S'identifier - S'inscrire - Contact

La glaciale loupe islandaise

Lettre genevoise 2

Par Gabriel Galice •  • Lundi 25/01/2010 • 2 commentaires  • Lu 2114 fois • Version imprimable


La population islandaise compte 320 000 habitants. Largement externalisée, par choix et par nécessité, donc dépendante des aléas du monde, l’économie islandaise a subi de plein fouet la crise financière. Aux conséquences ordinaires s’ajoute le fiasco de la banque en ligne Icesave. Les gouvernements britanniques et néerlandais ont secouru leurs 300 000 ressortissants ayant perdu de l’argent dans le naufrage d’Icesave. Ils se retournent vers L’Etat islandais pour solliciter le remboursement de près de quatre milliards d’euros. Le parlement intègre (à 33 voix contre 30) cette dette dans le plan de redressement soumis au FMI, qui doit secourir l’Islande. L’Islande a déjà nationalisé les trois banques en faillite. La mobilisation populaire fait pression (60 000 pétitions à l’appui) sur le Président pour qu’il ne ratifie pas la loi votée. Le Président recourt au référendum. La « communauté financière internationale » s’en émeut. Grosso modo, la somme en cause représente une dette de 12 500 €/habitant, enfants inclus, soit quelque 20'000 € par contribuable, avant correction de la  répartition entre personnes morales et physiques. 

A y regarder de plus près, on observe que c’est moins le principe que les conditions du remboursement (dont le taux d’intérêt de 5,5%  sur 15 ans) qui douche glacialement la population islandaise. De leur côté, les gouvernements britanniques et néerlandais menacent de bloquer l’adhésion en cours de l’Islande à L’Union Européenne. 

L’affaire islandaise fournit une loupe aux errements contemporains. Naguère, l’Etat était garant en dernier ressort d’une faillite d’une personne morale. Désormais, il se voit invité à dédommager des personnes physiques et des institutions  alors que les mêmes partisans du dédommagement ne cessent de discréditer et de mutiler l’Etat. L’Etat islandais est faible à la fois par la modestie de sa population et par le discrédit général frappant le Totem des sociétés contemporaines. Réduire à peu de choses la Référence symbolique (Pierre Legendre), totémique, qu’est l’Etat, c’est mettre face à face des groupes concrets privés de médiation. Au surplus, cette confrontation de groupes fait payer les déboires des investisseurs (plutôt fortunés) par l’ensemble des contribuables (dont les plus démunis). Derrière l’Etat se trouve le peuple. L’Etat défaillant en appelle au peuple. 

On pourrait imaginer des fonds de garanties interbancaires qui provisionneraient des pertes. Mais ce serait réduire les profits immédiats. Barack Obama va plus loin par l’intention de taxer les mouvements spéculatifs et de dissocier banques d’investissements et banques d’affaires. Ce serait revenir à l’époque antérieure à la dérégulation-désintermédiation inaugurant la révolution néo-libérale. 

La fronde populaire permettra sans doute au gouvernement de renégocier les conditions exorbitantes, comme le fait remarquer The Economist du 9 janvier. 

L’appréciation de l’hebdomadaire suisse d’inspiration démocrate-chrétienne, Horizons et débats, « hebdomadaire favorisant la pensée indépendante, l’éthique, et la responsabilité pour le respect et la promotion du droit international, du droit humanitaire et des droits humains », vaut pour son mérite et pour sa limite. Sous le titre « L’Islande ou le caractère démoniaque de l’argent », sous-titré « Comment l’un des pays les plus riches du monde s’est effondré d’un jour à l’autre et les leçon à en tirer », l’article de Bruno Bandulet exprime le point de vue d’un analyste financier assez typique du « capitalisme rhénan », méfiant vis-à-vis du « capitalisme néo-américain » (typologie de Michel Albert dans Capitalisme contre capitalisme). A fortiori en se fondant sur le livre Le cas de l’Islande – Comment les spéculateurs internationaux ont conduit un pays au bord de la faillite d’Etat, écrit par Ásger Jónsson, l’économiste en chef de la Kaupthing Bank, aujourd’hui nationalisée. Bruno Bandulet écrit : « On comprend donc aisément pourquoi l’Islande était vulnérable. Mais elle n’est pas tombée seule dans le gouffre. Il a fallu qu’on l’y pousse. Et ce sont les fonds spéculatifs britanniques et le gouvernement Gordon Brown, de la perfide Albion (sic), qui s’en sont chargés. » 

