S'identifier - S'inscrire - Contact

Détour par Cuba

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Lundi 16/03/2009 • 2 commentaires  • Lu 1523 fois • Version imprimable


Aujourd’hui avec la victoire historique du FSLN au San Salvador, c’est vers ce pays que j’aurais dû me diriger mais pour une fois l’actualité me pousse plutôt vers Cuba.

 

Après la lecture de l’article de Denis Collin, dans le dernier Sarkophage j’ai lu avec intérêt un texte concernant Vázquez Montalbán et Cuba. Comme j’en suis l’auteur, au premier abord ce n’est pas surprenant, pourtant l’article ayant été rédigé il y a dix mois environ, j’ai pu le lire avec un œil étranger. Tournant autour d’un trio Marcos / Le Pape / Cuba, il se trouve que nous sommes en pleine actualité. J’ai du écrire des centaines de pages sur les Amériques mais rarement sur Cuba. Or, en ce mois d’avril qui approche (du 17 au 19 c’est le Sommet des Amériques), un tremblement de terre est annoncé : Obama va entreprendre une sortie du blocus (embargo dit-on en espagnol) ! Pour s’y préparer, Raul Castro a décidé de modifier profondément son gouvernement et un journal comme El Universal de Mexico y voit aussitôt une fracture entre les deux frères Castro, après avoir prétendu qu’ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau (voir traduction dans Le Courrier International n°958).

L’affaire est d’importance avec l’éviction de plusieurs personnalités du gouvernement : Carlos Lage, Felipe Perez Roque ou Carlos Valenciaga et d’autres. Dans La Jornada aussi mexicaine, Guillermo Almeyra nous donne son sentiment sur cet événement. Il considère que depuis toujours il y a eu à la fois des divergences entre les deux frères (Raul beaucoup plus pragmatique que Fidel le volontariste) mais aussi un accord sur l’essentiel : l’intransigeance dans la lutte anti-impérialiste, la volonté de défendre le pouvoir issu de la révolution et ses acquis, le profond nationalisme.

La façon d’écarter des dirigeants confirme cependant que tout le pouvoir continue d’être dans l’appareil d’Etat avec sans doute l’idée que le modèle chinois du PCC pourrait servir de porte de sortie : maintien de la même classe dirigeante mais avec ouverture en partie à l’économie de marché (cette ouverture redonnant des biens au peuple qui pourrait dire merci à sa clase dirigeante).

Ce contexte reste très éloigné du rêve paradisiaque de Vázquez Montalbán au sujet de Cuba, rêve qu’il tenait du séjour de son père dans l’île, rêve qu’il vérifia souvent en rendant visite au peuple exemplaire de la petite île. Le socialisme désirable pourrait être celui de Compay Segundo et de sa musique, celui d’une ingéniosité et d’un humour populaire très présent dans le cinéma, celui de la capacité à résister. G. Almeyra formule un peu la même idée quand il écrit : « Le peuple cubain souffre de la bureaucratie, il est en permanence dépolitisé et désinformé par elle, mais il n’est pas écrasé. »

C’est justement cette énergie populaire qui, dans le nouveau contexte international, pourrait aider les maîtres du pays, avec comme en Chine, le nationalisme comme instrument de relancer d’une économie qui permettrait de valoriser les atouts de l’île. Aux USA, la Chambre des Représentants a déjà décidé de mettre fin aux restrictions d’envoi d’argent dans l’île. Pour le tourisme par exemple, des investissements nouveaux assureraient à cette industrie  un bon en avant considérable.

Quant au Pape, entre celui qui arriva à Cuba en 1998 (thème du livre de Vázquez Montalbán : Et dieu entra à la Havane) et celui d’aujourd’hui, on a l’impression que le recul réactionnaire est sans fin pour l’église catholique. Du côté de Marcos, malgré quelques tentatives de sortie du Chiapas, la dynamique des années 98 semble épuisée.

Globalement donc, quand je compare l’effort de Vázquez Montalbán et les nouvelles qui nous arrivent du monde présent, je me dis que la route pour construire le socialisme va continuer d’être semée d’embûches. Ce qui nous renvoie à la conclusion de l’article de Denis Collin : « déterminer les questions essentielles qui nouent les alliances de classe et les revendications politiques immédiates pour combattre la politique des classes dominantes et par là tenir en respect les « grands » dont le premier désir, comme le disait Machiavel, est de toujours tyranniser le peuple ». D’où mon prochain article qui concernera La Poste : Sarkozy profitera de l’été pour faire voter un projet de loi la changeant en société anonyme.

16-03-2009 J-P Damaggio


Partager cet article


Commentaires

La Floride par Michel Gandilhon le Mardi 17/03/2009 à 13:23

J'ignorais que le FSLN avait une section au Salvador. Quant à la complaisance du gauchisme pour la dictature capitaliste bureaucratique cubaine, tout en étant cocasse venant de gens qui hurlent au fascisme au moindre tressaillement de Sarkozy, elle participe finalement de ce processus qui frappe le projet communiste d'une maladie mortelle : le discrédit. Que Raul Castro commence par rétablir les libertés élémentaires, syndicales, d'expression, d'organisation, de circulation, et on reparlera du socialisme spontané des "masses" cubaines en examinant la direction qu'il prendra une fois débarrassé des chaines de cette dictature abjecte. Jusqu'à maintenant la direction c'était plutôt la Floride.


