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Flash sur les Amériques en lutte

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Dimanche 20/04/2008 • 0 commentaires  • Lu 795 fois • Version imprimable


Nous laisserons de côté le carnaval électoral des USA pour passer d’abord par l’Equateur. Dans une petite librairie du Gers, à Sarrant, un assesseur de Rafael Correa, président de la République d’Equateur, explique l’état du pays et répond aux questions. Il insiste sur la puissance du mouvement social équatorien et reste évasif quant au socialisme du XXIe siècle qui est la perspective du gouvernement. Il indique que les forces armées qui avaient été des complices passives des mouvements populaires des années 90 sont, avec les années 2000, passées plutôt à droite (deux jours après il y aura destitution du ministre de la défense et du chef de la police). Rafael Correa a créé son parti qui a gagné les élections pour l’assemblée constituante, une assemblée qui avance, le premier article voté précise que le pays ne peut accueillir de bases militaires étrangères. En 2009 pas question de renouveler le bail offert voici dix ans aux USA, sur l’île de Manta, où ils ont installé l’armée US.

 

A la question, et concernant les droits des femmes ?, la réponse aura eu le mérite de la sincérité. En ce moment, c’est justement le débat constitutionnel : « faut-il ou non mettre Dieu dans la constitution ? faut-il un Etat laïque ou pas ? ». Pour tout connaisseur des Amériques le pont entre « droits des femmes » et « dieu » est évident, et donc très défavorable au droit à l’IVG. Mais la réponse ne s’arrêta pas là. Correa se dit en faveur de l’Etat laïque mais il va perdre sur ce terrain, or comme il faut surtout sauver l’unité du parti pour rester fort sur les questions économiques, il s’inclinera. Ce discours est aussi vieux que le monde. Or, faire passer les droits des femmes après les droits économiques, c’est laisser en dehors des luttes sociales tout un pan de la société. D’ailleurs, l’intervenant reconnaît à cette occasion, que des gens de droite se sont infiltrés dans le parti et sur la question des droits des femmes, ils révèlent leur présence.

Comme chacun sait l’Equateur a été à la Une de l’actualité après une intervention des forces colombiennes sur son territoire pour tuer un dirigeant des FARC. Ce qui peut nous conduire au Venezuela. Le pouvoir vient de nationaliser les entreprises du ciment, ce qui touche la France avec Les Ciments Lafarge. Après la défaite de décembre, le chavisme qui reste divisé, tente de s’affronter aux problèmes quotidiens des Vénézuéliens et en particulier celui du logement. Par la nationalisation Hugo Chavez espère limiter les exportations de ciments et mieux diriger la construction d’habitations. Il vient de nationaliser aussi la sidérurgie. Dans les deux cas des indemnisations importantes sont proposées.

De là, direction Cuba, où Raul Castro tente quelques aménagements. Le plus spectaculaire concerne l’agriculture. Depuis plusieurs mois le régime distribue des terres aux paysans et là où a lieu l’expérience, un saut en avant de la productivité a été noté. Cette mesure de libéralisation interroge les spécialistes. Le nouveau modèle va-t-il être le modèle chinois pour vers un capitalisme d’Etat ? Les deux situations sont différentes mais économiquement la marge de manœuvre reste entre l’économie d’Etat version nationalisation, et l’économie libéralisée dont on ne sait jamais où elle s’arrête.

La question agricole se trouve de plus en plus au cœur de l’actualité mondiale et aux Amériques, où il existe des terres très riches, elle a pris une tournure féroce en Argentine avec les exportations de soja. Le gouvernement pour renflouer les caisses a décidé de taxer les exportations et les agromanagers ont réussi à entraîner avec eux une masse paysanne qui a bloqué les routes. Les agromanagers possèdent les terres riches du Nord où la productivité est très forte. Les petits paysans sont donc invités à payer les mêmes taxes que les riches d’où l’union contre nature qui a fait vaciller le système. Très vite la ville de Buenos Aires a eu des problèmes d’approvisionnement. La présidente a décidé d’en appeler au peuple en suscitant un des rassemblements les plus importants de l’histoire du pays. Elle semble avoir gagné le bras de fer mais la crise laisse un goût de fragilité générale du système. Les voisins chiliens pensent qu’il est temps de passer aux OGM pour aider l’agriculture du Nord du pays. Là-bas comme partout, l’inquiétude naît de la contamination irréversible et de la soumission aux compagnies US.

Comment ne pas terminer par un détour réjouissant au Paraguay, un autre petit pays de six millions d’habitants. On y vote le 20 avril et la victoire d’une nouvelle force sociale semble de plus en plus évidente. Elle est conduite par Fernando Lugo un ancien évêque et elle peut mettre un terme à 60 ans de domination du « parti coloré ». Le programme est classique : une réforme agraire qui ne se limite pas à la répartition des terres mais à la mise en place d’un processus global permettant aux paysans de prendre possession de la dite terre (avec aide financière, technique et en formations). Son alliance qui s’appelle Alliance patriotique pour le changement, ne risque-t-elle pas comme d’autres de subir les divisions internes ? Les partis politiques qui soutiennent, sont alliés à des mouvements sociaux et ces derniers sont majoritaires avec en son cœur le Tekojoja (vie dans l’égalité) qui est l’organisation de Fernando Lugo. A suivre. 10-04-2008 Jean-Paul Damaggio


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