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Deux camps atteints d'éxubérance irrationnelle idéologique

La collusion des États et des "hedge funds"

Par Serge Gomond • Débat • Lundi 20/10/2008 • 1 commentaire  • Lu 1981 fois • Version imprimable


J'ai lu un papier de Pierre-Antoine Delhommais dans "le Monde", où il tient une rubrique économique qui apparemment paraît équilibrée. Ce monsieur semble déboussolé par la tournure de la conjoncture économique et politique actuelle, (d'ailleurs c'est fou en ces temps troublés, la pléthore d'articles parus sur le sujet.) D'autre part, je ne comprend pas pourquoi l'on dissocie le mot économie du mot politique et vice-versa, l'économie-politique ce serait pas mieux ?

Donc, monsieur Pierre-Antoine Delhommais divise le monde (qu'il qualifie aussi d'exubérance irrationnelle idéologique) économique en deux camps :

Celui qui des idéologues indécrottables du néo-libéralisme, dont fait parti  N. Baverez, et qui déclare que : «le libéralisme serait le solution à la crise du capitalisme mondialisé» et  cet autre, A. Madelin, et qui déclare : «c'est la seule réglementation qui serait en cause». D'ailleurs on fait appel à ce dernier, chantre forcené du néo-libéralisme gavé de subventions publiques, chaque fois que la cause paraît désespérée.

N. Baverez c'est un monsieur bien propre sur lui, qui a commis une biographie sur Raymond Aron. Dans cette biographie, il s'autorise à dévaloriser le travail de militant du père de Raymond Aron, Gustave Aron, bon militant communiste et excellent juriste, qui avait pris fait et cause pour le peuple souverain, en proposant de le protéger par des lois en sa faveur ; mais ce monsieur, N. Baverez, s'acharne a dévaloriser la qualité exceptionnelle de ce travail, dont pourtant tout le monde s'accordait à en reconnaître l'excellence.
Pour ceux que ce travail pourrait intéresser, je les convie vivement à se reporter à l'article qu'il a publié en 1914 dans "La Grande Revue" en faveur de l'impôt sur le revenu. cet article témoigne de la générosité de cet homme, que monsieur N. Baverez  traduit par " idées fumeuses très représentatives de son temps". Gustave Aron déclarait entre autre :

« Il faut, pour oser se réclamer des principes de 1789, en admettre les termes essentiels : souveraineté nationale, droit pour les peuples de se gouverner eux-mêmes, et de disposer de leurs destinées, conquête de toutes les libertés dans l'ordre économique et social; égalité, c'est-à-dire, devant la loi, devant la justice, devant les charges militaires, devant l'impôt et aussi devant la propriété.»

Tant de fumisterie, c'est intolérable !

Monsieur N. Baverez en rajoute une couche : «La déchéance de ce pére à l'intelligence si fine, héros malheureux de ce que son fils appela "tragédie bourgeoise" ». La "déchéance" de ce père à l'intelligence si fine aurait été, s'il avait pris le parti de la bourgeoisie, un père évidemment exemplaire à l'intelligence supérieure, un modèle pour nous tous etc.

Un incident de la campagne des élections présidentielles de 2007, aurait pu passer inaperçu si... Lors d'un débat télévisé sur les programmes économiques des deux principaux candidats, et programmé à cette époque sur la seconde chaîne publique (France 2), au moment où Thomas Piketty argumente pour développer et soutenir le programme économique de la candidate socialiste (que la droite ne s'est pas gênée d'insulter abondemment, laissant croire qu'elle était totalement demeurée et que le programme économique qu'elle proposait aux Français n'en était pas un), monsieur N. Baverez, s'est permis de demander qui était ce monsieur qui osait intervenir, et qu'apparement il ne connaissait pas, qui racontait n'importe quoi, ne connaissant rien à l'économie de marché etc.

Manque de chance pour lui, Thomas Piketty est une "pointure" en économie, et c'est un démago de son camp, J. Marseille, qui l'a rapidement affranchi en direct (c'est-à-dire sur le plateau télé), en lui marmonnant à l'oreille qu'il se méprenait en sous-estimant ce monsieur. Tout ceux qui connaissent un peu les économistes savent que Thomas Piketty est le fondateur de la prestigieuse "Paris Business School", institut de renommée internationnale de par le niveau d'enseignement dispensé en son sein, et que contrairement à ce que croyait N. Baverez, un enseignement à la pointe en ce qui concerne l'économie de marché !

