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L’Union européenne est le problème.

par Denis COLLIN, le 16 juin 2020

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L’Union euro­péenne est le pro­blème. Elle doit être détruite.

Lors de sa der­nière allo­cu­tion, Emmanuel Macron a renou­velé son projet de « sou­ve­rai­neté euro­péenne », comme solu­tion à la crise que nous tra­ver­sons. Comme si l’UE pou­vait être la solu­tion à quel­que pro­blème que ce soit alors qu’elle est le pro­blème. Précisons : le pro­blème n’est pas l’Allemagne, mais l’Union euro­péenne elle-même qui n’est rien d’autre qu’un syn­di­cat des capi­ta­lis­tes euroa­mé­ri­cains avec pour voca­tion de briser défi­ni­ti­ve­ment les reins du « vieux mou­ve­ment ouvrier » et d’orga­ni­ser la libre pro­pa­ga­tion de la bar­ba­rie capi­ta­liste dans toutes ses dimen­sions. Et dans ce syn­di­cat du crime qui siège à Bruxelles et à Strasbourg, ce ne sont ni la nation alle­mande, ni la nation fran­çaise, ni la nation ita­lienne qui ont voix au cha­pi­tre. Ce sont les inté­rêts des grands capi­ta­lis­tes, les inté­rêts de la classe capi­ta­liste trans­na­tio­nale qui pré­va­lent. Et rien d’autre. Il n’y a pas de sou­ve­rai­neté euro­péenne parce qu’il n’y a pas de nation euro­péenne, pas d’espace poli­ti­que commun. La sou­ve­rai­neté euro­péenne reven­di­quée par Macron n’est rien d’autre que la volonté de donner les pleins pou­voirs à l’assem­blée des bri­gands bap­ti­sée UE, déliée de tout contrôle pos­si­ble de la part des nations d’Europe.

Le refus de la mutua­li­sa­tion de la dette acté par l’accord Merkel-Macron n’est qu’un élément signi­fi­ca­tif, mais seu­le­ment un élément de cette orien­ta­tion. Il ne faut pas mutua­li­ser la dette à tra­vers les fameux « euro­bonds » parce que les pays « dépen­siers » doi­vent payer, c’est-à-dire parce qu’il faut appli­quer par­tout où c’est pos­si­ble le trai­te­ment infligé à la Grèce. Parce que les ouvriers ita­liens, espa­gnols, fran­çais, qui tra­vaillent déjà beau­coup doi­vent encore tra­vailler plus pour gagner moins. Parce qu’il faut les réduire aux salai­res rou­mains, slo­va­ques ou polo­nais, c’est-à-dire à ceux pra­ti­qués dans l’« Hinterland » alle­mand, pen­dant que le taux de pau­vreté en Allemagne atteint des som­mets.

Il est par­fai­te­ment stu­pide d’accu­ser l’Allemagne. L’Allemagne n’agit que comme fondé de pou­voir de la classe capi­ta­liste — y com­pris de « nos » capi­ta­lis­tes à nous, des capi­ta­lis­tes bien fran­çais qui trou­vent en Macron leur dévoué ser­vi­teur. Comme disait Lénine, « l’ennemi est dans notre pays ».

Ce qu’il fau­drait faire, c’est d’abord recons­truire des indus­tries natio­na­les, pour pro­duire ce dont nous avons besoin de manière urgente et impé­ra­tive, par exem­ple des res­pi­ra­teurs en période de SRAS sans être contraints d’atten­dre leur livrai­son en train venant de Chine et qui arrive après la bataille. Et pour recons­truire une indus­trie natio­nale, il faut se pro­té­ger de la concur­rence déloyale et donc briser le dogme de l’UE, la « concur­rence libre ».

Ce qu’il fau­drait faire pour empê­cher l’effon­dre­ment de pans entiers de l’économie, ce n’est pas de prêter de l’argent aux entre­pri­ses, des sommes qui les sai­gne­ront si elles doi­vent les rem­bour­ser, mais appor­ter des capi­taux neufs par des prises de par­ti­ci­pa­tion étatiques, c’est-à-dire les natio­na­li­ser de fait. Renault, au bord de la ruine grâce à son génial PDG en fuite, le sieur Carlos Ghosn, Airbus, Air France, la SNCF aucune de ces entre­pri­ses ne sur­vi­vra à l’appli­ca­tion du dogme. Mais c’est peut-être tout sim­ple­ment le but recher­ché !

Ce qu’il fau­drait faire, c’est déve­lop­per une poli­ti­que sys­té­ma­ti­que de « relo­ca­li­sa­tion », désin­toxi­quer les sec­teurs soumis à l’addic­tion de l’expor­ta­tion, y com­pris notre mal­heu­reuse agri­culture rava­gée par les poli­ti­ques imbé­ci­les menées de concert par les gou­ver­nants et l’élite cor­rom­pue de la FNSEA. Donc, faire en sorte que les frai­ses nour­ries à l’eau en Andalousie n’arri­vent pas moins chères que les frai­ses de Dordogne sur les mar­chés fran­çais. Mais là encore, rien de tout cela n’est com­pa­ti­ble avec le dogme.

Ce qu’il fau­drait faire, c’est une poli­ti­que sérieuse d’économies d’énergie, de lutte contre le gas­pillage des res­sour­ces, y com­pris ces énormes res­sour­ces gas­pillées par la domi­na­tion du com­merce loin­tain avec ses palet­tes, ses embal­la­ges plas­ti­ques, ses bidons et ses contai­ners qui vont de cargos en camions. Mais com­ment lutter contre la toute-puis­sance du com­merce mon­dial sans s’en pren­dre au dogme ?

Dans la crise que tra­ver­sent toutes les nations euro­péen­nes, il y a aussi une dimen­sion cultu­relle, morale et, pour tout dire, « civi­li­sa­tion­nelle » qui devient tou­jours plus angois­sante et sur laquelle nous revien­drons.

Toutes les nations d’Europe sont confron­tées aux mêmes ques­tions. Même si l’expres­sion n’est pas très heu­reuse, la « démon­dia­li­sa­tion » s’impose. Elle s’impose parce que la crise ne fait que com­men­cer et parce qu’à moyen terme, aucune solu­tion n’existe dans le cadre du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste et la « mon­dia­li­sa­tion ». La survie du capi­tal à la crise actuelle sera très coû­teuse et la pro­chaine crise, iné­vi­ta­ble, quel qu’en soit le déclen­cheur, sera encore pire. Les tris­tes galé­ja­des sur l’Europe sociale et démo­cra­ti­que, la crois­sance verte et autre expres­sion vide de la même farine sont le mar­queur infailli­ble des grou­pes et diri­geants qui n’ont pas d’autre objec­tif que de sauver leur place et de trom­per les citoyens.

Il faut en finir avec l’UE et son féti­che vio­lent qu’est l’euro. IL faut retrou­ver la voie de la civi­li­sa­tion euro­péenne, celle des nations libres, seules à même de garan­tir la liberté des citoyens qui pour­ront maî­tri­ser leur propre destin.

Denis Collin — le 16 juin 2020