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L’Argentine d’Amado Boudou

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Mercredi 04/01/2012 • 1 commentaire  • Lu 2607 fois • Version imprimable


Aux Amériques ce n’est pas comme en Europe, les élus sortants sont réélus, là où ils peuvent se représenter. Ainsi Cristina Kirchner conserve la présidence de la République, puis le 15 décembre un ancien ministre de l’économie (à partir de 2009 quand il prétendit qu’enfin, dans son pays, le politique dominait l’économie) assume officiellement la vice-présidence, et le 3 janvier il remplace la présidente pour 20 jours ou plus, car elle est atteinte d’un cancer de la thyroïde. Parfois l’histoire s’accélère et voici donc un petit-fils d’immigré français à la tête de cet imposant pays ! Boudou est le nom d’un petit village du Tarn-et-Garonne et le nom d’habitants de l’Aveyron. C’est le nom d’un des plus grands écrivains occitans. Faut-il en déduire que l’Argentine confirme la légende du pauvre qui peut tout réussir aux Amériques ?
 

Amado Boudou et Stiglitz se trouvèrent côte à côte lors d’une conférence commune, Stiglitz indiquant qu’aux USA l’homme se faisant lui-même n’était plus de mise mais que par contre les opportunités existent en Amérique latine.

Pour Amado, surtout dans sa ville de Mar del Plata on dit généralement Amédée, un homme de 48 ans au parcours professionnel surprenant (l’économie chez lui fut surtout l’organisation de spectacles puis d’entreprises en lien avec les politiques) l’astuce tient à être à la fois un homme de droite et de gauche (bien dans les habitudes argentines).

L’Argentine ayant subi une forte crise financière il y a dix ans, beaucoup d’économistes se tournent vers elle pour imaginer une sortie de la crise européenne. Stiglitz en profite pour dénoncer les politiques d’austérité mais il a pris soin de taire ses critiques précédentes contre l’Argentine qui finalement a accepté de payer toutes ses dettes au FMI. Boudou en cette occasion a dénoncé beaucoup plus la presse des années 90 que Carlos Menem, le président de 2002, pourtant défenseur de la catastrophique parité du peso argentin et du dollar. Comme si, au bout du compte, en Argentine, il n’était pas de bon ton de dénoncer des politiques économiques. Comme d’autres en France il est l’époux d’une journaliste.

 

Or Amado Boudou, pendant qu’il était ministre de l’économie fut pris au piège sur une radio quand on lui demanda si ses parents arrivaient à vivre avec leur retraite. En baissant la voix, il a alors reconnu qu’il devait les aider. Pourquoi pris au piège ? Car il faudrait croire que depuis la sortie de crise, l’Argentine va bien ! Mais alors pourquoi, en ce 2 janvier 2012, les Argentins découvrent-ils ébahis, que leurs sénateurs et députés viennent d’augmenter leurs salaires de 30% en 2012 ? Pour faire avaler la pilule les élus prétendent qu’ils ont fortement baissés les frais de représentation mais les données sont claires ils vont gagner 31 000 pesos en moyenne au lieu de 24 000 ! Et c’est Amado Boudou le 15 décembre (sa fonction c’est de présider le Sénat) qui avait lancé l’opération en disait qu’il fallait redonner aux sénateurs leur dignité nationale. Cette augmentation a une claire explication : les taux très élevés de l’inflation. Malheureusement tous les secteurs de la population ne peuvent rattraper cette inflation !

 

Comme partout, les premières victimes de la crise sont donc les retraités. Dans les journaux, les lettres de retraités sont nombreuses pour expliquer qu’ils ne peuvent plus vivre. Belle occasion pour les autorités de répéter que Clarin, le journal le plus influent, se veut un Etat dans l’Etat, et ne vise qu’à déstabiliser un pouvoir populaire au bénéfice de la droite. Les luttes sociales sont quotidiennes et les scandales touchent même le financement des Mères de la Place de Mai.

Les parents de Boudou ont 76 et 79 ans et vivent donc grâce à leurs fils qui cependant précise qu’aucun autre gouvernement que le sien n’a fait d’efforts en faveur des retraités ! Nous savons tous comment Sarkozy a si souvent sauvé le système de retraites ! Amado précise en effet que les retraites sont fonction des cotisations, que dans certains secteurs les minimas ont augmenté de 82%. Boudou, en 2008, est fier d’avoir préconisé la renationalisation des fonds de pension privés mais au bénéfice de qui ? Une mesure vraiment de gauche ? Bien sût que non !

 

Cristina est bien placée pour savoir que son pays va mal. Dans sa propre province où elle partit fêter la nouvelle année, la tension était à son maximum entre policiers et travailleurs en lutte qui s’opposent à sa politique « d’ajustements ». Tous les économistes savent que la situation de l’Argentine ne tient qu’à un fil : le prix du soja exporté. Pour le moment il est au plus haut, il devrait permettre de remplir les caisses or il faut boucher des trous.

4-01-2012 Jean-Paul Damaggio

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Commentaires

Ah l'économie! par nouvellon jean claude le Jeudi 05/01/2012 à 20:12

En Argentine comme ailleurs il apparait que c'est l'économie qui même la politique alors que l'inverse serait plus humain.



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