 

Dans l'autre camp, ceux qui pense que c'est une crise systémique sans précédent, il y a  Immanuel Wallerstein, qui déclare que le capitalisme touche à sa fin, (dont je vous ai déjà parlé dans un article précédent) et Olivier Besancenot, dirigeant de la LCR et qui est l'un des acteurs pour la fondation d'un nouveau parti, le NPA, et qui pense que le système est en train de se noyer dans son sang.

P.A. Delhommais, pense qu'ils ont tout faux et que la seule chose dont on soit sûr, c'est que les banquiers sont des inaptes et ne savent même pas  mesurer les risques financiers (ce qui est quand leur métier), et alors qu'ils refusent des prêts à la consommation de quelques centaines d'euros, parce que les revenus de certaines personnes seraient jugés par eux, un peu justes, ont eux même perdus des milliards d'euros ou de dollars...

Et il ajoute, «la bulle que l'intelligence supérieure des banquiers a entièrement et artificiellement créée vient de leur éclater à la figure».

La suite n'est pas triste non plus, et à mon sens conforte les tenants de la seconde thèse (ceux qui disent que le système capitaliste est moribond.)

Il souligne même, que la confusion des idées est totale.

Comment pourrait-on croire que les États puissent venir secourir des banques,  étant eux-mêmes les principaux acteurs des marchés financiers, leurs stocks d'emprunt s'élèvent à la moitié, 28927 milliards de dollars, du montant total de tout le marché obligataire mondial.

C'est en levant chaque mois des fonds auprès des professionnels du marché, et en particulier auprès des "hedge funds", que la France finance entre autre ses déficits, ce qui permet par exemple, en partie seulement, de payer les professeurs et les infirmières.

Ce n'est pas par hasard qu'il choisit ces deux catégories professionnelles, car comment ne pas faire la liaison avec le déficit budgétaire de la France ?

Déficit budgétaire, donc faire des économies, et selon les membres du gouvernement, les fonctionnnaires coûteraient trop chers à l'Etat. La gabegie présidentielle ou les dépenses somptuaires de certains membres de ce gouvernement n'y seraient pour rien. La vieille méthode du bouc émissaire, dont Sarkozy et les membres de son gouvernement usent et abusent sans retenue.   

D'autre part et contrairement à ce que voudrait nous faire croire Sarkozy, les chamailleries avec les affreux spéculateurs ne sont est qu'apparente. Ils ne peuvent pas divorcer l'un de l'autre, puisqu'ils ont besoin l'un de l'autre.

Sarkozy, ne peut se passer de leur argent et les "hedge funds" ont là un fromage qu'ils ne sont pas prêt de lâcher !

Peut-on vraiment croire que les États nationalisent leurs banques ?

Certainement pas, puisque dès que la tempête sera passée, les dirigeants politiques l'ont dit et répéter sur touts les tons et à toutes occasions, il se retireront des conseils et directoires de ces banques. Il s'agit de "nationalisations provisoires", comme en 1917... (voir plus bas)
Il ne s'agit que d'un choix stratégique, comme le ferait des généraux en temps de guerre, où seul la victoire compte...

On est en droit de se demander si cette stratégie est vraiment la bonne, vu ce qui se passe actuellement en Irak et en Afghanistan, c'est pas très rassurant pour nous !

D'ailleurs ils se référaient à ce qui s'était fait par le passé pour d'autres secteurs stratégiques. En 1917 lors de l'entrée en guerre des Etats-Unis, les chemins de fer états-uniens furent nationalisés, afin d'assurer le transport des troupes et du matériel de guerre, mais ils furent dénationalisés en 1920. (ouf !)

Un seul hic dans ce scénario, et un hic de taille, si tout s'effondre, comme cela est très probable, comment des États, en cessation de paiement, pourront-ils encore intervenir ?

Si les politiques perdent la main, les peuples n'auront-ils d'autres alternatives qu'un retour vers le passé, ou bien faire table rase et tout changer ?

Sarkozy, a encore une fois trouvé la solution !

Il faut créer un organisme qui garantisse les États eux-même !

Fallait y penser !

Et  pour se protéger au cas où tout s'effondrerait, a-t-il prévu un organisme qui le garantisse?

