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Les Néos…

Par René Merle • Actualités • Vendredi 24/07/2009 • 6 commentaires  • Lu 1845 fois • Version imprimable


L’opinion, manipulée ou proclamée par les médias et le pouvoir, a dorénavant le choix comme successeur « de gauche » à notre Président : le jeune impatient Manuel Valls, qui a lancé le sprint un peu tôt, ou le prudent DSK, en réserve de la République…

À lire donc : le blog de M.Valls [1] (22 juillet 2009), pour constater quel vide programmatique le désormais chouchou des médias oppose au vide socialiste. Et dans la foulée, M.Valls d’inviter impérativement « la gauche » au devoir de vérité (voir la société telle qu’elle est, en abandonnant les vieilles lunettes marxistes) et au rassemblement le plus large (suivez mon regard), afin de gagner les régionales de 2010 et de préparer la suite. La suite étant naturellement la victoire de l’auteur aux présidentielles de 2012. Victoire qui, n’en doutez pas, assurerait les légitimes épanouissements personnels du plus grand nombre, dans une société incontournablement capitaliste et mondialisée.

Dans Le Monde comme dans Libération, de bons esprits de « gauche » se sont offusqués de l’injonction de Mme Aubry à M.Valls( en allant vite : « Tu te tais ou tu te casses »). Le Parti socialiste n’est-il pas, depuis sa création en 1905, la maison commune de tendances souvent affrontées dans une liberté d’expression assumée ? Et cette liberté ne garantit-elle pas, depuis toujours, la réalité et la force de la famille socialiste française ?

Voire…

Les rappels historiques sont aujourd’hui si souvent biaisés, quand ils ne sont pas ignorés, que l’on peut hésiter avant d’évoquer le souvenir, bien effacé, de ce qui a mûri dans la SFIO des années 1920 pour aboutir, la crise de 1929 aidant, à la scission de 1933. Les « Néos » socialistes reprochaient alors à leur direction de naviguer entre l’attachement stérile à la pensée marxiste, ignorant les modifications de la société française, et un réformisme au petit pied. Un œil sur le planisme belge et sur l’interventionnisme roosveltien, un œil sur l’autoritarisme nationaliste fasciste (jusqu’au slogan de Marquet, maire de Bordeaux, issu de l’extrême gauche socialiste, « Ordre , autorité, nation »), ils proposaient donc un renouvellement total de la pensée socialiste. Ils adoptaient volontiers les analyses de la presse, qui présentaient cet affrontement en conflit de générations. Ils n’acceptaient pas les fermes rappels à la discipline de la direction du Parti. Le tout sous l’égide d’un Jaurès qui depuis sa mort n’en pouvait mais [2].

Ainsi les « Néos », majoritairement élus locaux et députés, quittèrent en nombre le Parti socialiste pour créer en 1933 le « Parti socialiste de France – Union Jean Jaurès », prêt à prendre ses responsabilités gouvernementales dans l’alliance avec des courants radicaux et « bourgeois ».

Paradoxe (apparent). Les « Néos » reprochaient à la direction socialiste et à Blum de refuser la participation à un gouvernement « bourgeois ». On comprend leur effarement et leur effacement (provisoire ) quand Blum accepta de former le gouvernement du Front populaire (radicaux et socialistes) en 1936.

C’est que les visions pré-établies des lendemains avaient été quelque peu bousculées par « l’Histoire » : accession d’Hitler au pouvoir, riposte à menace fasciste française de 1934, accentuation de la crise économique et sociale, poussée unitaire socialo-communiste « à la base »… Bousculades qui, après la fin du Front Populaire et la tragédie de 1939-1940, devaient amener bien des « Néos » sur des chemins divergents : disparition politique, pétainisme voire collaboration ouverte, engagements variés dans la Résistance… Et qui en firent se retrouver certains dans les différents courants reconstructeurs d’après 1945…

L’évidente ressemblance entre les « Néos » de 1933 et les contestataires socialistes de 1933 est la rupture totale et proclamée avec « les lunettes marxistes ». L’énorme différence entre la situation politique de 1933 et celle d’aujourd’hui est l’absence de régime présidentiel en 1933, et l’acceptation, réaliste et proclamée, de la présidentialisation du régime, accélérée par L.Jospin [3], réalisée par N.Sarkozy.

Il serait facile d’ironiser sur l’inanité de la critique de nos actuels « Néos » à l’égard de la direction socialiste. (Je dis bien « dirigeants », que je confonds pas avec la masse complexe des électeurs, adhérents, élus…). Bien rares sont les dirigeants socialistes qui font leur aujourd’hui une analyse « marxiste » de la société… Et, au-delà de leurs allergies anti-sarkozystes exacerbées, on peut compter sur les doigts de la main les dirigeants socialistes qui n’ont pas intériorisé la réalité et la légitimité du système présidentiel, et, partant, la nécessité de dégager une candidature répondant aux caractéristiques de l’emploi. Ce qui permet de ne pas écarter l’hypothèse d’une direction socialiste (hors-prétendants), poussée « aux affaires » par les événements, qui donnerait à la politique nationale un cours plus que conforme à celui préconisé par les dits prétendants.

Deux jours avant sa proclamation fracassante, M.Valls écrivait sur son blog : « l’entretien de BHL au JDD sonne juste » (20 juillet 2009). Merci BHL…. Il n’est pas difficile en effet de voir dans le propos de BHL sur la mort du Parti socialiste l’appel (télécommandé) à la constitution d’un grand parti démocrate à l’américaine, dans l’alternance avec une droite qu’il n’est pas question de diaboliser (processus assumé sur une vingtaine d’années par le PC italien, mais envisagé chez nous bien plus rapidement).

