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Le retour des droites aux Amériques

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Mercredi 04/05/2016 • 0 commentaires  • Lu 1276 fois • Version imprimable


Il est toujours dangereux d’évoquer une diversité de situations en terme de tendances mais, si on ne fait pas dire plus qu’il ne faut aux dites tendances, elles permettent de mieux comprendre les diversités de situations.

 

Les militaires dans les casernes

Le sud des Amériques s’est distingué jusqu’à ce derniers temps par une présence forte des militaires dans l’univers politique, présence qui renvoie en partie, au rôle qu’ils ont joué pour obtenir les indépendances. Présence militaire qui a renvoyé la gauche dans le camp des guérillas.

Tous ces militaires n’eurent pas les mêmes comportements : des dictatures féroces aux coups d’état de « gauche », les variantes n'ont pas manqué.

Aujourd'hui, dans tous les cas, les militaires se cantonnent dans les casernes avec cependant un cas à part : le Mexique. Par un effet paradoxal, alors que depuis des décennies les militaires de ce pays sont en dehors de la politique, avec la lutte contre les narcos et les révoltes populaires, ils reviennent sur le devant de la scène.

Les gauches conquérantes

Les pouvoirs militaires ont discrédité les droites. Venezuela, Brésil, Argentine, Uruguay, Equateur, Pérou, Paraguay, sous diverses formes les gauches ont pris le pouvoir avec deux figures de référence, Lula et Chávez, ce dernier faisant transition entre pouvoir militaire et pouvoir civil. Chávez, grand communicateur, a voulu inventer Tele Sur pour donner à l'échelle du continent un pouvoir médiatique à cette révolte citoyenne car il a compris que là, se jouerait la nouvelle guerre.

Mais comme au Chili cette gauche a réduit ses objectifs, à la lutte contre la misère, par des mesures techniques de redistribution des richesses. Or la nouvelle bataille médiatique n'était plus sociale mais culturelle. Elle ne visait plus l'estomac, mais les esprits. Oui, il fallait soulager les estomacs, mais déconnecter cette action de l'invention d'une lutte idéologique d'un nouveau genre était peine perdue. Pour moi, l'exemple le plus éclairant concerne la lutte pour les droits des femmes. Pour ne pas heurter de front les pouvoirs religieux, le droit à l'avortement a non seulement était reportée aux calendes grecques mais parfois, sous des pouvoirs de "gauche", il a subi des reculs (Nicaragua) ! Cette gauche conquérante a jugé bon d'éviter les attaques frontales et c'est vrai, y compris pour Chávez, même si son soutien affiché à Castro le faisait passer pour un "dictateur" dans les salons bien rangés. Or les pouvoirs US ont décidé d'avancer sur deux fronts pour substituer les droites aux militaires : les puissances médiatiques et religieuses. Le cas du Brésil est emblématique et à la hauteur de l'enjeu colossal que représente ce pays. Si Lula et Roussef ont accédé à la plus haute marche du podium n'oublions jamais qu'ils n'ont pu gouverner qu'avec des alliances plus ou moins centristes, justifiant ainsi leur refus de batailles frontales. Et ce pays très connu pour sa théologie de la libération, a subi par contre une attaque frontale des religieux made in USA qui possèdent de puissantes chaînes de télévision (TV Record deuxième chaîne), des relais sociaux, et une force de frappe idéologique plus que religieuse.

Les droites restaurées

A cause de leurs liens avec les militaires les plus féroces, les droites ont été discréditées pendant toute une période au profit de gauches diverses. Pour remplacer la guerre militaire il a fallu qu’elles mettent en place la guerre médiatique. Le maintien du mot «guerre» ne doit pas cependant effacer l’écart considérable entre les deux époques car ce serait oublier la contribution des forces démocratiques à la fin des dictatures. La guerre médiatique n’a pas pour fonction de tuer, torturer, faire disparaître corps et biens mais vise la maîtrise des esprits. Dans cette guerre médiatique, de très nombreux journalistes vont cependant disparaître corps et biens, journalistes sur lesquels les pouvoirs de gauche n’ont pas su ou voulu s’appuyer (dernièrement un assassinat au Honduras). Après le Mexique qui en l'an 2000 voit l'arrivée au pouvoir du PAN, paradoxalement c’est au Chili que cette droite politique a relevé la tête avec force en 2010, en la personne de Piñera, pur produit du système bancaire des USA. Comme Mauricio Macri qui assure un retour de la droite en Argentine en 2014, il exprime la puissance économique, en lieu et place de la puissance militaire. Contrairement à Macri il a eu beaucoup moins à se soucier du contrôle des médias car au Chili ils sont très peu sortis de l'ère Pinochet.

Alors pourquoi l'échec de la "gauche" chilienne en 2010 ? Ce ne fut pas l'échec de la gauche mais l'échec d'un partage du pouvoir entre PS et démocrates chrétiens, Piñera ayant gagné contre Eduardo Frei (DC). Par la suite le PS a décidé de gauchir son discours en s'alliant aux communistes et il est revenu au pouvoir avec Bachelet (elle tente une timide réforme en faveur d'un minime droit à l'avortement). Ce retour de la "gauche" comme le retour du PRI à la tête du Mexique n'est malheureusement qu'une marque de l'alternance où la continuité des politiques a pris le dessus sur les alternatives.

Donc au Pérou en juin quelque soit le gagnant, le néolibéralisme sera au pouvoir comme en Argentine et ailleurs. L'actuelle tentative de coup d'Etat au Brésil continue de mettre la "gauche" sur la défensive. Ceci étant les forces qui conservent les valeurs historiques de la gauche, ne sont pas effacées mais cherchent à reconstruire le mouvement social. Les révoltes actuelles en Argentine et dans bien d'autres zones de la région témoignent que la lutte doit prendre une nouvelle direction.

J-P Damaggio


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