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Billets de campagne

Par Christophe Miqueu • Actualités • Mercredi 25/05/2005 • 0 commentaires  • Lu 2014 fois • Version imprimable


Billet de campagne n°1: Les limites de la patience politique (18 avril 2005)

Ca y est ! Les voilà désormais pris au piège de leurs libérales craintes ! Les défenseurs du "Oui de gauche" ont délaissé les comparaisons sans fondement ni pertinence qui n’ont pour effet que de les décrédibiliser intellectuellement (pensons au spectre d’un « nouveau 21 avril » qu’ose brandir haut et fort Julien Dray, témoignant ainsi, si cela était encore nécessaire, de son incompréhension des causes de l’échec de Jospin à la présidentielle de 2002) pour les viles et injurieuses attaques ad hominem.

Voici en effet les partisans socialistes du Non accusés de faire la campagne de Le Pen. On ne sait plus que dire du côté du Oui socialiste maintenant que Chirac est entré en campagne, certes désastreusement pour ses amis, mais avec suffisamment d’échos médiatiques pour voler la vedette à tous les autres protecteurs de cette pseudo-Constitution, alors on croit exister par le degré zéro de toute politique : la petite phrase, non pas celle qui est bien trouvée et décontenance l’adversaire, mais celle qui, à l’image de celui qui en dernier recours l’énonce, se trouve mal ! Le « non extrême », et puis quoi encore ! Ces gens ne pouvaient on ne peut mieux laisser s’exprimer leur dégoût pour le mouvement populaire qui dans toute la France commence à enraciner le Non.

Face au caractère inqualifiable du propos (Sarkozy n’aurait pas dit pire !), il peut, certes, être justifié de déplorer, comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon, une « mise en scène blessante pour tous les partisans du “ non” à gauche », « une orientation indigne d’un Premier secrétaire du Parti Socialiste puisqu’il affirme ainsi que seule l’extrême-droite serait capable d’incarner la protestation antilibérale, populaire et citoyenne, qu’exprime le “ non de gauche” ». Mais il semble que les précautions qui continuent à orner ces communiqués n’ont plus guère lieu d’être lorsque les limites de la patience politique sont ainsi franchies. Que chercher en effet à conserver, en plein cœur de la bataille, lorsque le premier secrétaire du Parti socialiste se moque ainsi de l’unité de son parti, de la moitié au moins de ses militants et de ses électeurs, en usant d’amalgames non seulement infamants et intellectuellement abjects, mais encore politiquement dangereux ?

Aussi, au risque de mettre les pieds dans le plat, disons-le tout net : il est un moment où il n’est plus possible d’endurer les bassesses des défenseurs de cette pseudo-Constitution qui agitent l’épouvantail d’extrême droite pour mieux éviter un débat dont ils savent pertinemment qu’il est pour eux perdu d’avance ! Lorsque, non contents de renoncer à toute volonté de transformation sociale, à l’essence même du socialisme, ils en viennent à insulter ceux qui continuent à défendre ces valeurs en les assimilant à leur pire ennemi, l’extrême droite, ils deviennent précisément insupportables. Mais qui m’attaque bassement en me confondant publiquement avec mon pire ennemi pour mieux discréditer mon propos, ne tend-il pas à vouloir s’affirmer comme un adversaire politique ? Ne faut-il pas voir dans ces dérapages trop contrôlés pour n’être bien réfléchis le signe d’une incompatibilité idéologique désormais manifeste et assumée ? L’absence de clivage entre la droite et la gauche que paraissent, en ces temps de campagne référendaire, cultiver un certain nombre de représentants du Oui, n’est pas sans confirmer de manière inquiétante ces indices...

Ce qui n’est peut-être pas simplement une bourde de plus vient rendre plus nécessaire encore après le 29 mai la refondation du Parti socialiste à laquelle appelle clairement Henri Emmanuelli de ses vœux, afin que ne soit plus si lointaine à l’esprit d’un trop grand nombre de dirigeants de ce parti la question de savoir ce que c’est qu’être socialiste.


