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Le Parti de gauche en campagne électorale

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Lundi 20/04/2009 • 3 commentaires  • Lu 1876 fois • Version imprimable


Sur ce site, la sortie du PS de Mélenchon a été accueillie favorablement puis la naissance du Parti de gauche a donné lieu à plusieurs critiques. Depuis le Congrès de ce parti, à l’approche des élections européennes, je propose quelques observations d’un simple citoyen observant un peu partout la mobilisation de militants enthousiastes, qui avaient abandonné l’action, ou qui s’étaient réfugiés dans la vie associative, et qui se lancent à nouveau dans la vie politique. La mobilisation du PG a même un effet d’entraînement sur celle des militants PCF !

Conditions objectives favorables

Je devine que la naissance du PG a été minutieusement programmée et très soigneusement préparée bien avant l’annonce de sa création en novembre 2008. Le timing étant une valeur essentielle en politique, je pense que sur ce point, le succès est total. Pensez un peu si ce parti était né juste avant l’élection présidentielle !

Voilà donc une organisation bien en place qui peut espérer bénéficier des difficultés de la droite et des insuffisances de son opposition nommée Parti socialiste. En contractant dès le départ une alliance majeure avec le Parti communiste, qui s’est montré généreux dans la constitution des listes à l’élection européenne, le PG n’apparaît pas comme une option en plus (donc une source de division) mais comme un élément permettant de renouveler la vie politique en lien avec un de ses acteurs classiques : le PCF. Si je regarde dans ma région Grand Sud-Ouest où Jean-Luc Mélenchon est tête de liste, il peut espérer rogner sur l’électorat PS tout en s’appuyant sur l’électorat du PCF, le tout afin d’arriver à un score honorable pouvant le placer devant… le NPA.

Dans le système politique actuel, les élections sont devenues centrales quant à la permanence d’un projet politique. Le MoDem, par exemple, retrouve avec la période actuelle des conditions favorables car avec les Européennes, Bayrou peut profiter des difficultés de l’UMP, le mode de scrutin et la forme de campagne ne permettant pas le matraquage sur le vote utile, comme à la présidentielle.

Parce qu’en effet, pour le Front de Gauche, comme pour le PCF et d’autres depuis 1979 (FN, Verts, Tapie, Pasqua…), l’élection européenne, sous le nom « d’élection défouloir » laisse un boulevard aux listes externes aux deux grands partis dominants. Mais est-ce bien le Front de Gauche (donc le PG) qui va bénéficier de ce boulevard ?

Parmi les conditions favorables, au-delà des questions électorales il existe un besoin politique fondamental qui alimente la vie du P.G. car la réorganisation du capitalisme démontre que le marché ne pouvant tout régler, le politique reprend droit de cité. En peu de semaines, le PG a su constituer un regroupement qui fait sérieusement de la politique avec des thèmes abandonnés ou mis en veilleuse  : laïcité, solidarité, justice sociale, écologie républicaine (voir l’entretien de Jean-Luc Mélecnhon dans La Décroissance de ce mois-ci) et d’autres.

 

Conditions objectives défavorables

La question tactique ne règle pas tout en politique surtout quand, du point de vue stratégique, il est facile de constater pas mal de conditions défavorables vu la tournure prise par le Parti de gauche.

Premier point inquiétant : l’optimisme irraisonné de Jean-Luc Mélenchon (irraisonné à moins qu’il soit conçu pour doper les militants ce qui prépare des désenchantements). Nous en découvrons la trace dans cette idée d’ouverture proposée « sans conditions » à toutes les forces allant du NPA au PCF, sous prétexte qu’elles avaient lutté ensemble pour le NON au TCE. Le PG est entré en discussion avec tout le monde, des Décroissants au MRC, en passant par le NPA, pour aboutir à un Front de gauche qui rassemble les forces de départ : PCF, PG et dissidents du NPA. Je parle d’un optimisme irraisonné car à lire les textes politiques du PCF et de la NPA, ce vaste front s’avérait impossible dès le départ (mes écrits sur ce point soulevèrent le scepticisme) et il le restera longtemps. Jean-Luc Mélenchon, de par sa personnalité, s’est vu en trait d’union, sauf que le souvenir de 2005, en tant que victoire du NON, n’est plus à l’ordre du jour pour des tas de raisons dont son désastre à la présidentielle. J’ai été sidéré en entendant Mélenchon annoncer qu’une liste unitaire ferait 15% car ce fut exactement le discours de Bové en septembre 2006. Un discours théorique ! Pourquoi recommencer avec les mêmes embrouilles ? Pour dire ensuite que les anti-unitaires ce sont les autres ? En 2006, le premier à entrer en campagne ce fut Besancenot montré du doigt comme briseur d’unité et qui, dans la gauche de gauche, l’emporta ! Avant la question de l’unité, l’électeur aime celle de la clarté : ce fut ma déduction de l’époque.

