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Du Grand Sud à Podemos

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Mercredi 17/02/2016 • 0 commentaires  • Lu 1275 fois • Version imprimable


Robert Duguet, le 6 février 2016, nous propose sur ce blog une réponse à un article de René Revol. Etant un habitant de la vaste région Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon où l'expérience de l'union EELV-FdG a eu lieu, et proche de l'Espagne où j'ai pu étudier sur place le cas Podemos je souhaite faire connaître quelques observations.

 

EELV+ FdG dans le Grand sud aux dernières régionales

 

René Revol propose quelques éléments de réflexions en insistant sur un fait : c'est la seule liste hors PS qui a passé la barre des 10% à gauche. Dinc une source possible d'alternative ! Dans un contexte d'effondrement de ce qui restait du FdG ce "succès" est mis en avant sans référence aux résultats de 2010 or l'objectif affirmé sans cesse par cette liste, au vu des dits résultats, c'était d'arriver avant la liste PS. L'écart a été considérable au bénéfice du PS ! Par ailleurs le tête de liste a toujours été clair et net : au second tour alliance avec le PS dans le respect des résultats du premier tour. Les militants qui considèrent que les stratégies de second tour peuvent se décider le soir du premier tour me laissent toujours rêveurs.

 

Sans partager le point de vue de René Revol, je ne partage pas pour autant celui de Robert Duguet. Mais j'y reviendrais après un détour par Podemos.

 

Podemos

 

Je lis :

 

La direction de Podemos est une petite fraction, liée au chavisme, qui a su prendre le vent au moment où l’Espagne a été secouée par le mouvement des indignés. Et ce qui caractérise ce petit appareil, c’est qu’il combat pour endiguer et canaliser un mouvement profond de la classe ouvrière et de la jeunesse paupérisée espagnole pour prendre en main ses propres affaires et chercher une issue politique, sur une perspective strictement électoraliste."

 

Je crois relire ceux qui au moment des années 1970 nous disaient qu'en URSS le PCUS n'était qu'un appareil existant pour empêcher la classe ouvrière de prendre ses affaires en main. Le vieux débat entre la base révolutionnaire et les directions contre-révolutionnaires. Mais revenons en Espagne.

Après le mouvement des Indignés, il y a eu des élections en Espagne qui permirent une large victoire de la droite. Pour éviter le retour d'une telle traduction politique un mouvement est né, pluraliste, vivant, et puissant par le nombre d'adhérents. Ce mouvement s'est structuré avec plusieurs tendances, ce qui n'est pas surprenant vu les diverses situations espagnoles (je vois mal Iglesias dicter sa loi à Barcelone). Des statuts ont été votés, des directions élues, avec un débat interne toujours vif (parmi les députés européens les deux tendances majeures sont représentées). Dans le cadre d'une opposition féroce des forces dominantes avec la création de Ciudadanos (fait à ne pas oublier). Beaucoup d'observateurs, après les élections catalanes prédisaient la fin de Podemos avec un parti ayant de la peine à passer le 10%. Les résultats ont été tout autre. Pour aboutir aujourd'hui à un changement de stratégie, passant du ni droite/ni gauche, à la proposition d'accord au PSOE dans certaines conditions… qui aboutiront à de nouvelles élections.
Je préfère renvoyer pour les hispanophones au texte de la proposition de gouvernement de Podemos ICI.

 

Podemos ne souhaite pas apparaître comme les responsables de l'ingouvernabilité de l'Espagne. Dans un premier temps Podemos pensait que comme en Grèce, le PSOE allait s'effondrer (comme d'autres le pensent en France). Ce n'est pas le cas, sauf si le PSOE accepte un accord avec la droite. Pour le dire autrement : il faut à la fois respecter les résultats électoraux et continuer à défendre ses projets.

 

Je rappelle aussi la jeunesse et le nombre que pèse Podemos : 350 000 membres.

 

Je ne dis pas pour autant que c'est la démarche à suivre.

 

Parmi la tendance "basiste" le cas de Pablo Echenique : ICI;

 

L'alternative ?

 

Le cas de Podemos n'a de sens que dans le cadre espagnol, et le cas de l'union EELV+FdG dans le Grand sud. Pour la France elle-même il n'y a de recherche d'alternative qu'à partir de la situation spécifique du pays, c'est-à-dire la très forte présence électorale du FN.

 

Je lis :

 

"Lorsqu’après 1983, il apparait de plus en plus clairement que la gauche fait au gouvernement la même chose que la droite, créant la désespérance sociale, il faut un contre-feu." Le FN serait né d'un contre-feu à la politique de Mitterrand ? Ayant toujours combattu Mitterrand, je pourrais me rallier à ce raccourci or en 1983 nous avions connu tant de nationalisations que Jospin deviendra le champion des privatisations. De même, l'instauration de la proportionnelle (et non pas d'une dose de proportionnelle) était une promesse tenue venant surtout du PCF et fut antérieure à la montée du FN. L'élection européenne, qui servira de tremplin à ce parti, était à la proportionnelle sur liste nationale, le mode de scrutin que le PCF a toujours revendiqué avec force, et qui fut mis en place avant 1979 !

 

A mes yeux, chacun à leur façon, René Revol comme Robert Duguet font peu de cas de la réalité des résultats électoraux. Non ce n'est pas les médias qui mettent en avant le FN car les électeurs de ce parti se moquent des médias. Pour eux, le FN est une espérance ! Pendant longtemps Georges Marchais a été médiatique sans que le PCF en tire le moindre bénéfice.

 

Si Podemos est un cas espagnol, la montée des extrêmes-droites est général sauf justement en Espagne car le cadavre de Franco est encore trop frais. Mais la désespérance serait devenue générale ? Mais pourquoi cette désespérance ne conduit pas vers le renforcement des syndicats, des partis et des courants démocrates ? La désespérance explique les attentats, le FN et j'en passe…

 

Mais je reprends moi aussi cette observation de Robert Duguet :

 

"Pourquoi le Front de Gauche a été incapable d’être une alternative construisant dans la lutte sociale comme dans les élections une alternative anticapitaliste à une destruction de tous nos acquis de civilisation depuis maintenant 40 ans, que le gouvernement soit à gauche ou à droite, on pourrait discuter sur une base sérieuse."

 

A ce pourquoi, la réponse qui doit se construire dans le débat démocratique, a besoin de propositions précises, concrètes et solides. Par exemple, aucun parti absent du second tour n'a de consigne à donner à personne, car il serait temps de considérer les citoyens capables de se décider par eux-mêmes.

 

Jean-Paul Damaggio

 

 


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