à propos de poste... par bquentin le Mardi 17/03/2009 à 17:55

J'ai lu ceci en conclusion provisoire: "D’où mon prochain article qui concernera La Poste : Sarkozy profitera de l’été pour faire voter un projet de loi la changeant en société anonyme."
Non ce n'est pas NS seul qui a décidé de la privatisation de La Poste, tout comme cela ne l'a pas été pour la transformation des PTT puis de l'épique époque EPIC La Poste + France Telecom distingués en 2 entités séparées et pour l'une d'elle devenue comme c'était prévisible société privée, vente de la maison par actions depuis la bourse de NY in USA..
Remontons aux sources venant du PS et de la CFDT associés pour le meilleur et pour le pire, remontons donc là aussi au rapport Prévot, à la réforme Quilés, au gouvernement Jospin, etc. et aux directives EU décrétées par qui et de quel Droit ?
Les directives européennes frappent toujours en rappel urgent pour accélérer la privatisation demandée depuis des années et ça traîne dans les rangs pour ce qui reste de La Poste ! Et le gouvernement de FR dans son entièreté a décidé le changement estival 2009, mais il leur reste urgent d'attendre l'après élections européennes pour ne pas troubler le vote des employés et citoyens attachés à défendre ce qui reste du service public postal, le résultat du vote pourrait en subir les conséquences penseraient-ils tous ? Alors dans une grande magnanimité a été décidé le différé à l'été 9 et a été expliqué avec franchise le pourquoi du comment, ce n'est pas si courant ? Peur de qui et quoi ?
Et c'est pourquoi, entre autres raisons tout aussi gravissimes en d'autres domaines publics ou privés et bien que personne dans ce qui reste des partis politiques, qu'ils soient petits ou grands, n'appelle au boycott des élections européennes au dit ou décrété "parlement" démocratique du grand marché, je boycotterai ces élections en m'abstenant de me déplacer et chiche que ce chiffre de non déplacement soit élévé ou même majoritaire, qu'est ce que cela changerait pour la poste et autres sociétés publiques ou privées ?
Nombre de bureaux de postes ferment depuis des années en campagne et dans les villes, suite à l'absence de bureaux de poste malgré le besoin flagrant et statiscisé scientifiquement, prolifèrent et fleurissent les agences postales ouvertes par les municipalités en plein accord avec la poste dirigeante mais qui paye ?
Dans ma ville, alors que des bureaux de poste des quartiers populaires excentrés manquaient, un bureau de Poste officiel avait été spécialement ouvert en centre ville, pas loin de la RP (recette principale) pour assurer les services financiers et les employés comme les syndicats s'en étaient inquiétés, cela a marché brinquebalant 1 ou 2 ans, là jamais de file d'attente pour acheter ses timbres ou envoyer ses recommandés ou consulter son LEP, son
livret A, etc. et personne ou presque pour la finance et ses conseillers, alors La Poste (sa direction sur directive), pas folle la guêpe, a fermé ce local clientèle et plus vraiment destiné aux usagers, sans pour autant accéder à la demande pétitionnaire d'ouverture de bureau de poste desservant par ex. un des quartiers en expansion et oublié. 
Et depuis aussi des années combien d'emplois précarisés à La Poste, combien de quartiers desservis 1 jour sur 2, etc. Combien aussi au niveau national de procès intentés et gagnés par quelques employés précaires cumulant depuis nombre d'années des centaines de contrats journaliers pour quelques heures de tri à assurer de jour ou de nuit, quelques heures avant, simple comme un coup de fil car justement un appel reçu sur fixe ou portable pour demander d'aller pointer au tri, si absent le coup de fil passe à un ou une autre jusqu'à trouver le sauveur tri- distribution. Précaires parfois défendus par un syndicat sudiste, précaires si peu mais si seuls! 
Ne pas accorder d'importance aux entrevues récentes rapportées par par ex. Le Figaro 13/3, Challenges 12/3, inerroger et converser de temps à autre avecs son Postino ou sa factrice,
ses voisins de quartier, son trieur au CTA, etcaetera, c'est parlant et ça en dit plus long sur ce qui se passe et ce qu'est devenu un service public si malmené, d'ailleurs qui écrit encore de courtes ou longues lettres épistolières et envoie ensuite par la Malle Postale son travail écrit ? la toile tue, combien de sociétés publiques ou privées nous proposent de recevoir nos factures ou impôts à déclarer (même si l'on n'en paye pas) par le biais de la toile ?
Enfin fort heureusement reste
à expédier un peu de courrier manuel pour ceux et celles qui n'acceptent pas l'envoi et le reçu par inter. point nette de ces factures puis de leurs paiements, et si l'on y rajoute :
* les publicités en envoi en nombre sous pli fermé
* les multiples publicités en papier glacé ou papier recyclé -ou non rcyclé- circulant à découvert et si lourd dans la sacoche
* les journaux périodiques ou hebdomadaires ou mensuels papier auxquels par exception culturelle on est encore abonnés
* les enveloppe T dont il faut se servir en retour pour envoyer ses tracts ou poésies puisque c'est affranchi gratuit, ainsi l'émetteur réribue La Poste et sauvegarde un peu de l'emploi public en péril
* les colis familiaux, les cartes postales..
*les etc.
En conclusion provisoire, je vous demande de bien vouloir excuser ce grain de Grossel un peu trop lourd en attendant la suite des ventes à l'encan ou aux enchères publiques et aussi la suite du projet d'article sur la tam-tam la sociale à écrire avant le début ou la fin l'été indien de juin neuf...



Archives par mois


La Sociale

Il Quarto Stato