La deuxième concerne l’analyse que l’on fait du PS puisque là est le problème entre PCF et NPA. Le PCF continue de suivre comme son ombre le PS, ce qui est un élément de sa déconfiture historique, alors que le NPA se tient à l’écart du PS, ce qui est un élément de sa notoriété, comme ce fut un élément de la notoriété de LO. Le PG est en droit de répondre que l’électorat NPA aujourd’hui ne fera pas mieux que l’électorat LO d’hier, et le NPA est en droit de répondre que l’électorat PCF, même du temps de sa grandeur, n’a pas permis de maintenir le PS à gauche. Pour sortir de ce face à face stratégique, il ne s’agit pas de peaufiner un projet politique sur lequel on peut se mettre d’accord, mais de clarifier l’analyse que l’on fait du PS. Dans un émission de Canal +, suite à un meeting à Marseille, la journaliste a poursuivi Mélenchon pour le pousser à répondre à la question sur le PS et en dernier recourt il précisa : « On ne va tout de même pas laisser à la droite des dizaines de municipalité ! ». Si le slogan essentiel reste « battre la droite » alors on n’a pas avancé d’un poil avec le PS actuel ! En se plaçant dans le sillage d’un PCF qui reste globalement à la remorque du PS (les divisions internes aux partis qui nuancent ce point, sont de peu de poids pour le simple citoyen), le PG, malgré des signes de bonne volonté, ne propose pas un choix clair. Dans un meeting (pourquoi maintenir cette forme politique archaïque ?) du Front de Gauche que j’ai suivi, les citoyens ont pu entendre Piquet, ancien de la LCR, tenir un discours ferme contre le PS, M-P Vieu du PCF tendance différente de M-G Buffet, dire qu’il faut continuer de faire l’alliance avec le PS, en entrant dans une gymnastique classique où il faudrait différencier l’électorat et le parti, gymnastique car les alliances se font toujours entre partis et non entre électeurs, et Mélenchon tentant de tenir l’ensemble. A ce sujet, la clarté c’est aussi pour Christian Piquet de quitter clairement le NPA pour se présenter contre le NPA, sinon ça ressemble à un manque de courage.

 

Hier des électeurs pensant socialistes votaient communistes pour pousser à gauche le PS, puis quand le PCF a géré avec le PS, ils ont alors voté PS, c’était logique. Le PG risque de vérifier que beaucoup d’électeurs vont à présent voter NPA, sans en partager totalement les idées, mais parce que ce parti est perçu comme le vrai moyen de peser sur le PS. Les militants enthousiastes du PG pourront me dire qu’avec d’autres, devenant acteur et non spectateur, nous aurions pu peser plus fort et gagner, car c’est bien connu, les échecs sont dus aux faiblesses des militants, et les réussites à la grandeur des dirigeants. Je vais continuer de suivre avec intérêt les efforts du PG mais, au vu de tant d’expériences passées, je crains que les conditions défavorables ne l’emportent encore sur les favorables. Je crains la douche froide pour beaucoup, qui fera suite à tant d’autres. Je crains que l’alliance PCF-PG ne vole en éclat dès les prochaines régionales qui peuvent même semer la division dans le PG. Il ne suffit pas de se dire « nouveau » pour le NPA comme pour le PG, pour produire du nouveau ! Pas plus que l’usage excessif du terme unitaire (communistes unitaires, collectifs unitaires, gauche unitaire) ne fait avancer l’unité car l’électeur se demande alors : unité ? mais pourquoi faire ? Pour moi, l’unité c’est pour construire une ORGANISATION UNIQUE qui puisse rassembler toute la mouvance en quête de transformation, et ça suppose l’invention de structures adaptées, d’un fonctionnement clair, et d’objectifs à la fois réalistes et ambitieux. Mais je rêve… 15-04-2009 Jean-Paul Damaggio

 


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Commentaires

La critique est facile et l'art est difficile! par Bernard Bonnechère le Mardi 21/04/2009 à 10:20

Il est plus facile d'apporter une critique depuis le "banc de touche" que d'être dans "la mêlée".
Mais tout cela est à entendre, j'en conviens!


par FABRE Gilles le Mardi 21/04/2009 à 17:41

Bonjour Jean-Paul,

Votre article décrypte le Parti de Gauche en campagne électorale.

