S'identifier - S'inscrire - Contact

L'exécuteur testamentaire

La tromperie et l'art d'encenser

Par Serge Gomond • Actualités • Mardi 25/11/2008 • 1 commentaire  • Lu 1545 fois • Version imprimable


Deux hommes politiques de « premier plan », Besancenot et Sarkozy, font l'objet des attentions du chroniqueur d’une rubrique économique paraissant hebdomadairement dans un quotidien du soir (le « Monde », 23/24/novembre 2008). Monsieur Pierre-Antoine Delhommais adopte un ton condescendant envers le petit peuple (le peuple par essence est ignorant tout le monde sait cela), et un mépris subtil, jugez :

 

« Encore quelques mois de crise (peut-être s’agit-il de la faillite du système économique financier occidental, ce n’est pas précisé ?) et les Français auront en partie comblé leur retard en matière de culture économique, dont un sondage vient de révéler qu’il était grand (52% des personnes interrogées ne savent pas qu’Areva est une entreprise spécialisée dans l’énergie nucléaire, 57% ignorent ce qu’est un dividende, etc.). Mais les cours de rattrapage intensif des dernières semaines, les concepts macro-économiques fondamentaux s’éclairent peu à peu : stagflation, déflation, récession, décroissance. »

D’où sort-il ce sondage, qui soulignerait que les Français seraient d’indécrottables ignares en économie ? Qui peut savoir que le « parrain des enfants» de Sarkozy (Bouygues, le fils du père) s’intéresse de près à cette société nationale (Areva), et qu’il rêverait de la troquer contre sa chaîne de télé, TF1, à part quelques lecteurs avisés, pas grand monde ne connaît Areva. Et alors ? Le dividende : serait-ce le nombre qui est divisé par un autre, ou la part de bénéfice que se partagent quelques parasites ? Ensuite ce M. Delhommais utilise, une vieille recette, désigner à la vindicte un groupe social (les altermondialistes), lisez plutôt :

« Décroissance, justement. Le rêve de quelques uns est donc en train de devenir réalité. Elle se révèle un peu moins bienheureuse et réjouissante que promise. Avec une décroissance négative, avec une baisse de la consommation de matières premières, la planète va certes émettre moins de CO 2 , mais des dizaines de milliers de personnes vont se retrouver au chômage dans les pays industrialisés, et, dans les pays en développement, des centaines de millions vont replonger dans l’extrême pauvreté. Les riches détruisent la planète, mais celle-ci semble quand même un peu mieux se porter- et encore plus ses habitants- quand l’économie crée des richesses. Les décroissants vont devoir trouver des arguments de vente (?) très ingénieux pour convaincre les opinions publiques de la pertinence de leurs idées et du bien-fondé de leur projet. Ils pourraient ainsi faire partie des grands perdants de la crise des subprimes. »

Soyons claire, des centaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes, sont pauvres, très pauvres. « Crise des subprimes » ou pas, et ceux là demeureront très pauvres. Parmi ces très pauvres des milliers mourront de faim. Les « riches » (s’agit-il des friqués, ou de très friqués ?) produiraient grâce à leur économie (le libre-échangisme) de la richesse pour tous, et cela aboutirait à faire mieux se porter la planète…

On ne voit pas très bien ce que tout cela signifie.

Les grands perdants seront toutes celles et tous ceux qui seront licenciés en masse, et en particulier, celles et ceux qui travaillent dans le secteur bancaire et de l’immobilier. Ce système économique (la loi du marché) vient de s’effondrer, et malgré les efforts déployés pour remettre sur pied le système, ça ne marche pas, et ça ne marchera jamais. Autant en faire son deuil tout de suite, et passez dès à présent à autre chose. Cela demande du temps, et surtout de la réflexion. Ce n’est pas la panacée dont nous abreuvent les analystes, économistes ou conseillers en particulier ceux qui gravitent autour de Sarkozy, qui changera grand chose.

Pour changer réellement les choses, il faut imposer une politique de redistribution équitable, une économie qui crée de la richesse pour tous, dans le respect de notre environnement et dans le respect des femmes et des hommes qui peuplent notre planète, une meilleure utilisation des matières premières, un réel développement durable (fabriquer des objets qui dure, au lieu d’objets jetables etc.) Ce sont les banquiers et les financiers (et tous les parasites), leurs valets : les politiques ultra-libéraux et sociaux-démocrates (Bush, Sarkozy etc.), les journalistes inféodés au pouvoir qui auront besoin d’arguments ingénieux pour convaincre, les « opinions publiques » (peut-être veut-il signifier le peuple souverain ?) du bien-fondé de leurs projets. Leur idéologie c’est effondrée, et leurs vielles recettes ne fonctionnent plus. Soit qu’ils cèdent la place, ou soit qu’ils vont au bout de leur raisonnement et qu’ils imposent la dictature !

