en met­tant en place une forme ori­gi­nale. Je m’excuse ici auprès des spé­cia­lis­tes de la situa­tion ita­lienne et des acteurs poli­ti­ques d’hori­zons diver­ses qui auraient répondu pré­sents sur l’Italie de devoir aujourd’hui les décom­man­der, contre ma volonté.

J’ai ren­contré au Média avec mon maga­zine DLGL des équipes for­mi­da­bles, sym­pa­thi­ques, com­pé­ten­tes, dévouées dans tous les domai­nes. Je leur sou­haite à tous le meilleur pos­si­ble pour l’avenir…