Tout d'abord, je me situe, je suis membre du Parti de Gauche.

Oui comme vous,je me réjouis de la naissance du PG. j'appelais et cela dès 2006 à la création d'une nouvelle formation de gauche résolument républicaine, socialiste et écologiste et souhaitais que Jean-Luc Mélenchon et ses camarades de Trait d'Union quittent le PS pour le fonder. PRS, l'association d'éducation populaire oeuvrait de 2004 à l'année dernière à une refondation républicaine et socialiste et à une nouvelle union des Gauches. J'étais même favorable à la candidature de JL.Mélenchon à la présidentielle - au nom de l'unité des collectifs antilibéraux et des comités du 29 mai. Cette unité et cette démarche entrepris par Jean-Luc Mélenchon en décembre 2006 n'aboutira pas. L'autre gauche allait à la bataille électorale avec de multiples chapelles qui sombreront et atomiseront l'autre gauche (extrème gauche, gauche antilibérale, gauche du non) à l'election présidentielle de 2007. J'ai souhaité le départ de Trait d'union du PS et la création d'une nouvelle formation. Dés juin 2008, J'ai proposé à de multiples ocasions une liste des "non de Gauche pour les prochaines élections européennes de 2009"  Ces voeux seront exaucés à la mi novembre avec le départ du PS de Trait d'union et de Forces militantes et la création du Parti de Gauche puis du Front de Gauche.

Egalement, je me sens proche de Denis Collin, sur le plan idéologique. J'apprécie son imense travail de réflexion, de recherche, d'analyse notamment sur le marxisme ou sur les concepts de la République Sociale. Il aurait tout sa place au PG et serait du très grande aide pour la construction du corpus idéologique et du programme.

Le PG fait politique  nouveau

Oui la création du PG et du Front de Gauche sont des faits nouveaux dans le paysage politique français et dans le paysage politique de la Gauche. L'évolution du PC vers un front unitaire a permis cette dynamique. Ce premier rassemblement, cette première unité de l'autre gauche, de la gauche dite antilibérale ou de la gauche du non (référence au référendum du 29 mai 2005) en est la première expression, la première dynamique. 

Jean-Luc Mélenchon souhaitait une plus large union pour que l'entreprise lancée réussisse lors des prochaines élections européennes. D'où, les différentes rencontres avec une multitude de Parti de la Gauche antilibérale ou de la Gauche du non. Le Front de Gauche est certes modeste (on peut le regretter), j'aurais préféré comme de milliers de militants du PG et du PC qu'il aboutisse à une union large avec le NPA, les Alternatifs, le MRC... mais cela n'a pas été possible. On ne peut pas imposer l'union à ceux qu'ils ne la veulent pas ou qui la veulent avec des conditions qui désintégrent tout le processus. 

A titre personnel, je pense que la meilleure union pour cette élection europeenne aurait été un front de gauche PCF, PG, POI, MRC,GU qui était le plus cohérent idéologiquement et programmatiquement. J'espère qu'un jour le POI en fera partie.
 
Le MRC est incompréhensible et  fait l'impasse et attend 2012 !  Les alternatifs divisés ont botté en touche !

Le PG doit avoir une grille idéologique et programmatique de rupture.

Je pense que le Parti de Gauche est un parti creuset et en construction. J'espère qu'il formalisera,à l'automne prochain, une grille idéologique et un programme de réelle rupture avec le capitalisme, avec le productivisme, avec le libre échangisme et promouvra une refondation républicaine, une réappropriation collective et sociale des grands moyens de production, d'investissements et d'échanges, un large secteur composé d'associations libres de producteurs et de travailleurs libres et de véritables coopératives, une planification écologique permettant de réaliser à la fois l'alterdéveloppement et la République sociale (une autre façon de produire, une autre façon de consommer, une autre façon de partager, une autre façon d'être citoyen). Rien n'est figé !  