BILLET DE CAMPAGNE N° 2: La peur du lendemain(7 mai 2005)

Est-ce seulement la bassesse politique qui conduit les tenants du Oui à gauche, soutenus de la manière la plus abjecte par des médias unanimes (Jacques Attali est allé jusqu’à parler de « social-nationalisme » dans sa chronique de l’Express du 25 avril !), à amalgamer leurs camarades partisans du Non et l’extrême droite ? L’explication essentielle est peut-être ailleurs. La manière dont la campagne évolue porte en effet à croire que la peur du lendemain, l’effroi face à ce qu’il pourrait advenir à gauche le 30 mai si le Non l’emportait le 29 au soir, l’inquiétude face à une possible rupture - lourde de conséquences pour nombre d’ambitions individuelles - au sein du principal parti de gauche, sont les motifs véritables. Et la tourmente est telle dans les sphères dirigeantes du parti qui défend le Oui à gauche, qu’on ne sait plus comment poursuivre sereinement une campagne dont on commence déjà à envisager l’échec et ses effets.

 

Il n’y aurait qu’à rappeler pour s’en convaincre la brochette de dirigeants de la belle époque qui est ressortie pour tenter de rattraper l’électorat socialiste, attiré dans sa majorité par un vote Non qui lui semble, à juste titre, en adéquation avec les valeurs de gauche, ou bien encore la pléiade de « stars de gauche » appelant le bon peuple à suivre ses représentants naturels.

Mais la crise d’angoisse que rencontre Solférino ne se résume pas à ces apparences. A la tête du PS, on ne se contente plus en effet d’ostraciser les dissidents qui persévèrent à dire Non. Bien plus, on essaie désormais de se trouver des raisons pour comprendre la désaffection de plus en plus plausible de l’électorat de gauche pour ce que le PS a conseillé de voter. On accuse par exemple les sondeurs (sauf bien sûr dès lors qu’ils donnent le Oui vainqueur) de contribuer à la montée du Non en multipliant les sondages, et la presse de signaler la progression du Non, mais de ne pas suffisamment donner écho à la campagne du Oui - autrement dit on accuse la presse de ne pas être totalement partiale et engagée ouvertement derrière le Oui, comme si son travail minutieux de censure du Non n’était suffisant ! On en vient même parfois, dans des milieux avertis, à délirer sur un complot médiatico-sarkozyste dont l’objectif serait de faire tomber Chirac - comme s’il n’avait déjà démontré son aptitude à tomber par lui-même !

Et puis, lorsque le Non commence vraiment à monter trop haut, la peur finit par brouiller tous les repères. Quand la tourmente laisse place au désespoir, on n’hésite plus ici ou là à déplorer la solution du référendum, à critiquer la possibilité offerte au peuple de donner son avis, là où les parlementaires, élus pour le représenter, et surtout bien plus éclairés, auraient suffit ! On en vient même à regretter la maladresse, voire la nullité du président de la République lors de sa première défense publique du texte. Et on exploite la veine bonapartiste, à laquelle n’échappe pas le PS, en rêvant parfois du grand homme, de l’homme politique fort et suffisamment charismatique pour amener le Oui socialiste à la victoire, ou du moins pour le protéger d’une trop brutale défaite - comme si la popularité du Non ne constituait pas déjà une première défaite !

Un tel contexte incertain ne pouvait qu’encourager l’intervention télévisée de celui qui deux ans plutôt disait s’être irrévocablement retiré de la vie politique, et son cortège d’arguments intellectuellement malhonnêtes destinés à diffuser dans l’esprit de l’électeur socialiste l’angoisse de renouveler la (soi-disant) erreur de la présidentielle de 2002. Qui d’autre en effet que l’homme du 21 avril pouvait retourner cette peur à son avantage et, avec l’assurance de celui qui depuis le départ croit avoir raison, faire vibrer cette corde sensible de la mauvaise conscience de gauche ? Certes, les classes populaires vomissent ce retour dans lequel elles ne voient qu’opportunisme et suffisance, mais la bourgeoisie de gauche est rassurée de savoir, après quelques hésitations, qu’il lui faut voter oui « pour ne pas prendre l’Europe en otage », et Libé est ravi ... Mais lorsque l’espoir se rapproche, la crainte ne demeure pas très loin, et à un mois du référendum, malgré le retour du Oui dans les sondages, les plus basses peurs continuent à éroder la confiance que les dirigeants socialistes croyaient avoir acquise du peuple après les régionales et les européennes - trop rapidement assimilées à des victoires électorales. Dès lors, que cache cette peur ?