Certes, ce disant, notre rénovateur flatte dans le sens du poil un électorat (manifesté et non potentiel) qui a récemment abandonné le vote P.S au profit du Tiers Parti vert ou de l’entreprise MODEM. Il est évident que la déperdition des voix socialistes n’a profité ni au Front de Gauche, qui peine à dépasser de peu le score communiste des européennes précédentes, ni au NPA.
Mais, comme après 1933, rien ne garantit que des sursauts inattendus de « l’Histoire », intérieure et extérieure, ne viendront bousculer cette belle ordonnance politique des lendemains et ces ambitions personnelles exacerbées.

René MERLE


[1] http://www.valls.fr/
[2] René Merle, « Jaurès ‘panthéonisé’, Jaurès modernisé », http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=578
[3] René Merle « A propos du régime présidentiel », 2003. http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=78




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Commentaires

par d_collin le Samedi 25/07/2009 à 23:03

Judicieux rappel historique. Mais on ne saurait évidemment oublier les différences: la SFIO de 1933 restait beaucoup plus proche de ses attaches dans le mouvement ouvrier que l'actuel PS où le syntagme "mouvement ouvrier" est à peu près dépourvu de sens pour une bonne partie de la direction et pour une fraction toujours croissante des militants.

Cela étant, je crois qu'il faut aller un peu plus loin dans l'analyse. La décomposition politique du PS a des causes qui ne se réduisent pas à la nullité des dirigeants, à la "trahison" ou à la corruption. J'ai eu l'occasion de faire un sort à la théorie de la "trahison" dans mon Cauchemar de Marx (Milo, 2009). Je n'y reviens pas. Le PS reflète à sa manière des évolutions sociales en profondeur et certainement même un véritable tournant historique. C'est cela qu'il faudrait essayer de comprendre. L'ami René Merle connaît bien l'Italie et la France suit à sa manière une évolution "à l'italienne" dont l'élection d'Aix-en-Provence ce mois-ci a été un bon exemple. La droitisation de la social-démocratie ne s'accompagne pas d'une montée d'une force protestataire à gauche. Du même coup l'alliance avec la démocratie-chrétienne semble s'imposer de plus en plus drastiquement. Et la droite qu'on pourrait croire affaiblie maintient ses positions contre vents et marées.

DC


Re: par socialistedegauche65 le Dimanche 26/07/2009 à 21:10



excellente analyse d'autant plus que nous évoquons ces néos depuis pas mal de moi sur notre blog
il faut comprendre dans un sens plus global par néo celyui qui va vers l'idéologie dominante de son époque
socialiste de gauche
http://socialistedegauche65.over-blog.com/article-25111441.html
http://socialistedegauche65.over-blog.com/article-33918581.html
http://socialistedegauche65.over-blog.com/article-34026482.html


Re: par merle le Mardi 28/07/2009 à 10:25

 Merci pour ces références, que je découvre avec grand intérêt. 
René Merle


Re: par merle le Lundi 27/07/2009 à 20:37

 Je te suis tout à fait, et ton ouvrage est particulièrement tonique et éclairant, sur ce sujet et sur bien d'autres.
Je ne voulais pas dans ces quelques lignes sur les Néos faire l'analyse de la situation actuelle de la social démocratie, mais seulement de pointer une continuité dans l'anti-marxisme. En 1933, les Néos n'envisageaient pas, ne pouvaient pas envisager, de briser l'échiquier politique et de coaguler en deux camps des forces politiques plus ou moins directement encore se proclamant de diverses couches sociales et d'idéologies souvent héréditaires. Ils voulaient droitiser une SFIO se réclamant toujours, même formellement, du marxisme et de la lutte des classes : la séparation avec les autres courants du mouvement ouvrier relevait (formellement toujours s'entend) du désaccord sur les voies de passage au socialisme et sur la nécessité de la démocratie politique dans la construction de ce socialisme. Exemple personnel, ma tradition familiale fait référence pour ces années 20-30 à mon grand père, ouvrier aux chantiers navals de La Seyne, socialiste, qui disait des communistes dans son provençal : an rasoun, mai picon trop fouart (ils ont raison, mais ils frappent trop fort). La même vision qui une génération auparavant faisait voter radical "respectables", en disant de la gauche radicale et des socialistes : ils ont raison mais ils sont trop intransigeants....
Aujourd'hui, on pourrait se demander pourquoi les Néos tirent sur l'ambulance puisqu'ils ont la quasi certitude que les analyses marxistes sont depuis longtemps abandonnées par les dirigeants socialistes. Mais c'est à la notion même de parti qu'ils s'attaquent, notion à laquelle ils veulent substituer celle d'appareil organisateur (primaires, etc) et de conglomérat à driver médiatiquement. Bref une structure (binaire) à l'américaine. En détruisant le PS, ils détruiraient toutes les autres formations, sommées de se ranger sous la bannière de ce rassemblement médiatisé. En contrepoint caricatural, on peut évoquer l'appel du célèbre rocker ex PC Robert Hue, qui somme les militants de la "gauche" de se rassembler dans une structure hors-partis, derrière s'entend une personnalité énergique susceptible de mener à la victoire en 2012...
René Merle


Re: par socialistedegauche65 le Dimanche 02/08/2009 à 18:16

:« Ordre ! Autorité ! Nation ! » voilà le mot d'ordre des néo en 35


Re: autorité... par merle le Dimanche 02/08/2009 à 20:25

 Oui, à tout le moins c'était comme je le dis dans le topo le slogan qu'avait lancé Marquet, l'ex-socialiste de la gauche extrême !
R.Mere



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