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Le retour du PRI au Mexique

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Mercredi 04/07/2012 • 0 commentaires  • Lu 1590 fois • Version imprimable


En 2006, le PRD (Parti de la révolution démocratique) représenté par AMLO (Andres Manuel Lopez Obrador) a été battu de quelques voix par le parti de droite, le Parti d’Action Nationale (avec de fortes craintes de fraude). Cette année là les Zapatistes s’étaient fortement invités dans la campagne.

En 2012, le PRD uni à d’autres forces de gauche et représenté par AMLO a été battu de 7% par le Parti Révolutionnaire Institutionnel (avec quelques craintes de fraude).

La gauche serait-elle maudite ?

De 2006 à 2012 AMLO a conduit une campagne permanente à travers le pays jusqu’à indisposer son parti, le PRD. Finalement, nous en sommes restés au grand classique, la gauche c’est le sud du Mexique et la droite ou le centre-droit, le nord.

Le Mexique est un pays aux multiples cassures qui semble ne pas pouvoir se ressouder.

Faut-il cependant retenir de l’élection le retour du PRI ? Ce parti était-il vraiment parti ? La passion médiatique pour les présidentielles – un des instruments destructeur du politique – fait oublier les élections de députés et sénateurs. En l’an 2000 le PRI a perdu la présidence mais ne s’est pas effondré et depuis, il est toujours resté très présent au parlement. Il serait déplacé de croire qu’il est resté le même parti d’avant la coupure de l’an 2000. Au contraire, la compétition avec le PAN et le PRD l’a obligé à changer ses cadres, ses pratiques et ses objectifs.

 

Premier point : le candidat du PRI a été élu grâce à l’union avec un quatrième parti toujours oublié… les Verts. Si aujourd’hui, à la Chambre des députés, le PRI arrive tout juste à la majorité absolue (151 sièges contre 149 aux adversaires) c’est grâce à cette union.

 

Deuxième point : AMLO pensait gagner car il a réussi à fédérer toute la gauche, il a eu le soutien d’un mouvement étudiant dynamique, il avait un peu adouci ses propositions. Son échec c’est le risque d’une explosion du PRD et de toute la mouvance. Un émiettement classique à gauche.

Troisième point : l’effondrement du PAN tient bien sûr à l’échec de la lutte contre le crime organisé. Mais il s’agit aussi de la crise générale du pays. Les deux phénomènes s’épaulent et à ce jour personne ne sait ce que va faire le PRI. Pactiser avec quelques cartels pour éliminer les autres ? Le Mexique est à un tournant.

Aux Amériques, le Mexique a toujours été la plaque centrale et l’échec de la gauche, comme l’échec du PS au Chili, pose des questions fondamentales. Si l’image de l’Amérique latine c’est aujourd’hui encore en France, une image de gauche, si la victoire d’Obama aux USA pouvait éventuellement renforcer cette tendance, le compte n’y est pas.

Pourquoi les propositions sociales de la gauche n’emportent pas l’adhésion dans un pays où l’action sociale reste très importante ? Il y a une part de fraude mais elle ne peut pas tout expliquer. Plus que jamais, la Révolution mexicaine c’est devenu le pouvoir du crime ! Et le Mexique joue bien le rôle de plaque centrale ! La gauche est alors prise en étau : d’un côté la classe dominante (qui s’appuie sur les riches), et de l’autre la classe criminelle (qui s’appuie sur les pauvres). Pour corser l’affaire, Hillary Clinton déclara que les cartels c’étaient les nouveaux insurgés !  

Le retour du PRI, c’est une fois de plus le choix du non-choix. J’ai observé dans le Yucatan des élus du nouveau PRI dévoués à la cause publique. Noircir le tableau ne sert à rien. Cette action militante à la base, que le PRD n’a pas les relais pour l’assurer, n’a bien sûr rien à voir avec la gestion que va mettre en œuvre ce parti au niveau national.

De toutes les contradictions existantes qui traversent tous les mouvements, une solution humaine surgira-t-elle au pays de l’homme le plus riche du monde, Carlos Slim ? Le décor des mariachis a été remplacé par les narcos films et les narcos chansons pendant qu’aux USA des Mexicanos inventent le spanglish. D’une façon ou d’une autre, la gauche est au pied du mur : si au Mexique elle n’invente pas une sortie démocratique de la criminalité organisée, cette plongée dans une forme de fascisme mangera tout le continent.

Faut-il comme en Uruguay proposer que la marijuana soit cultivée sous contrôle de l’Etat ? (comme le tabac en France quand le tabac de ce pays constituait la consommation majeure)

Faut-il comme à Rio, envoyer épisodiquement l’armée éradiquer le crime dans une guerre féroce ?

Faut-il croire comme au Venezuela que les mesures sociales suffisent pour faire reculer l’insécurité ? Le résultat n’est pas probant malgré les efforts réels.

Faut-il relancer l’économie par la mise en chantier de nouveaux gisements en tout genre donnés en exploitation aux Chinois, comme en Equateur et au Pérou ?

Finalement, le retour du PRI est un non événement, sa faible majorité à la Chambre la garantie que le débat démocratique va se poursuivre, et la poursuite du seul journal-coopérative que je connaisse dans le monde (La Jornada un des éléments d'une presse exceptionnelle) continuera de faire mon bonheur. Contre les clichés dominants.

Jean-Paul Damaggio
 

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