L'avenir nous le dira. 

A l'heure actuelle, même si les médias ne rend pas compte de  la campagne du Front de Gauche sur le terrain. Il y a un réel engouemment, une réelle mobilisation au delà des composantes du Front de Gauche. Bref, il y a une réelle dynamique citoyenne à un mois et demi de l'élection.

Je ne sais pas ce que donneront les élections européennes pour le PG, pour le Front de Gauche. 

J'espère qu'il amplifira la dynamique actuelle. Je sais qu'il y aura une concurence avec le NPA. On peut avoir un "score" correct pour le Front de Gauche comme une atomisation de toute la gauche antilibérale comme lors de la présidentielle. Même si le scrutin, proportionnelle et de liste limiteront cette atomisation. Il faut relever le défi de l'unité pour une autre Europe.


Il y a aussi le mouvement social, les résistances des salariés dans les entreprises, les enseignants et les étudiants dans les universités. Les choses peuvent continuaient ainsi jusqu'à l'élection du 7 juin prochain. Le mouvement social s'amplifiait et se propageait à tout le tissus économique et social.


Je souhaite également que ce front populaire qu'est le Front de Gauche crée partout au niveau des circonscriptions, des départements, des communes, des entreprises et des universités des comités populaires de mobilisation citoyenne oeuvrant pour un mouvement social de grande ampleur.

Je pense qu'il faut donner un débouché politique au mouvement social actuel.

Les directions syndicales ne veulent pas de vaste mouvement d'ampleur tel qu'une grève générale interprofessionnelle et illimitée. Elles sont passées du compromis à la soumission. Là c'est un autre débat. Le gouvernement Sarkozy-Fillon et le patronat font une politique de classe. Celle des capitalistes et des favorisés. Les directions syndicales semblent l'oublier et oublient la lutte de classes.Mais; il faudrait leur rappeler comme le dit le Manifeste de Marx " que toute lutte de classes est une lutte politique" !


Voilà Jean-Paul mon commentaire en espèrant ne pas avoir été trop confus. 

Gilles


par regis le Mercredi 22/04/2009 à 03:40

« Jean-Luc Mélenchon, de par sa personnalité, s’est vu en trait d’union, sauf que le souvenir de 2005, en tant que victoire du NON, n’est plus à l’ordre du jour pour des tas de raisons dont son désastre à la présidentielle. »

Ce qui pose bien des problèmes : l’omniprésent responsable du PG tend à devenir (à son échelle) une sorte d’homme providentiel (où est donc passé Dolez ?), on peut même s’interroger si le PG, sa conduite politique, ce n’est pas lui. N’a-t-il pas esquissé qu’il faudra se soumettre à la célèbre discipline de vote républicaine à l’égard du PS pour de futures élections (et ce, sans considération du positionnement de ce parti) ? Peut-on dire que les positions du PG sont décidées par ses militants, tout enthousiastes qu’ils puissent être, voir même influencées par les besoins du  peuple ?

Il y a sans doute une confusion à propos du non de 2005 : le peuple français (mais il n’est pas le seul) a saisi l’occasion qui lui a été donnée lors du référendum pour donner une gifle à l’U.E. , le « ça suffit » allant bien au-delà du dit traité.

Du côté des organisations politiques, le positionnement des Emmanuelli, Fabius etc… a montré toutes ses limites velléitaires, pour le PC, il s’agit d’une position traditionnelle dont la direction ne saurait, sans risque, s’affranchir.

Au final, il n’en reste plus qu’un « front » qui veut « changer d’Europe » pâle copie du slogan du parti mitterrandien d’hier qui, du moins, dans ses motions parlait de « rupture avec le capitalisme ».

PG aligné donc sur ce qu’il reste d’un PCF lui-même aligné sur l’adaptation à sa bourgeoisie (rappelons que le PCF, il n’ y a pas si longtemps, se prononçait pour un rejet des institutions dites européennes).

Je ne suis pas persuadé que ce « front » est voué à l’éclatement, on peut sérieusement s’interroger si les ballons d’essai formulés par JL Mélenchon à propos du « désistement républicain » ne préparent pas la suite…



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