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Les larmes de l'espoir

Le Proche-Orient en guerre

Par la-sociale • Internationale • Samedi 29/07/2006 • 0 commentaires  • Lu 800 fois • Version imprimable


PAR DR THIERRY LEVY-TADJINE, FRANÇAIS RÉSIDANT AU LIBAN, MAÎTRE DE CONFÉRENCES AU CENTRE UNIVERSITAIRE DE TECHNOLOGIE FRANCO-LIBANAIS.

29 juillet 2006

Ce témoignage poignant mais aussi plein d’espoir nous a été communiqué par notre ami Jérôme Maucourant. Voici sa présentation :

"Je voulais aussi vous faire part du témoignage de Thierry Lévy. Sa « synthèse » est une réflexion en prise directe avec la réalité. Il est possible que certains camarades trouvent discutables certaines formulations relatives au « fascisme » etc., question que j’aborde en PS. Après réflexion, il me semble que les arguments de Thierry Lévy ne doivent pas être discutés pour l’usage de cette notion même si, par certains aspects qui me semble secondaires aujourd’hui, ils doivent être discutés. J’ai beaucoup pensé, lisant ce témoignage, à cet autre témoignage important de Willy BAUVALLET qui est en ligne sur le site de l’UJFP.

Disons, trop brièvement, que, malgré les différences d’appréciation que nous pouvons porter sur la nature de tel ou tel parti politique libanais, sur telle ou telle façon de travailler ici ou la bas pour nos idéaux communs, l’urgence est dans la reconnaissance que tous nos projets politiques ne valent que parce qu’existent des sociétés qui, à Gaza et au Liban, sont à ce jour menacées dans leur substance même : elles sont en effet le laboratoire de crimes à venir de ce siècle, pas seulement le laboratoire d’un hypothétique affrontement américano-perse."

 

Les larmes de l’espoir

Si le conflit avec Israël révèle l’inhumanité et l’incompétence stratégique de l’État hébreu, il est également un miroir décapant pour la société libanaise. Face aux atrocités israéliennes, certains libanais font preuve de patriotisme et de solidarité tandis que d’autres dévoilent au grand jour leur lâcheté et leur incivisme.

Certes, l’enlèvement de deux soldats israéliens par le Hezbollah et les tirs de roquette, par la suite, pouvaient autoriser Tsahal à riposter. Mais la réponse est plus que démesurée. Par cette folie, M. Olmert montre son manque de respect pour le peuple libanais au point de réduire à néant, en quelques jours, les efforts de reconstruction entamés par le pays à l’initiative de l’ancien Premier Ministre Rafic Harriri. Comme le Premier ministre libanais, M. Fuad SINIORA, l’autre soir, j’imagine que les larmes et le dégoût touchent tout amoureux du pays des cèdres. M. Olmert et son armée poussent l’inhumanité jusqu’à avoir fait bombarder des parcs d’attractions pour enfants (comme le Funny World de Saida, bombardé le 15 juillet) et un hôpital au seul prétexte qu’ils sont tenus par des sympathisants du Hezbollah. Oui, cet homme et ses sbires sont des fascistes qui ont oublié la Shoah dont ils se revendiquent héritiers, pour pratiquer à leur tour, une extermination quasi-systématique des sympathisants affichés du Hezbollah et plus largement, des chiites. Mais en plus de la monstruosité de la situation, la direction de l’État hébreu, encouragée par les Etats-Unis, est mauvais stratège. Si l’idéologie du Hezbollah est discutable, au moins, convient-il de reconnaître sa capacité à canaliser les masses insatisfaites, son respect des codes de guerre et son professionnalisme. En 2000 et 2004, les soldats israéliens faits prisonniers par le Hezbollah en territoire libanais et échangés ensuite n’avaient subi aucun mauvais traitement. À la différence d’autres ennemis d’Israël, l’État hébreu disposait avec le Hezbollah et avec son leader, Sayed Hassan Nasrallah, d’un interlocuteur avec qui il était possible de négocier dans le respect de certaines règles. Qu’espèrent-ils trouver ensuite ? Le risque est grand, en effet, qu’à la résistance armée et canalisée du Hezbollah, succède un terrorisme désespéré analogue à celui des Palestiniens qui n’ont plus d’autres alternatives. Si Tsahal et les Etats-Unis cherchaient à provoquer une haine éternelle à l’encontre de leur pays, s’y prendraient-ils autrement ? Sinon, c’est qu’ils ne sont, cette fois ci, que l’instrument stupide et sans conscience d’un jeu mondial, dirigé par les Américains et dont le Liban et plus particulièrement la communauté chiite sont les jouets malheureux.

