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Georges Frèche et le Sud

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Jeudi 04/03/2010 • 0 commentaires  • Lu 1827 fois • Version imprimable


Le 23 janvier L’Express sort une petite phrase prononcée plus d’un mois avant par Georges Frèche et c’est l’emballement ! Tout d’un coup la direction du PS découvre qu’il faut construire une alternative à gauche au seul sortant PS remis en cause. Une fois de plus la classe politique veut nous faire croire que les pannes de sa voiture tiennent à la couleur des carrosseries. Ce faisant, le PS rend le plus grand service connu à celui qu’il veut combattre ! Et déjà des lecteurs vont m’accuser de minimiser des phrases infâmes d’un homme grossier ! 

La riposte de Frèche est à la hauteur de sa politique. Il décide d’opposer le Sud à Paris en trafiquant l’histoire, lui qui la connaît si bien l’histoire…

Il écrit : « Parce que, je le répète, je suis du Sud et le resterai. C’est ma terre. Je suis né dans le Tarn, j’ai vécu la plus grande partie de ma vie à Montpellier, et j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir de faire pour cette ville. Alors qu’on ne vienne pas me chercher des noises par pur parisianisme. »

Et c’est quoi être du Sud ? « Une terre antique qui a toujours été du côté de la civilisation, qui s’est toujours un peu construite contre le Nord, aussi. La première à cultiver la vigne en France… »

Georges Frèche veut oublier que ce Sud si merveilleux (à Montauban il y a eu René Bousquet, homme du Sud) lui a imposé une défaite cuisante, une défaite que tout féodal de partout garde au fond de lui comme une insulte personnelle, une défaite devenue une tâche dans sa vie, à savoir le refus d’appeler Septimanie son cher Languedoc-Roussillon. Lui qui parle peuple, qui connaît le peuple a cru au début du vent de révolte que, comme une tempête sur la mer, il suffisait d’attendre que ça passe et ça n’est pas passé. Il ne sera jamais le président de la Septimanie ! Cet échec n’est pas plus déterminant pour la vie des citoyens que ses chères petites phrases, mais au pays des féodaux les revanches ne tiennent qu’aux symboles. En clair, la classe politique ne peut attaquer Georges Frèche pour le féodal qu’il est car elle sait qu’alors elle s’autodétruirait. Comme Deferre le Marseillais, Georges Frèche roi de son fief ne pouvait qu’échouer à vouloir diriger la France et ça c’est l’autre tâche sur sa carte de visite. N’avoir même pas été ministre ! Alors le vassal intrigue en coulisses et l’affaire Frèche, c’est pour savoir qui de DSK ou de Martine Aubry peut espérer la présidence de la République en 2012. Tout le monde sait que 2004 a fabriqué, à gauche, la candidate de 2007 (celle qui parle directement au peuple), donc 2010 va fabriquer la candidate de 2012 !

Quand des élections régionales se focalisent sur l’affaire Frèche, il en ressort d’autres enseignements que la guerre truquée entre le Sud et le Nord. Frèche aurait développé Montpellier ? Mais en fait c’est tout le Sud qui depuis quelques années, de Nice à Toulouse, a vu arriver des milliers d’habitants du Nord ! Le Sud n’est pas une tendance en soi mais est au cœur d’une mutation européenne. La nouveauté Frèche c’est plutôt l’instrumentalisation d’un rapport au peuple. Il prétend sur ce point concurrencer Le Pen mais à Toulouse le FN n’a jamais fait mieux qu’à Montpellier ! Il prétend être la victime des médias mais qui d’autre que les médias assure aujourd’hui sa remise en selle ? Le peuple n’est pas qu’au Sud sauf à vouloir opposer un peuple du Sud à un peuple du Nord (nous ne sommes pas en Italie). Oui, au Sud le rapport à la langue n’est pas le même qu’en Champagne, oui, à Toulouse, « con » est une virgule, oui la galéjade y a sa place, mais est-ce ainsi que les politiques vivent ?

Cette campagne des élections régionales n’aura pas fait avancer d’un millimètre la construction d’alternatives sérieuses au sarkozysme. Et ce n’est pas pour rien qu’en Languedoc-Roussillon on trouve quelques communistes avec Frèche pendant que le PCF fait alliance avec le NPA sous la direction d’un membre du PG, Revol. Des mauvaises langues disent même que le 23 janvier l’article de l’Espress est bien tombé pour justifier un revirement du PS qui a compris que l’alliance NPA - Front de gauche pouvant passer la barre des 10% et se maintenir au second tour, elle risquait d’apparaître comme une forme d’alternative. Avec une liste PS, cette alliance va y laisser des plumes d’autant qu’elle est fragile, et jouer un rôle moindre. Le PS préfère perdre la face plutôt que voir poindre sur sa gauche une force concurrente ! (les exemples ne manquent pas !)

Si l’alternative au sarkozysme n’a pas avancé, si la contestation du capitalisme féodal paraît impossible, il me semble plus clair que la gauche qui s’annonce comme globalement victorieuse (plus que je ne le pensais mais il reste des résultats à vérifier), a encore du pain sur la planche pour construire un projet démocratique, populaire et social digne des enjeux actuels du combat de classe.

1-03-2010 Jean-Paul Damaggio


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