Elle masque une interrogation structurelle pour la gauche qui devient de plus en plus pressante. Le PS pourra-t-il conserver son existence au lendemain du 29 mai alors que cette campagne aura manifestement révélé ce que ses dirigeants s’efforçaient de camoufler : la dualité idéologique qui le traverse ? Un parti peut-il en même temps prôner le réformisme passif, l’accompagnement du libéralisme, et sa volonté politique de transformation sociale ? La problématique est claire, et pour nombre d’électeurs de gauche, ouvriers, fonctionnaires et autres salariés, évidente depuis longtemps comme en témoigne l’ampleur toujours grandissante des revendications sociales depuis 1995. Les éléphants éclairés feraient-ils mine de la découvrir aujourd’hui ? En tout cas, ils semblent bien désormais en mesurer avec crainte toutes les conséquences, et se rendre compte qu’il faudra les assumer demain effectivement en cas de victoire du Non. Car s’il votait Non, le peuple disqualifierait bien sûr aussi l’orientation majoritaire du PS.

Le PS ne peut s’en prendre qu’à lui-même, collectivement, et à ses leaders résignés bien plus qu’à ses militants désabusés. Il a voulu éviter depuis au moins trois ans le débat crucial de sa refondation en refusant de poser la question essentielle de l’identité socialiste qui s’imposait à tous les esprits au lendemain du 21 avril 2002 et lui revient aujourd’hui comme un boomerang. Il se retrouve donc, trois ans après, et suite à deux victoires électorales par défaut, à avoir à régler ce qu’il a toujours voulu fuir. Jospin rappelle aujourd’hui la voie qu’il proposait déjà hier, en répétant, comme en 2002, ne pas être socialiste. Il y a sans aucun doute une partie du PS qui se retrouve dans une telle définition où le P existe sans le S. Mais il y a une autre partie qui non seulement ne s’y retrouve pas, mais qui en plus peut enfin l’affirmer. En effet, la gauche de ce parti (Emmanuelli, Dolez, Mélenchon, etc.) ose enfin dire que pour elle, cette fois, c’est Non, un Non socialiste et de gauche. Mais saura-t-elle ne pas avoir peur elle-même le lendemain du vote et, quel que soit son résultat, profiter de l’élan apporté par cette campagne afin de soutenir le S avant le P, et si cela se révèle nécessaire, de faire exister le S sans ce P là, quitte à en fonder un autre ?


Billet n°3 : L'heure du NON offensif (25 mai 2005)

A quelques jours du scrutin référendaire, la tension est à son comble chez les partisans du Oui. L’avenir du texte consacrant leur communion idéologique semble compromis, si ce n’est encore par le vote le rejetant, du moins déjà par le vent de contestation populaire le condamnant.

 

La crainte d’une défaite annoncée par de nombreux - mais par définition hypothétiques - sondages conduit les divers ténors défendant leur « traité constitutionnel » à s’embourber, à perdre pieds et patience. Quand il n’appelle pas l’électeur à s’abstenir, quand il ne l’accable pas de son ton suffisant pour lui expliquer qu’on ne peut être européen et voter Non, ou de ses prédictions chaotiques quant à l’avenir de l’Union, le défenseur du Oui cherche secours dans la star à paillettes dont il espère qu’elle parviendra, elle, à lui donner l’illusion que le sacrilège refus du texte constitutionnel revient à brûler le drapeau bleu aux 12 étoiles ...

L’ampleur du mouvement populaire qui manifeste déjà son refus du texte révèle combien les représentants du peuple sont dans leurs discours comme leur intentions politiques aux antipodes des aspirations de ceux qui les désignent. Alors que beaucoup considèrent comme désuet le concept de lutte des classes, les classes populaires revendiquent en masse leur désir de modifier un ordre établi des choses fondé sur la domination économique, sociale, institutionnelle et culturelle ; et la gauche, vouée quel que soit le résultat du 29 mai, à une recomposition dont elle n’a pas été capable à la suite du 21 avril 2002, aurait tort, cette fois, de continuer à l’ignorer. Mais au moment même où le peuple commence à renouer avec la politique, nombre de dirigeants politiques ne cessent de réduire le vote Non à un acte anti-européen et contraire à l’intérêt commun des français.

