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Les succès de Mélenchon mettent en lumière les paradoxes de l’élection présidentielle

Comme il a voté non le 25 mai 2005, le peuple saisira-t-il l’élection présidentielle de 2012 pour occuper toute la scène politique ?

Par Jean Pierre Alliot • Actualités • Dimanche 15/04/2012 • 0 commentaires  • Lu 1287 fois • Version imprimable


L’affluence aux meetings et manifestations du Front de Gauche rappelle à tous qu’il existe en France un mouvement permanent de fronde contre tout le système politique, qui impose au peuple le contraire de sa volonté.
 
Le paradoxe est ici : un système électoral fondé pour confisquer le pouvoir au profit d’un Bonaparte pourrait permettre l’expression politique du peuple tout entier. Expression sans doute provisoire, peut-être transitoire, mais qui rappelle le référéendum de 2005. Le plebiscite alors s’était retourné contre ses organisateurs. En votant non, le peuple a montré qu’il n’y a pas de plebiscite sans Bonarparte. D’ailleurs, il n’y a pas de Bonaparte sans campagne d’Italie. Ce référendum a montré aussi que tout le système de domination idéologique des classes dirigeantes, avec ses médias et ses sondages, s’est montré ridiculement impuissant dans les urnes. Sa force ne réside que dans la veulerie des parlementaires qui ont approuvé le traité de Lisbonne contre le vote du peuple.
 
C’est peut-être un des motifs pour lesquels ces commentateurs politiques particuliers que sont les sociétés de sondage se sont aperçu, un peu avant les éditorialistes en cour, qu’ils ne pouvaient plus fermer les yeux devant les foules. Un fonds de commerce à préserver…
 
Aujourd’hui, la question réelle n’est pas l’équation personnelle de Jean-Luc Mélanchon, ni même la valeur de son programme dans sa totalité. Ni même sa cohérence. Elle n’est pas non plus dans les visées à plus ou moins long terme électoral des composantes du Front de Gauche.
 
La réalité, c’est le mouvement de répulsion contre le système qui impose depuis des décennies le chômage, la précarité, la pauvreté. C’est le mouvement contre les traités européens, comme celui qui a créé le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) ou comme son siamois, le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG), qui prétendent coordonner l’action néfaste des couches dominantes du Continent. La réalité, c’est ce mouvement qui tente de trouver un passage vers la surface politique.
 
Avant cette élection et après le référendum de 2005, il n’a jamais cessé d’agiter les profondeurs du peuple et avait déjà émergé, au point de faire trembler tout le système, en 2006, quand les manifestations contre le CPE ont imposé la loi de la rue à l’Assemblée nationale elle-même, contrainte de retirer une loi qu’elle avait votée. La même insurrection a failli se produire lors de la lutte contre la réforme des retraites.
 
Cette « France du non » cherche encore une représentation politique digne de ce nom.
 
Dispersée, marquée par l’incohérence propre à ce qui n’a pas encore abouti, elle va trouver ses moyens provisoires d’existence. Ce sera dans le vote Mélanchon, dans l’abstention ou le vote blanc, parfois même dans le vote Hollande.
 
Car il est vain de décortiquer le programme des uns et des autres, tant les citoyens électeurs ont appris à se méfier des promesses de campagne. Ce qui compte, c’est le mouvement, ou plus précisément la perception que le peuple acquiert de la possibilité qui se présente d’imposer sa volonté. L’impression qu’on a que, cette fois, c’est l’occasion d’y aller, qu’on peut coaliser les forces de progrès et qu’après il sera temps de préciser les programmes. Un peu comme en 1936, quand la grève généralisée a imposé des lois sociales imprévues… en non promises. En un mot, le sentiment que l’élection peut devenir un catalyseur.
 
Ainsi peut-on percevoir une contradiction dans le discours de Mélanchon qui affirme la nécessité d’une Assemblée Constituante tout en annonçant qu’il fera ceci ou cela s’il est élu. Et en effet, il y a du flou, au moins. Mais ce qui compte, c’est que le peuple en arrive à imposer que ses élus feront ce qu’il voudra lui et non ce qu’ils voudront eux. La condition pour en arriver là, c’est que le mouvement, catalysé par cette élection ou par tout autre événement, trouve son expression politique, de plus en plus cohérente.

Jean-Pierre Alliot
            le 15 avril 2012

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