Ensuite nous passons à l'économie-politique et l'économie de marché mondialisée, avec le vieux "serpent-de-mer" que représente à ses yeux le gouvernement communiste chinois, (d'où le titre de son article «d'éxubérance irrationnelle idéologique»), gouvernement communiste qui serait encore plus capitaliste que les capitalistes occidentaux eux-même, puisque le gouvernement communiste chinois aurait un besoin vital pour son économie de ses exportations "made in China". Exportations principalement vers les Etats-Unis et vers l'Europe.

Or, c'est essentiellement pour cette raison que le gouvernement communiste chinois les soutiendrait. D'ailleurs il serait en passe de devenir le plus farouche défenseur du système capitaliste financier anglo-saxon, du libéralisme et du libre-échangisme.

Il souligne le fait que les Chinois (le gouvernement communiste chinois) détiennent un stock impressionnant d'emprunts d'État états-unien. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas, les Japonais en ont encore plus qu'eux ! Mais eux, en plus de la gestion d'une crise majeure de leur économie (pas celle là mais la crise des années quatre vingt), eurent à subir l'humiliation de l'arrogance des occidentaux. Il faut s'attendre à ce que le nouveau Bretton Wood, qu'appelle de ses vœux Sarkozy ne se déroule pas dans un climat très  favorable pour les occidentaux. Il faut ajouter la rancœur qu'eurent à subir les Russes, suite à l'humiliation de la supprématie états-unienne et plus généralement des occidentaux , la revanche est une motivation que les  Russes utilisent comme dans les négotiations avec les occidentaux (et parfois c'est aussi comme l'argument incontournable).

Cela commence à faire beaucoup, les intérêts des uns et des autres passeront-ils avant les rancœurs ?

Dans ce jeu mondialisé de chaises musicales, que deviennent les intérêts des Sud-Américains, des Africains, et des Indiens ? On connait parfaitement le contentieux des Pays d'Amériques du Sud envers l'administration Bush. Comment ces pays arriveront-ils à faire passer leurs rivalités, au moment d'accords internationnaux, avant leurs intérêts ? 

Autre question :

Devront-ils opter pour le camp des pro-Chinois farouches défenseurs du système capitaliste anglo-saxon, du libéralisme et du libre-échangiste, ou pour celui des farouches défenseurs du système capitaliste anglo-saxon, du libéralisme et du libre-échangiste occidental ?

Cette question en forme de boutade est une vraie question, derrière la première proposition se détache le volet concernant les pays en voie de éveloppement, ou pour parler plus prosaïquement les pays pauvres, qui prendra en compte leurs intérêts? 

Le système c'est à peine effondré qu'apparaissent dans ses ruines encore fumantes deux camps :

  1. Les tenants d'une règlementation plus sévère, moins libéraliste, mais avec le même système, bien cabossé certes mais qui pourra encore servir, d'ailleurs il n'est pas remis en cause, et de plus personne en n'a proposé un autre,
  2. Les tenants de la refondation du système financier mondial sur le même modèle qu'actuellement, toujours en l'état, mais en incluant une recomposition sur le modèle de ce qui avait été fait en 1944 à Bretton Woods. En sachant que Bush (fils), ne serait plus le décideur en chef, et que le successeur qui aura été élu après le résultat des élections présidentielles du mois de novembre n'aura pas forcément les mêmes impératifs que son prédécessseur, et que lors de ce sommet c'était le dollar qui était la monnaie de référence; on favorisait le dollar au dépend des autres monnaies et surtout des autres pays.

La suprématie étas-unienne est justement remise en cause. Alors ? 

Cette situation pourrait paraître comique, mais ce n'est évidemment pas le cas car des millions de gens vont en subir directement les conséquences et se retrouver sur la pavé, lessiver par les puissants qui nous gouvernent !

Mais en réaction à cela, le scénario le plus probable, sera un "raz-le-bol généralisé", écœuré par toutes ces gesticulations inutiles, suivi d'une colère incompressible qui submergera les puissants qui nous gouvernent.

Pas totalement inutiles penserons les plus cyniques, puisque ces gesticulations serviront à masquer la manœuvre qui consistera à faire payer les pauvres. Manœuvre diluée dans le temps, et enrobée d'un verbiage approprié. Enfin si tout fonctionne comme l'espère nos dirigeants.

On peut douter de la réussite de cette manœuvre, car il faudrait imaginer que les quelques milliards d'humains qui peuple la planète se laissent rouler dans la farine, aux bénifices des quelques millions d'ultra-privilégiés.