Cette lecture semble attestée par les récentes et indécentes déclarations de Condolezza Rice qui affirmait que « les souffrances du peuple libanais sont comme les douleurs de l’enfantement du nouveau Moyen-Orient », celui que veulent imposer les États-unis et Israël. Ce faisant, elle reconnaissait que les États-Unis sont le père violeur de l’enfant qui doit naître. Que sera cet enfant ? À présent, les Israéliens ne parlent plus que de repousser la zone de sécurité sans désarmer le Hezbollah ce dont ils semblent finalement incapables malgré leurs destructions massives. En d’autres termes, ils modifieraient les frontières et reporteraient le problème qu’ils ont accentué sur les Libanais. Un tel état de fait légitimera, en effet, encore davantage la résistance qui, pour l’heure, ne se justifiait que pour le territoire des fermes de Chebba et pour quelques prisonniers. Comment se comporteront les Libanais alors face à la nouvelle donne ? Il nous semble que la crise actuelle reflète simultanément les signes d’espoir et les menaces nouvelles qui en résultent. Il y a, en effet, aujourd’hui trois Liban :
- Le Liban blessé et saigné par Israël et par son armée sans conscience. Il est surtout localisé au Sud du pays Il n’est plus que ruines sur lesquelles il faudra reconstruire.
- Le Liban de la solidarité et de la résistance.

Ces deux Liban, je les aime. Le premier me fait pleurer et souffrir avec ceux qui n’ont plus de maison, qui sont blessés ou qui portent le deuil, avec ceux qui autrefois avaient déjà reconstruit et pour qui tout est à refaire. Le second Liban me fait fondre et me pousse à m’engager. Ces deux Liban font que je décide de rester dans ce pays qui m’est cher.

Hélas, il y a aussi un autre Liban :
- le Liban des gatés et des parasites. Ceux qui exploitent la situation en proposant aux réfugiés du Sud, des loyers aux prix inconsidérés ou en augmentant leurs prix sans scrupules. Ceux qui vivent dans l’ignorance et le mépris de la guerre qui ensanglante une partie de leur pays.

Ceux-là mêmes qui ferment leurs portes aux déracinés du Sud voire qui souhaitent la défaite du Hezbollah en oubliant qu’en 2000, le Hezb leur avait rendu un peu de dignité. Ceux-là ne méritent pas le pays des Cedres. Dans ce troisième Liban, il y a aussi quelques idéalistes qui ne parlent que de non-violence. Mais, comme dit un chanteur français, Bernard Lavilliers, ‘comment parler de non-violence à un amour qu’on a violé ? La dignité n’est pas votre spécialité » ; ceux la sont sans doute trop gâtés, mais on peut les excuser. Au fond, tout le monde au Liban rêve de paix. Heureusement, pour l’avenir, il y a le Liban de la résistance et de la solidarité. Même si on ne partage pas l’idéologie du Hezbollah, ni même l’unilatéralisme de ses décisions dans le conflit, tout libanais doit aujourd’hui supporter la résistance au nom de la dignité et de l’intégrité du pays et, plus encore, au nom de la lutte contre la barbarie israélienne. En parallèle à ce Liban de la résistance, le Liban de la solidarité est celui qu’on rencontre dans les centres d’accueil du Tayyar par exemple. Comment ne pas être touché en voyant une famille de Tyr débarquer au Tayyar à Jal-El-dib, son seul point d’abri rassurant après 7 heures de route pénible et éprouvante compte tenu des bombardements.... Comment ne pas réaliser que le Liban est encore porteur d’espoir lorsque dans un centre d’accueil très dépourvu, les hébergés soulignent, malgré tout, les efforts réalisés par les gens du Tayyar et leur accueil. Ici, la reconstruction profonde du Liban, dans sa diversité et dans sa dignité, est en marche.

Voilà pourquoi, je veux encore croire en ce pays et espérer qu’au Liban, la vie et le partage triomphent de la folie destructrice et inhumaine qu’incarne Israël. Il sera temps après de débattre de nos différences d’approche. Pour autant et pour ma part, ces épisodes historiques laisseront des traces. Demain, il faudra demander des comptes aux incompétents et aux lâches, notamment à ceux qui, par confort ou par idéologie politique ont manqué de patriotisme, par exemple en maintenant leurs écoles ou leurs universités fermées aux réfugiés et qui sont partis dans la montagne ou ailleurs pour ne pas être dérangés... Ce soir, je me sens plus libanais que ceux-la et j’espere que le Liban que j’aime sera comme le Phenix, encore capable de renaitre de ses cendres.

Liban, le 25 juillet 2006.


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