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Mexique : Le pape, Florence et les élections

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Mardi 27/03/2012 • 0 commentaires  • Lu 1127 fois • Version imprimable


Le Mexique est en pleine campagne électorale. Le 1er juin, le pays va changer de face, c’est sûr, et le Pape n’y sera pour rien. A-t-il fait le voyage pour sauver le parti du président sortant, le PAN ? On peut le penser car, entre l’ancien parti le PRI, largement favori des sondages, et l’église catholique, ce ne fut jamais le grand amour, si bien que même le PAN n’a pu remettre en cause des principes laïques de ce pays. Malgré le cas Florence, qui sait en France que là-bas la bataille politique fait rage ? Que le sort de Florence est soumis, depuis le début, aux aléas de la vie politique du Mexique ? 

Je l’ai déjà écrit, et les événements ne font que me confirmer dans cette idée - même si le Mexique n’est pas à la Une des grands esprits de gauche qui rêvent sans cesse en un Eldorado aux Amériques : quand Mexico aura parlé, les rêves de gauche seront renvoyés une fois de plus aux calendes grecques. 

Etrange Mexique où en l’an 2000, le PAN très à droite a réussi à mettre fin à une domination phénoménale du PRI, sans pour autant abattre ce parti, comme ce fut le cas dans d’autres pays des Amériques. Non seulement le PRI a su garder la tête hors de l’eau mais il a su se renouveler comme je l’avais vérifié au Yucatan, un Etat ou le PAN avait été en pointe mais où le PRI a, ces dernières années, repris le dessus.

Des observateurs avaient pensé qu’après le PRI puis le PAN, le parti de gauche PRD verrait enfin son heure arriver, d’autant que par une opération « savante » le choix du candidat unique de ce parti s’est fait, contre toute attente, dans le consensus. Quelle opération ? Si des primaires ont été organisées dans le PAN, pour le PRD on a confié le choix du candidat le meilleur, à deux ou trois agences de sondages ! Et c’est le candidat battu de 2006 qui est sorti du chapeau à savoir Andres Manuel Lopez-Obrador (AMLO) un homme qui depuis cette date n’a pas cessé de sillonner le pays pour défendre la gauche. 

Il vient de proposer sa conception de la lutte contre le crime organisé : réduction des inégalités, création d’une police d’Etat moralisée qui remplacera l’armée et la marine dans l’action actuelle. Rien d’original si ce n’est une fermeté politique peu fréquente.

Mais pourquoi AMLO décida d’assister à la messe du pape à Guanajuato, pour s’agenouiller là où le peuple s’est mis à genoux ? Alors que le pays en en pleine discussion autour de l’article 24 de la Constitution qui fait du pays un pays laïque ? Parce qu’il faudrait que la gauche, avec la droite du PAN, contribue à la réconciliation du peuple catholique et du peuple politique, leur désunion ayant été à la base d’un affaiblissement du pays ? Voilà une idée qui court, qui fait même « moderne » afin d’en finir avec les querelles d’hier. Et pas à pas s’approchent les arguments habituels : le christianisme est un défenseur de la justice sociale, de la paix sociale, de la démocratie, du progrès, la tolérance, l’honnêteté, en un mot il est du côté despauvres. On en arrive à se demander comment un pays aussi catholique peut vivre sous le pouvoir des mafieux ! Mais voilà que je fais la mauvaise tête ! 

Et je lis : « les mérites de cette citation évangélique : “dar a Dios lo que es de Dios y al césar lo que es del césar” (donner à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César), une formule adéquate que nous ne pouvons oublier » or je ne trouve aucun mérite à cette citation ! 

Il se trouve qu’au Mexique comme au Sénégal ou même en France, l’élection du président reste un épisode secondaire dans le processus électoral. Il reste ensuite l’essentiel : la majorité parlementaire avec des députés dignes de ce nom. Or on découvre, sur ce point, un Mexique qui s’effondre ! Des nombreux candidats refusés par un parti passent au suivant dans une course au sauve qui peut qui tend à démontrer qu’à présent le besoin de pouvoir importe plus que le sens du pouvoir. Gonzalo Martínez Corbalá indique dans La Jornada du 26 mars : « sur ce point on en a vu de toutes les couleurs ». Son étude est totalement inquiétante. Si j’évoque la référence fait dans l’article, au livre de Norberto Bobbio, Droite et gauche, on découvre que nous sommes en paysage connu ! Avec la présidentielle j’ai évoqué des positionnements de droite, de gauche, et leur ambigüité quand il s’agit de parler du religieux, mais quand on passe aux législatives ou aux sénatoriales, les positions s’estompent, l’habitude ayant été prise dans de telles institutions de rayer des débats les oppositions claires. La Pape n’y peut rien, c’est magouilles et compagnie et en matière de magouilles, vu les révélations venues dernièrement du Vatican, tout le monde nage dans la boue.

Est-ce à dire qu’il y aurait un fossé entre cette classe politique sans repère et le peuple qui garderait une plus grande conscience du phénomène crucial de la politique. En France, avec les primaires socialistes, les observateurs ont été surpris par le phénomène Montebourg, surprise redoublée ensuite quand le même personnage se rallia à Hollande. N’est-ce pas cet effet surprise du peuple qui se reconnaît à présent dans le candidat Mélenchon ? Un peuple français qui ne veut pas lâcher son histoire ? Comme le peuple mexicain ne veut pas lâcher la sienne ?

Toujours est-il, pour le Mexique, malgré la crise, malgré le voyage du pape, malgré le crime organisé, le peuple de gauche n’arrive pas à se retrouver dans une stratégie claire pourtant indispensable pour sortir du trou noir dans lequel plonge le pays. Dernièrement j’ai découvert que 90% des coupes de bois étaient illégales et renflouaient les caisses des mafias en tout genre sans un sou de taxes pour l’Etat bien sûr. A suivre.

27 mars 2012 Jean-Paul Damaggio


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