Aussi devient-il décisif, pour que chacun puisse évaluer l’importance de l’enjeu et que l’abstention soit aussi minime que possible, de conclure cette campagne en répondant brièvement à ces deux simplifications, qui en dépit de leur caractère intrinsèquement abusif, n’en demeurent pas moins efficaces tant elles contribuent à générer la peur.

Même à supposer un instant que l’argument d’une contradiction entre l’intérêt national et le vote Non soit acceptable, depuis quand les dirigeants politiques sont-ils seuls aptes à juger de l’intérêt général ? N’est-ce pas prioritairement, c’est-à-dire avant toute délégation de ce pouvoir à ses représentants, aux citoyens eux-mêmes de décider collectivement de ce qu’est leur intérêt ? C’est donc incontestablement une grave crise de la représentation politique que la campagne référendaire a explicitement mis à jour. Et cette crise s’aggrave à chaque nouvelle surenchère dans la menace, l’intimidation et autres formes de mépris à l’égard des électeurs qui sont déjà convaincus de l’importance historique du vote Non comme de ceux qui hésitent encore dans leur choix.

Quant à l’argument qui consiste à identifier le Non à un vote contre l’Europe, il s’agit d’un amalgame purement rhétorique qui ne peut suffire à dissimuler combien ce texte constitutionnel est lui-même anti-européen - si l’on veut bien considérer l’idéal de l’alliance entre États que l’Europe constitue et non la seule orthodoxie libérale qui tient lieu de construction européenne depuis le Traité de Rome - en ce qu’il annule de droit les effets bénéfiques qu’une association d’États pourrait apporter aux peuples qu’elle associe :

1/ ce texte est anti-européen car il contredit formellement les exigences démocratiques partagées par les peuples européens : une élaboration par une convention ne disposant d’aucun mandat constituant, des modes de ratification pluriels et répartis dans le temps qui ne satisfont pas au critère démocratique d’une délibération commune, des pressions multiples (passant essentiellement par la voie médiatique) pour contraindre moralement à son adoption, etc. ... C’est donc par une procédure entièrement anti-démocratique que l’on entend constituer la prétendue Europe politique !

2/ ce texte est anti-européen car il empêche par son contenu les peuples de disposer librement d’eux-mêmes : l’idéologie économique et sociale qu’il contient fixe comme naturelles et indiscutables des orientations de type libéral, et impose donc un cadre d’action politique unique interdisant toute variation nationale. Toute décision politique est soumise à la banque centrale indépendante qui de fait gouverne véritablement la destinée des États, et le libre-échange déréglé tient lieu de dogme unique !

3/ ce texte est anti-européen, car il n’est pas fondé sur une volonté pacifique : outre la guerre économique à laquelle est définitivement condamné l’espace européen, il est précisément question, en guise dé défense européenne, du seul respect par les États qui en sont membres des obligations de l’OTAN !

4/ ce texte est anti-européen car il entérine et encourage la régression politique et sociale : en consacrant le triomphe du capitalisme, auquel il donne un soutien juridique, en faisant mine d’accorder de pseudo droits fondamentaux qui non seulement ne sont en rien contraignants, mais en plus cachent un certain nombre de reculs, le texte ne garantit aucune amélioration nationale des droits individuels et interdit toute progression sociale commune !

Qu’une large majorité d’électeurs se prononcent pour un rejet de ce texte signifierait la volonté du peuple français de proposer une orientation nouvelle à la construction européenne tout en revendiquant une modification profonde des choix comme des pratiques politiques en France. Loin d’être chaotique, un Non massif ne peut être que salutaire tant pour la vie politique française que pour la construction européenne.

Aussi, pour que la résignation laisse place à la transformation politique, pour que le renoncement ultra-libéral laisse place au progrès social, l’heure est bien au Non offensif ! Un Non qui s’impose massivement pour réorienter fondamentalement la construction européenne. Un Non qui s’impose massivement pour stopper la politique de destruction sociale engagée depuis 2002 par le gouvernement.


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