Suit ensuite, une analyse pseudo politico-économique, dont voici un extrait :

Avec les gérants de hedge funds et, naturellement, les socialistes français, bien trop occupés depuis des mois à s’entre-tuer pour se rendre compte qu’autour d’eux l’économie et la finance mondiales étaient entrain de s’effondrer. Un an et demi après son déclenchement, on attend toujours les analyses des experts économiques du PS- il y a une époque, pas si lointaine, où ils comptaient parmi les meilleurs- sur la crise. Pas le début d’esquisse d’une idée sérieuse sur cette tourmente, et surtout pas la moindre ébauche de proposition concrète pour en sortir.

 

Sarkozy se démène pourtant assez, afin d’expliquer aux médias du monde entier qu’il a la solution (il exhibe des feuillets) pour nous sortir de la tourmente. Peut-être n’est-ce pas suffisamment sérieux pour que cela retienne l’attention ? 

Les socialiste ont des compétences effectivement, et nous le constatons : Pascal Lamy ne serait-il pas le patron de l’OMC (et aux dernières nouvelles il briguerait un second mandat), DSK ne serait-il pas le patron du FMI ?

Il faut signaler quelques exceptions, Daniel Cohen, Thomas Piketty, Jacques Généreux, Pierre Larrouturou etc., seraient encore socialistes… Jacques Attali (consultant), Besson (conseiller économique), ont trahis leur camp et sont passé dans le camp adverse, c’est à dire, qu’il sont au service de Sarkozy. (il est vrai que Jacques Attali, a précisé que son intellectualisme l’immuniserait contre toute tentative de trahison allant à l'encontre de ses convictions de « gauche », alors…) Minc n’a jamais été ni socialiste, ni libéral, il a toujours été pro-Minc (certains disent de lui que c’est un vrai stalinien).

Ensuite, il attaque Olivier Besancenot, quelle audace !

Pour Olivier Besancenot, au contraire, la crise est une aubaine, une offrande inespérée faite par la main invisible du marché. La faillite de Lehman Brothers et l’effondrement de CAC 40 sont un moyen autrement plus simple et efficace de gagner des électeurs qu’un passage à la télévision chez Michel Drucker. Le leader de la LCR est devenu un rentier des subprimes, et sans doute pour longtemps.

Alors là c’est osé ! Veut-il qu’une fatwa (1) soit prise à son encontre ? Il ne s’y prendrait pas autrement, le camarade Pierre-Antoine.

D’abord, camarade Delhommais, Olivier Besancenot n’est pas (ou plus) le chef de la LCR, mais du NPA, Nouveau Parti Anticapitaliste, il faut vous tenir informé camarade ; ensuite en pleine refondation de la gauche (la vraie gauche), vous le soupçonneriez de s’enrichir (en voix électorales) en profitant des richesses du système capitaliste, vous y aller un peu fort tout de même. Le tribunal populaire jugera votre audace, et la sanction qui sera prise à l’encontre de votre ignominie sera exemplaire !

Ensuite il aborde le chapitre de celui qu’il nomme « l’homme d’action, voire d’hyperaction, Maître de cérémonie du G20 et Sauveur du système financier international », vous l’avez peut-être reconnu ? Il s'agit de Sarkozy, bien sûr.

« Sarkozy n’a guère non plus à se plaindre de l’aggravation de la crise financière. D’abord parce que il peut s’enorgueillir de voir la France, seule parmi les grands pays industrialisés, échapper pour l’instant à la récession. Son produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,1% au troisième trimestre, tandis que celui de la zone euro reculait de 0,2%. De fait, le brusque essoufflement de l’activité économique mondiale a transformé les faiblesses françaises en avantage comparatifs. Etc.

Cette crise exonère aussi largement la politique de Sarkozy de sa responsabilité dans les mots économiques que le pays connaît. Le dérapage des déficits publiques, les fermetures d’usines ? La faute des banquiers irresponsables. Les plans de licenciements, l’augmentation du chômage ? Celle des spéculateurs avide c’est pratique. On sent aussi l’homme d’action, voire d’hyperaction qu’il est, frétiller de plaisir à jouer les maîtres de cérémonie du G 20 de Washington et se poser en sauveur du système financier international. La crise pour M. Sarkozy une façon d’avoir prise sur une globalisation dont il ne vivait pas très bien qu’elle le dépasse et lui échappe totalement. Il acceptait mal l’idée que l’économie mondiale puisse tourner, et plutôt bien, sans lui. Il est parfaitement à son aise quand il emploie toute son énergie à tenter de la remettre en orbite.»

En ce qui concerne la progression de 0,14% de PIB, Fillon en donne une toute autre version, et comme celle de M. Delhommais n’a pas beaucoup plus de sens. Pour Fillon, elle serait due aux mesures fiscales qu’auraient pris le gouvernement en réinjectant des milliards d’euros dans le bousin, et surtout dans les poches des nantis (en particulier des bénéficiaires du bouclier fiscal). La France est évidemment en récession comme tous les pays de la zone euro, et ce n’est pas la bonne vieille méthode du docteur Coué qui changera grand chose.

Cette crise exonérerait Sarkozy de ses erreurs, et des décisions économiques favorables aux nantis ?