Mathématiquement douteux et politiquement très risqué.    

Ah j'allais oublier, P.-A. Delhommais dit à un moment dans son papier, «...alors que nul ne sait si demain tout ne sera pas écroulé.»

 Il nous ferait pas une crise de foi le petit bonhomme (la foi en le système capitaliste anglo-saxon, du libéralisme et du libre-échangiste occidental, bien sûr) ? En, fait pas si chaud...



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Plusieurs fonds alternatifs (hedge funds) ont fermé leurs portes ces dernières semaines. Trois pays sont particulièrement touchés : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne. Ceux finalement où l’impact de la crise est le plus grand. Parmi les dernières victimes, un hedge fund de Carlyle début août, les fonds Turnberry Capital Management, Andor Capital, Ospraie Fund… En Espagne, Barclays a annoncé la liquidation de son fonds de hedge funds Alpha Selection par manque de souscriptions, tandis que Santander doit également fermer deux fonds alternatifs et deux fonds de fonds alternatifs.

La banque espagnole a même décidé de déléguer définitivement la gestion alternative à sa filiale Optimal. Il faut dire que chacun de ces fonds a vu ses actifs fondre comme neige au soleil. « Depuis l’été 2007, plus de 100 fonds ont disparu. Et il ne s’agit pas de petites structures comme on a l’habitude de le voir, mais de fonds établis de plusieurs centaines de millions de dollars sous gestion, remarque Alessandro Mauceri, directeur de CMA à Genève.

C’est un phénomène assez unique, il faut remonter à 1999 et au scandale LTCM pour rencontrer une période équivalente. » Les dernières statistiques sont relativement éloquentes : Moody’s estime par exemple que le taux de faillite des hedge funds aux Etats-Unis passera de 5,7 % cette année à 7,2 % l’an prochain. En Europe, il doublerait de 2,5 % à 4,6 %. Elagage du marché Premier élément d’explication : la croissance fulgurante du nombre de fonds alternatifs. D’un millier environ en 2000, ils sont estimés aujourd’hui à une dizaine de milliers.

Et la plus grande partie d’entre eux sont situés aux Etats-Unis et à Londres. « Après une période de très forte croissance, il est normal que l’on passe par une phase plus sélective », estime Arié Assayag, responsable mondial du département Hedge funds chez SGAM AI. Une hypothèse confirmée par Alessandro Mauceri : « Entre 2002 et 2007, attirés par un secteur qui a enregistré un important afflux d’argent, beaucoup de gestionnaires ‘long only’ sont devenus gérants de hedge funds sans vraiment savoir maîtriser la vente à découvert et les effets de levier. Ils sont aujourd’hui les premiers touchés. » Au départ, les fonds les plus impactés par la crise étaient ceux investis sur les titres de dérivés de crédits devenus illiquides.

Mais durant l’été, une nouvelle catégorie de hedge funds, cette fois investis sur les actions, a été touchée. Début juillet, un grand nombre de gérants étaient acheteurs des secteurs matières premières et énergie, et vendeurs des secteurs financiers. Ils ont été pris au piège par le reflux des prix du pétrole le même mois et l’important rebond des valeurs financières après le sauvetage de Freddie Mac et Fannie Mae. Livrés à eux-mêmes Circonstance aggravante, les fonds alternatifs n’ont pas trouvé de soutien auprès des établissements bancaires, eux-mêmes en pleine déroute. « C’est un phénomène que l’on a tendance à sous-estimer », poursuit Alessandro Mauceri.

En mettant la pression sur les hedge funds depuis plusieurs mois pour qu’ils limitent leur effet de levier, alors même qu’ils auraient fait preuve de laxisme les mois précédents, les banquiers joueraient un rôle majeur dans cette crise. « En fin de compte, les hedge funds qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont adopté des stratégies privilégiant le trading au détriment de l’analyse fondamentale », note Christophe Chouard, directeur général de HDF Finance.

Mais nombreux sont les spécialistes à s’inquiéter d’une contagion de la crise vers l’Asie et les marchés émergents. « L’Europe de l’Est commence à être touchée par des demandes de remboursement. Les investisseurs ont peur de l’éclatement de la bulle immobilière », remarque Alessandro Mauceri. « De nombreux fonds ne supporteraient pas une correction majeure dans les pays émergents », ajoute Arié Assayag.



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