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De la modernité sociétale dans la pensée libérale - 2

Par Pierre Delvaux • Actualités • Mardi 10/03/2009 • 0 commentaires  • Lu 1299 fois • Version imprimable


Les premières contributions au débat que nous avons lancé à la faveur de la loi sur les droits des beaux-parents illustrent la difficulté pour toutes les voix citoyennes diverses et indépendantes à se faire entendre dans ce monde libéral médiatisé que Debord qualifia astucieusement de « monde réellement renversé » dans lequel « le vrai est un moment du faux ».

 

Premier probléme : les conditions du débat.

Tous les avis sur l’adoption et l’homoparentalité doivent pouvoir se faire entendre. Or, je prétends que ce n’est actuellement pas le cas. Dans l’agora médiatique où se mènent aujourd’hui les débats de notre société, un seul point de vue prévaut sur ce sujet : celui des lobbies G&L à qui il faut reconnaître une grande efficacité, celle d’avoir su imposer ce point de vue dans l’opinion. Comment cela ? C’est le principal sujet de mon article.

En quoi le combat des homosexuels pour leurs droits se différencie-t-il de celui des femmes ? A la base dans son développement historique. Le mouvement féministe prit son essor en plein capitalisme ascendant (avec, entre autres, les suffragettes et Louise Michel). En cela, il se développa au sein du mouvement ouvrier, souvent, même, à l’avant-garde de celui-ci. De ce fait, l’égalité des droits sociaux était le cœur de sa politique. L’égalité et non pas l’équité. En cela, le mouvement féministe s’inscrivait dans la tradition révolutionnaire de 1789 qui distingua toujours les droits et les devoirs collectifs de la sphère privée dans toutes ses dimensions. C’est précisément cette démarche laïque qui est absente du mouvement homosexuel tel qu’il s’est développé.

C’est un fait historique : après quelques timides et dispersées tentatives dans le passé, le combat des homosexuels s’affirma pleinement dans les années 1980. Dans ce moment que certains affirmèrent être « la Fin de l’Histoire », le triomphe de l’idée libérale sur l’idée communiste, moment de reflux majeur du mouvement ouvrier où l’on vit les dirigeants politiques et syndicaux  de gauche adhérer massivement à l’économie de marché. Pour tous ceux-là, la supériorité démocratique du marché sur l’organisation collective de la société rendait caduques les formes sociales dont ils se réclamaient la veille : les partis, les syndicats et toutes les formes d’opposition frontale au monde de l’entreprise (manifestations, occupations, etc…). Tout cela devait être revu et ce fut, effectivement, le cas. Il ne s’agissait plus de combattre cette économie de marché mais d’agir en son sein pour se ménager des droits dont elle voudrait bien s’accommoder. Ainsi, et sans jamais le dire, on enterrait l’égalité républicaine comme projet commun. On ne pouvait être qu’un Khmer rouge pour conserver le projet d’une société visant à l’égalité universelle. L’inégalité étant inhérente à l’économie de marché, de nouveaux droits ne pouvaient y être conquis que sur une base d’équité, sur le partage de l’espace restreint de liberté que le marché pouvait nous laisser pour ne pas l’entraver (principe à l’origine du Traité de Maastricht). Dans la mesure où l’on passait ainsi d’une démarche universaliste ou utopique (pour l’égalité sociale) à une démarche d’adaptation de l’intérieur d’un ordre social posé comme immuable, il était effectivement logique que l’on parlât de démarche non plus sociale mais sociétale. En définitive, il ne s’agit plus de remettre en cause cette société mais de faire valoir les intérêts de chacune de ses composantes. De là, les plus écoutées seront celles qui favoriseront le plus le fonctionnement du marché, entre autre en intégrant son principe de concurrence dans leur expression. Il s’agit donc moins d’une démarche militante que consumériste, ce que l’on appelle aujourd’hui « positive action » (Ne cesse-t-on pas, d’ailleurs, de nous présenter l’activité des lobbies auprès de la Commission de Bruxelles comme une chose naturelle ? Ce qui en dit long sur l’utilité du Parlement européen…)  

Dans les années 1980, il se trouve que les associations de défense des homosexuels (ou, au moins, les plus en vue) ont fait leur cette démarche (peut-être simplement par soucis d’une efficacité immédiate…). Ce faisant elles se sont enfermées dans une victimisation souvent caricaturale et un prosélytisme conquérant devant lesquels se sont inclinés les acteurs politiques et sociaux. Les media suivant le mouvement comme il se doit, l’opinion publique en est venu à se dire comme Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé que dans la mesure où « j’ai des amis qui… » la cause était entendue. C’est ainsi qu’il n’y aura pas eu de débat sur un sujet aux implications insoupçonnables. 

Deuxiéme problème : l’objet du débat.

Dans ce débat, j’en appelle à la raison. S’interroger sur ou, même, contester l’homoparentalité est-il un acte intrinsèquement réactionnaire ou une manifestation d’adhésion au patriarcat ? S’inquiéter des conséquences d’un foyer unisexe est-il une preuve d’homophobie ? La laïcité n’a jamais consisté en un paravent opaque et infranchissable entre la sphère publique et privée. Sinon, la Convention aurait pu élire le Marquis de Sade ministre des cultes. Faut-il encore une fois rappeler l’axiome élémentaire selon lequel la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres ?... Car c’est bien ce principe que bafoue la société libérale dans laquelle tout est permis tant que le marché peut s’épanouir. Et c’est pourquoi je maintiens qu’il y a aujourd’hui conjonction d’intérêt entre le marché et ceux qui, de fait, se sont érigés en représentants uniques des homosexuels sur l’éclatement de la famille traditionnelle avec ses référents sexuels. Au-delà du sort des enfants (ce qui n’est pas anodin), c’est le devenir de notre société qui est en jeu. Est-il inconvenant de demander le temps d’une réflexion approfondie là-dessus sans occulter aucun point de vue ni aucune question ? Serais-je le dernier pour qui éradiquer la masculinité pour s’acheminer vers une société unisexe pose question ?

Hélas, je vois que, pour les raisons historiques que j’exposais plus haut, les organisations qui représentaient jadis le camp du progrès social condamnent par avance ce débat au nom du politiquement correct libéral. Plus la décomposition de la société libérale avance et plus le conservatisme devient révolutionnaire.

 

Pierre Delvaux     le 10 mars 2009


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