Lui, le président du pouvoir d’achat des Français aux porte-monnaies désespérément vides, et dont l’argent de leurs maigres économies est utilisé, pour venir en aide aux banquiers et financiers marrons. Ils sont peut-être cons, mais pas totalement abrutis, les Français. Leurs mémoire est peut-être défaillante, mais pas à au point d’avoir oublier que ce président devait sauver les emplois, les entreprises et faire de la France un grand pays qui compte économiquement et qui rayonne politiquement. Un exemple universel.

Et avec le peu de lucidité qu’il leur reste ils peuvent encore faire la part des choses. A savoir qu’ils ont élus un fieffé menteur, mégalo et totalement imbu de sa personne. Crise ou pas ils savent exactement quelle est sa part de responsabilité dans l’affaire, et bien avant que nous touche l’effondrement du système capitaliste (que les économistes nomment « crise » des subprimes mortgage).

Ensuite nous sommes dans l’irrationnelle courtisanerie débridée :

De la même façon, alors que s’annonçait pour lui une présidence de l’Union européenne un peu terne, celle-ci est rentrée d’ores et déjà dans l’Histoire. (vous avez bien lu histoire avec un H majuscule) Rien de tel pour flatter l’amour propre du mâle dominant que M. Sarkozy revendique être que de sentir le monde tout entier retenir son souffle en guettant la moindre de ses initiatives. Lui reproche-t-on d’être agité ? Le voilà qui apparaît calme et posé au milieu des turbulences économiques et financières sans précédent. C’est peut-être aussi que la crise a apporté au président de la République l’apaisement idéologique qu’il recherchait depuis si longtemps. En lui permettant de résoudre ses propres contradictions, de concilier ses aspirations opposées entre un libéralisme dont il a toujours loué l’efficacité et un interventionnisme public qui l’attire naturellement. « Il ne s’agit pas de savoir si je suis libéral ou pas, si je découvre Keynes ou si j’ai abandonné Milton Friedmann » a-t-il confié cette semaine.

Le libéralisme, il s’en fout comme de sa première paire de chaussettes, il aime le pognon, quasi religieusement (2). L’interventionnisme de l’Etat, ce pourquoi il dit avoir été élu. Mais là aussi il est question d’autre chose que se que l’on nous raconte. Il veut gérer la fonction de président de la République, comme le ferait n’importe quel pédégé.

Sarkozy, c’est un manager, un manager qui aime le pognon, point ! Keynes, Friedmann, c’est ce que Guaino, ce petit écrivaillon, a écrit dans ses discours, il se fout pas mal de savoir quel système économique cela représente. Les noms d’hommes de gauche ou plus rarement de droite, ne lui servent que pour le mettre en valeur (qui peut sérieusement imaginer qu’il a lu une seule ligne des œuvres de Blum ou de Jaurès ?)

Il termine son article par :

Sauver le libéralisme en utilisant les recettes keynésiennes, voler au secours de l’économie de marché par l’action de l’Etat et la mobilisation des fonds publics, le tout en ayant sa photographie en première page des journaux du monde entier, cette crise des subprimes n’est pas seulement une aubaine pour M. Sarkozy, c’est un rêve.

Un rêve qui risque de tourner rapidement au cauchemar. Avoir sa bobine dans les journaux du monde entier (peut-être l’occident signifie pour Delhommais le monde entier ?), n’est pas si important c’est la légende qu’il y a sous la photo qui compte. Et les légendes de certaines photos de Sarkozy, ne sont pas flatteuses pour « le sauveur de libéralisme ».

Je cèderais volontiers la parole à Barack Obama, qui dit devant les caméras et dans les médias du monde entier qu’il faut se méfier des recettes trop faciles, elles ne résolvent rien, au contraire, elles aggravent la situation. Sarkozy ferait bien de méditer ces saines recommandations.  


(1) La LCR est assez clair sur le sujet, les islamistes intégristes, sont issus de classes sociales défavorisées et combattent aussi les injustices sociales. Leur combat est assimilé à une libération du joug de l'impérialisme étatsunien. 

(2) Le livre d'Emmanuel Todd, Après la démocratie, est assez explicite sur le sujet NRF Gallimard       


Partager cet article


Commentaires

Débat européen abec Pierre Larrouturou par MKL le Dimanche 07/12/2008 à 16:35

L'appel de Pierre Larrouturou à un sursaut des socialistes européens commence à être entendu :
Une soirée-débat intitulée “Crise financière et économique : comprendre pour agir” aura lieu à Bruxelles le jeudi 11 décembre de 19h30 à 21h30 à l’ULB (salle Dupréel, avenue Jeanne 44), en présence d’Elio Di Rupo (président du PS belge francophone), Poul Nyrup Rasmussen (président du Parti Socialiste Européen et député européen) et Pierre Larrouturou (économiste et auteur de l’ouvrage “Le livre noir du libéralisme“).

Entrée gratuite

Si vous ne pouvez pas vous rendre en Belgique, sachez que le débat sera diffusé en direct sur http://nouvellegauche.fr

Faites circuler l'info !



Archives par mois


La Sociale

Il Quarto Stato