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Flash sur Podemos

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Dimanche 21/12/2014 • 0 commentaires  • Lu 2034 fois • Version imprimable


De retour d’Espagne je reçois un message de Paul Ariès me suggérant d’étudier le cas Podemos pour la revue Les Zindignés de février 2015. Je me suis plongé d’autant plus dans le dossier qu’entre septembre et décembre j’ai noté des évolutions très importantes dans ce mouvement politique à commencer par l’élection de son groupe dirigeant intervenue en novembre. Pour les hispanophobes la consultation de leur site internet est une source d’autant plus phénoménale qu’elle est exceptionnelle. Ici je propose quelques flashs rapides, éloignés cependant des présentations classiques faites en France.

1 ) Les Espagnols ont mis successivement au pouvoir le PSOE, le PP, le PSOE et aujourd’hui le PP. Résultat, ils ont découvert que le même parti ou presque gouvernait, le PPSOE ! En conséquence la troisième formation Izquierda Unida (IU) a pensé, sondages à l’appui, qu’enfin son heure allait arriver[1] en 2014.

2 ) Surprise avec les Européennes de juin 2014 : si IU a fait un bon score par rapport aux années précédentes (10%), sur sa gauche est né un mouvement inattendu, Podemos, qui avec 8% a dérangé l’ordre établi. D’autant que la liste présentée par IU était une vaste coalition allant des nationalistes galiciens aux écologistes de tous horizons alors que Podemos… c’était seulement Podemos !

3 ) Cette surprise fait penser, pour la forme, à celle créée en France en 1984 avec le succès du FN surtout par les commentaires qui ont suivi : un soufflé qui va retomber, un coup d’éclat seulement lié aux élections européennes, une victoire sans lendemain… Or, depuis juin, le mouvement né en janvier 2014, loin d’être retombé, s’est enraciné sous mille et une forme jusqu’à même susciter de vastes débats internes.

4 ) Cette surprise fait penser, pour la forme, à celle créée en Italie avec Beppe Grillo car elle est basée elle aussi sur la capacité à utiliser les moyens internet pour exister.

La vérité cependant c’est qu’il faut aller voir au-delà des formes ! De Médiapart à l’Humanité en passant par Libération, les articles ne décrivent que les effets et souvent que les formes, en restant loin du fond. Le rappel au lien unissant Podemos avec le célèbre mouvement des Indignés est immanquablement rappelé, sauf que là aussi c’est s’en tenir aux formes… Les Indignés, un soufflé qui est retombé… Les Indignés étaient une force de contestation et Podemos une force de proposition, une mutation qui n’a rien de facile.

Podemos est un mouvement politique aspirant à diriger le pays ce qui induit vers les conditions propres à tout parti politique : élections, donc candidats et finances, programme donc information, et au total ORGANISATION !

Preuve de la difficulté : en septembre la direction auto-désignée de Podemos décide que le mouvement sera, en tant que tel, absent des élections municipales du mois de mars, car il n’a pas les moyens d’un tel enracinement.

En décembre, après l’élection officielle par internet de la dite direction du mouvement, Podemos se lance dans la bataille des élections municipales ! 

Cette mutation n’est pas seulement l’effet d’une décision politique propre à la direction de Podemos mais l’effet d’un triple mouvement en Espagne : la médiatisation de Podemos, l’envolée dans les sondages (Podemos premier parti d’Espagne) et la poussée de la base décidée à en découdre dès les municipales avec le PPSOE.

 

Rapidement, toujours par Internet, des conditions techniques sont élaborées pour donner un cadre politique à une présence électorale, pour donner une forme de désignation des candidats. Le débat sur ce point recoupe deux visions du mouvement : celles du dirigeant Pablo Iglesias dont le pouvoir vient de son rôle dans les médias, qui aurait préféré (peut-être à juste raison) consolider le mouvement par en haut afin de se préparer surtout pour les législatives de la fin 2015, et celle d’un courant opposé conduit par Pablo Echenique et Teresa Rodriguez jugeant (peut-être à juste raison) que le temps de la base est venu. Les médias veulent faire un fromage de cette division mais elle s'inscrit dans une confluence possible et la décision de participation aux municipales le prouve.

 

Ce débat est totalement différent de ceux très nombreux, internes à IU (une guerre au couteau à Madrid par exemple), car cette coalition rassemble surtout des "miettes" qui tentent à se changer en pain, tandis que Podemos c’est du pain construit à partir d’un nouveau mélange d’eau et de farine, donc un pain plus comestible ! Aussi tout l’effort d’analyse de Podemos doit porter sur l'analyse de l'eau et de la farine : les idées défendues par ce mouvement sont très proches de celles du Front de Gauche en France ou de IU en Espagne mais contrairement à ces deux partis, Podemos suscite la mobilisation d’une nouvelle classe politique. L’attrait de la nouveauté ? L’effet internet dont on a tant parlé pour la révolution tunisienne par exemple ? La puissance d’une nouvelle classe moyenne passé dans le camp de l’anti-capitalisme ? Une nouvelle vision de l’extrême-gauche où la radicalité est moins dans le discours que dans les actes ?

Les « parents » politiques de Podemos vivent surtout en Grèce et s’appellent Syrisa. Dans les deux cas, la classe dirigeante crie au scandale et dénonce avec force des mouvements « d’extrême-gauche ». Parce qu’ils ne veulent pas payer la dette ? Il est très surprenant de constater que les grands médias rendent ces deux partis beaucoup plus extrémistes qu’ils ne sont, à moins que l’anti-capitalisme ne soit plus ce qu’il pouvait et devait être !
 
Sans pratiquer d’amalgames idiots, Podemos et Syrisa, comme le Mouvement 5 étoiles en Italie, ou le FN en France, nous contraignent à revoir nos grilles de lecture de la vie politique, notre vision du peuple et de l’avenir. Les grands médias nous invitent à juger de l’emballage plus que du contenu ; nous devons étudier les deux ! Par exemple sur la question de l'indépendance de la Catalogne… Jean-Paul Damaggio.
 


[1] La proportionnelle fait qu’en Espagne encore plus qu’en France le besoin de coalition n’a laissé que trois partis en présence le PP, le PSOE, IU. Contrairement à une idée répandue à gauche, le fait qu’en France il y ait un premier tour n’est pas indifférent au fait que soit surgi d’autres partis comme les Verts, le FN, le NPA etc.


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