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Le parti de Chavez en Congrès

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Samedi 19/01/2008 • 0 commentaires  • Lu 1173 fois • Version imprimable


Le parti de Chavez en Congrès

samedi 19 janvier 2008, Jean-Paul DAMAGGIO

 

Entre le Venezuela des médias et le Venezuela réel le fossé est aussi profond qu’un grand canyon. En conséquence qui peut s’intéresser à Congrès fondateur du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) ? Or, après dix ans de présidence Chavez, un tel événement n’est pas anodin surtout quand on se souvient que le PSUV a plus de 5 millions de membres alors qu’au référendum le Oui à Chavez a eu moins de 5 millions de voix !

N’étant pas parmi les délégués français (dont j’ai cherché en vain les noms), à ce congrès fondateur qui s’est tenu dans une caserne de Caracas, je me contente de rapporter les éléments glanés sur internet (étrangement le blog de ce parti arrête toute information en juillet 2007). Il y a bien sûr le site du gouvernement, le site aporea, des journaux comme Ultimas Noticias, cependant mes recoupages ont été laborieux faute d’un site officiel qui puisse faire une description claire des deux journées du Congrès des 12 et 13 janvier.

Première observation : le dirigeant national du parti n’est autre que le vice-président Jorge Rodriguez qui pour l’occasion a laissé son poste officiel (au Venezuela le vice-président n’est pas élu mais choisi par le président). Le PSUV est d’abord le parti du président et c’est d’ailleurs Chavez en personne qui est venu en ouvrir les travaux pour fixer la ligne à suivre.

Cette ligne sera marquée par le choix des candidats aux postes de gouverneurs et de maires qui doit intervenir avant la fin du mois d’avril pour des élections à l’autonome. Jusqu’à présent, dans le parti dominant précédent, qui n’avait jamais tenu de congrès, le MVR, un tel choix était bureaucratique. Il devrait devenir démocratique. A Maracay un courant qui en appelle au marxisme comme idéologie de fond du parti en appelle à un choix par primaires mais rien n’est clair. Chavez refuse les candidats autoproclamés sans dire pour autant comment s’exercera la démocratie qui irait du bas vers le haut (une tautologie car comment la démocratie pourrait-elle aller du haut vers le bas ?).

Deuxième observation : les autres partis de gauche, dont le Parti communiste du Venezuela, ayant refusé de se fondre dans le nouveau parti, il est question de créer un Pôle patriotique. Mais rien n’est clair sur ce point, le responsable technique du PSUV Diosdado Cabello indiquant : « pour la réactivation du pôle patriotique il faudra attendre la loi ou le signal de départ du président Chavez, puisque c’est à partir de tels signes que travaillera le collectif révolutionnaire ». A l’Assemblée nationale, bien qu’il n’y ait que des députés chavistes (l’opposition avait boycotté cette élection), un groupe d’une soixantaine d’élus crie au déni de démocratie car tout serait sous contrôle des amis du président. La photo de la tribune du Congrès fut une caricature : tous en chemises rouges sauf deux personnes, comme Chavez qui a fait de cet habit son signe distinctif. Le président présenta ainsi son parti : « participatif, démocratique, pluriel, socialiste, bolivarien, chaviste ». Une série d’adjectifs dont on peut se demander si certains ne sont pas contradictoires ?

Troisième observation : l’organisation technique. Il y aura deux blocs de pouvoir : les délégués régionaux se réuniront le vendredi pour fixer les thèmes à débattre et l’assemblée plénière du parti le samedi et le dimanche, pour prendre les décisions adéquates. Un peu comme sur le modèle : législatif / exécutif. Les réunions plénières se tiendront dans les différentes villes du pays (en commençant par l’Etat de Miranda).

Dernière observation : la réflexion politique fut placée sous le signe de Victor Hugo : « la conscience comme somme de connaissances est l’unique moteur capable de faire bouger la volonté la plus solide ». J’avais imaginé un travail pratique : quelles leçons tirer de l’échec du référendum du mois de décembre, puisque y compris parmi les chavistes, le débat fait rage ? Par exemple, José Vicente Rangel qui est parmi les organisateurs du PSUV, qui est un ancien vice-président, pointa le fait que le référendum échoua car il était loin des préoccupations quotidiennes des Vénézuéliens. Et quelle est leur préoccupation majeure ? A 70% c’est la montée de l’insécurité. Et Rangel d’expliquer : « Nous considérons que le recul de la misère entraînera le recul de la délinquance et de l’insécurité. La réalité prouve qu’il n’en est pas ainsi ». Cette « insécurité » est-elle seulement « un sentiment d’insécurité » donné par les médias ? Elle est en réalité un phénomène crucial sur TOUTE la planète dans ses dimensions sociales, humaines, quotidiennes et par la riposte institutionnelle, l’idéologie sécuritaire. Cerner les réalités diverses de l’insécurité est un travail indispensable pour renouer des liens avec le peuple car les victimes majeures sont plus souvent le peuple, que les riches armés jusqu’aux dents par des tas d’outils de l’industrie de la sécurité. Etudier la question au Venezuela me paraît porteur de réflexions plus cruciales qu’ailleurs car elles peuvent indiquer une tendance lourde. Quand en Europe un gamin de 15 ans assassine son copain pour un portable, que se passe-t-il à Caracas ? Comme partout aux Amériques le même jeune va appartenir à une bande en lutte contre une autre bande, ce qui n’est pas la réplique des anciens « blousons noirs » mais la triste invention de la banalisation de la mort. L’insécurité commence par la pose d’un interphone en bas de l’immeuble et s’arrête quand on ne le voit même plus, tellement on a intégré cette auto-protection. Un type de débats parmi d’autres qui, venant du Venezuela pourrait alimenter nos recherches en France.

20 1 2008 jean-paul damaggio


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