Bref, le mérite du récit de Jónsson, évoqué par Bandulet, consiste à montrer les pratiques concrètes des marchands derrière le rideau de fumée du marché.  Le peuple islandais a joué avec le feu. Peuple cultivé, avide de lecture et de culture, il aurait sans doute intérêt, pour l’avenir, à davantage compter sur ses propres forces qu’à jouer à une loterie financière qui accable de bien plus puissants que lui.

 

Gabriel Galice

 

 


Partager cet article


Commentaires

FMI pour tous par Antonio Pereira Nunes le Mardi 26/01/2010 à 11:58

Le FMI au secours de l'Islande à la population majoritairement "cultivée avide de culture et de lecture",  comme il va au secours de tant de pays africains aux polulations soit-disant plutôt "primitives et peu malines", voilà qui ne devrait pas laisser indifférent. Ca rappelle l'idée du jour du jugement final où on est tous à poil, égaux devant le créateur. Pour le coup le créateur en question serait plutôt le diable, et ses diablotins banquiers spéculateurs et autres cupides de tout poil. Plus le petit diable qui est dans chacun de nous autres, et qui nous dit tous les matins devant la glace en nous raseant:"encore un petit sou!".


Re: FMI pour tous par quent1 le Mardi 26/01/2010 à 14:24

Oi o amigo Antonio,
Je lis ce mardi: "plus le petit diable qui est dans chacun de nous autres, et qui nous dit tous les matins devant la glace en nous raseant:"encore un petit sou!"."
Je n'ai ni de sous ni d'z'euros zéro à quémander, tout comme tant d'autres des fleurs qu'elles soient entre autres soit roses sans épines soit oeillets fânés soit soucis si j'en ai ! mais en vase de fleurs séchées !  Et que Le Sucre soit qu'il soit brut ou raffiné.. Le sucre..oui mais du sucre y'en a plus, vieux bon adage du capital actionnarial, alors en bref j'achète les stocks de soldes de Janvier ! restés en rade "grâce" à rose limes frontières donc sans droits de portage carla c'est ça qu'il faut acheter sans payer le prix fort : les millions de vaccins non sains h 2 n en 1 + rajout vendus au sou si symbolique aux pays dits tiers dont l'Afrique sans fric...Une bonne affaire!
Mais je précise à l'ami Antonio qu'il semblerait y avoir juste une petite erreur :
Je veux bien croire que les gars se rasent parfois tous les matins mais je ne crois pas que ce soient "Les Faits têtus" en ce qui concernerait les nanas qui elles souvent râlent et là ce ne serait pas juste à propos des poils perdus ou à balayer dare-dare sur sol humide ou sur lame tranchante...de rasoir mécanique..
Il y a  deux ou trois ans j'avais relu avec plaisir 2 des pièces du beau et grandissime Dario Fo,histoires véridiques retravaillées en forme de farce tragique "Mort accidentelle d'un anarchiste" et "Faut pas payer!" puis plus tard en Ile de France Val de marnaise avais vu et entendu en réel ce témoignage en une des pièces montée et non percée mais tournée en or et dérision, serait-ce faute ou pas ?  "Faut pas payer !" un témoignage non inventé qui concernait les luttes initiées par les femmes dans les quartiers, leurs gars à elles étaient plutôt timides dans la grève et la colère des dames envers les grosses légumes mais quand ce fût leur tour d'être licenciés eh bien un miracle s'est soudainement produit car ils se sont ralliés à la cause et n'ont plus non plus payé, etc.
A propos du système pileux à travers les siècles je me rappelle qu'Umberto Eco avait aussi écrit une bonne petite nouvelle philosophique, Marx était barbu, bien d'autres aussi puis la moustache laissa la place avec tout ce qui s'ensuivit, une idée courte : ne plus se raser ni raser les murs ? mais avec quelle compagnie ? là est la question en l'instant présent toujours aussi insoluble dans le rire amer.



Archives par mois


La Sociale

Il Quarto Stato