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Après la publication de la future déclaration de principes du PS

« Se déshonorer ou entrer en résistance »

Par Robert Duguet • Actualités • Mercredi 23/04/2008 • 0 commentaires  • Lu 919 fois • Version imprimable


Les trois premières déclarations de principes - 1905,1946 et 1969, sont fondées sur l’idée suivante qui peut être résumée par cette phrase du texte de 1969 :

 

« Le Parti Socialiste affirme sa conviction que la libération de l’homme ne dépend pas seulement de la reconnaissance formelle d’un certain nombre de droits politiques ou sociaux, mais de la réalisation des conditions économiques susceptibles d’en permettre le plein exercice. Parce qu’ils sont des démocrates conséquents, les socialistes estiment qu’il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C’est en ce sens que la Parti Socialiste est un Parti Révolutionnaire. Le Socialisme se fixe pour objectif le bien commun et non le profit privé. La socialisation progressive des moyens d’investissement, de production, et d’échange en constitue la base indispensable. La démocratie économique est en effet le caractère distinctif du socialisme. »

Il n’y aura pas de démocratie réelle sans que les grands moyens de production et d’échange ne ne passent aux mains des producteurs. A partir de là les différents points du programme socialiste se déclinent, les questions de stratégie, d’alliances politiques ou d’organisation du parti en découlent. Tel était l’axe sur lequel la représentation politique du socialisme se reconstruit, entraînant le rassemblement de la gauche politique et posant la candidature de la gauche au pouvoir.

Le projet de texte de 2008 se situe dans le droit fil, celle de 1990, votée par le congrès de Rennes qui est en opposition radicale avec les 3 précédentes :

« Le Parti socialiste est donc favorable à une société d’économie mixte qui, sans méconnaître les règles du marché, fournisse à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l’intérêt général. »

Elle sera confirmée par le congrès de l’Arche, 3 ans plus tard, « qui définira le capitalisme comme l’horizon indépassable. » La défaite cuisante aux législative de 1993 était-elle due à cet horizon indépassable ? Ou à cette orientation politique conduisant à la déroute de toute la gauche ?

L’article 1 de 2008 stipule :

« Etre socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est. L’idée socialiste relève, à la fois, d’une révolte contre les injustices et de l’espérance pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète. »

La révolte contre l’injustice et pour la défense des droits ne définit pas le socialisme, c’est la question de la propriété qui est décisive, et qui différencie la socialisme de la démocratie représentative bourgeoise.

« Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale.

Les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché quand ils concernent des droits essentiels. »

Le cœur de ce texte c’est un accord Fabius-Strauss-Kahn ; c’est une déclaration de principes écrite sous la dictée du président du FMI. C’est la ligne de l’adaptation aux mesures européennes imposées par la mondialisation capitaliste qui l’emporte.

Quelle attitude adopter pour ceux qui restent attachés au drapeau du socialisme. « Ancrer le PS à gauche » sur la ligne définie par Gérard Filoche, à qui j’ai adressé une lettre ouverte sur laquelle il n’a jamais répondu ? Comment entrer dans un congrès où la déclaration de principe sera celle d’un parti social-libéral et le seuil de représentation des courants fixé à 10% ? Entre socialistes, cher Gérard, c’est une question qui mérite peut être discussion.

Les représentants du courant Trait D’Union, Jean Luc Mélenchon et Pascale Lenéouannic, vitrine de PRS au sein du PS, viennent de nous envoyer la circulaire suivante, dans laquelle on peut lire :

« Après une première réunion qui a acté la forme de la future déclaration de principe (sous forme d’article comme la déclaration des droits de l’homme et du citoyen... précédé d’un préambule), les débats théoriques sur cette déclaration font retrouver les clivages qui traversent le PS. Cependant à cette étape, en ce qui concerne les principes généraux, des formulations acceptées sont possible qui continuent de situer le PS comme parti de transformation sociale ayant pour objectif l’émancipation complète de la personne humaine. »

Passons sur la notion « d’émancipation de la personne humaine » qui appartient à l’arsenal de « rerum novarum » et des tenants du catholicisme social. « Trait d’Union » s’inscrit-il dans le cours de la préparation normale du congrès, en nous faisant avaler au passage le fait que le parti se proclame d’emblée comme parti démocrate ou social-libéral ?

Même ligne sur le fond que celle de Gérard Filoche. Non ? Lors du débat politique de 204-2005 pour un non de gauche à l’Europe libérale, la direction du parti a fait une campagne lamentable et minoritaire pour le oui. Le peuple français a dit non. La direction du parti s’est assise sur le non : lors du congrès du Mans elle s’est engagée à mener campagne pour un référendum, s’il y avait un nouveau traité. Elle a formellement fait référence au principe démocratique : « ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire. » Son objectif était de faire entrer les principaux dirigeants du non dans la synthèse du Mans. L’entrée de Jean Luc Mélenchon dans la synthèse du Mans va peser aujourd’hui très lourd, pour ceux, qui comme nous, voulons relever le drapeau du socialisme. La direction du parti a promu la campagne des adhérents à 20 euros, pour nous imposer la pire des candidatures social-libérales à la présidence de la République, celle de Ségolène Royale ; on connaît la suite. La direction du parti a violé ses mandats de congrès en s’engageant dans la ratification du Traité de Lisbonne, le vote d’un certain nombre de députés socialistes a permis de donner un blanc seing à la politique de Sarkozy et à la présidence française de 2009. Honteux !

Le Parti Socialiste étant un parti d’élus, nul doute qu’un nombre important d’entre eux vont chercher la voie de l’adaptation à un cours qui est fondamentalement liquidateur. A ceux là nous disons que c’est la voie la plus courte pour conduire la gauche à de nouvelles tragédies du type de ce que nous observons en Italie.

François Delapierre, un des responsables nationaux de PRS, a raison d’écrire dans le numéro du 15 avril de « A Gauche » :

« Pourtant, c’est peu dire que le premier gouvernement Berlusconi a mobilisé contre lui les profondeurs de la société italienne. Pendant cinq années, ses principaux choix ont été contestés : intervention en Irak, reculs du droit du travail, concentration des médias,, mise au pas de la justice... Sur chacun de ces sujets, Berlusconi a vu se dresser face à lui des millions de manifestants, des grèves massives, de très nombreux intellectuels et artistes. Un mouvement finalement impuissant à empêcher son retour, faute d’une gauche capable de proposer une stratégie et un projet victorieux... »

La stratégie italienne du Parti Démocrate à la Romano Prodi vient illustrer de manière, oui de manière « tragique », que le cours sur lequel s’oriente le PS français va nous conduire aux mêmes déroutes. Nous ne pouvons pas entrer dans le congrès de ce parti comme son aile gauche, parce que le socialisme n’est pas l’aile gauche d’un parti social-libéral. C’est maintenant que se pose concrètement la question d’une force nouvelle ; et nous n’avons pas besoin de la bénédiction de Marie Georges Buffet pour commencer à entrer dans ce cours nouveau.

Oui, « se déshonorer, ou entrer en résistance ! ». (François Mitterand s’adressant à l’hiver 1943 aux prisonniers de guerre.) Je choisis cette citation à dessein, puisque certains dirigeants de la gauche du parti ont toujours une admiration sans bornes pour l’ancien président. Personnellement par tradition personnelle, j’ai une préférence pour le vote des 87 députés, dont Léon Blum, qui ont refusé les pleins pouvoirs à Pétain.

Telle est l’alternative aujourd’hui.


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