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Municipales 2008 : Les Verts : l’explosion finale

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Mardi 05/02/2008 • 0 commentaires  • Lu 722 fois • Version imprimable


Les facteurs ont du travail : les lettres recommandées pleuvent chez des militants verts qui apprennent ainsi qu’ils sont exclus de leur parti. Un parti pourtant au bord du gouffre ! Sur Toulouse, ils étaient à peine trente (en comptant les procurations) pour voter en faveur du ralliement à la liste PS. Résultat : une dirigeante n° 2 sur la liste de droite et un autre sur la liste de la gauche alternative conduite par François Simon. Bref, comme pour le PCF hier, les Verts exclus sont aujourd’hui plus nombreux que les Verts encartés. Comment lire ce bilan ?
L’échec des Verts ne vient pas du thème sur lesquels ils fondèrent leur existence : à présent, l’écologie a pignon sur rue et les produits bio occupent des rayons de la grande distribution. Les voisins allemands qui servirent de base d’appui au départ, continuent leur chemin (c’est vrai, ailleurs en Europe, l’écologie politique est plutôt absente). Je situe cet échec dans leur force de départ : le ni droite ni gauche. Contre les Verts du début des années 90, François Mitterrand inventa aussitôt Génération Ecologie avec le ministre Brice Lalonde. Aux législatives de 1993, surprise : un accord entre Verts et G.E. porte l’écologie politique très haut dans les sondages. Le rêve était atteint : au second tour ce n’étaient plus les écolos qui devraient choisir pour qui se désister, mais les autres partis contraints de voter écolo ! Leur groupe politique à l’Assemblée nationale devenait une évidence. Hélas, les sondages ont fondu comme neige au soleil et les Verts eurent comme seule consolation qu’ils éliminèrent Génération écologie. A partir de la présidentielle de 1995, avec Dominique Voynet en dirigeante nationale, les Verts se rallièrent enfin à l’union de la gauche sous le nom de « gauche plurielle ». Cet accord ne leur apportera que les miettes (avec le rêve toujours là du groupe à l’Assemblé nationale) laissées par le PS, jusqu’à faire de Dominique Voynet une sénatrice ; en contre-partie, ils perdent diverses franges électorales qui ne suivent plus. On n’échappe pas au jeu politique imposé par la Cinquième République ! Aujourd’hui, le parti de Chévènement en est au même point : après un ni droite ni gauche, partout il s’est fondu à nouveau dans l’union de la gauche.

 

Cette mort annoncée des Verts est pleine d’enseignements au-delà de la question du positionnement politique. La forme d’organisation qui s’opposait aux formes traditionnelles des partis, est également un fiasco. Les Verts ont voulu donner une traduction politique à un combat associatif, et en cela ils eurent quelques mérites puisque nous savons que les solutions à la crise de la planète ne peuvent être que politiques. Mais, comme d’autres militants, qui passent d’ATTAC à la vie politique, ils minimisèrent le poids des règles « politiciennes » et, en restant assis entre deux chaises (l’associatif et le politique), tombèrent dans l’incohérence. Pour les Verts allemands, le choix politique de départ (alliance avec la gauche) et le mode de scrutin permirent une survie que les conditions françaises ne pouvaient assurer.

Est-ce à dire que ce bilan ne peut rien apporter de neuf à la construction d’une force politique nouvelle ? Au contraire, l’explosion finale des Verts mérite mieux, pour ce parti, qu’une tombe au cimetière. L’émergence des Verts vient d’une incapacité de toute la gauche à traiter les questions écolos. Une force nouvelle se doit donc de charpenter sa stratégie sur une alliance entre question sociale et question écologique, alliance qui doit transformer totalement le rapport à la question sociale. Dans un autre domaine, le combat pour le droit à l’avortement fut à mes yeux, tout autant un combat féministe qu’un combat social : qui ne pouvait bénéficier du droit à l’IVG ? Les femmes ne pouvant se payer un voyage à NewYork ou Londres ! Le combat écolo ce n’est pas une touche de vert sur la question sociale, mais c’est radicalement changer les trois questions économiques de base : pourquoi produire ? que produire ? comment produire ?

Ensuite, sur le plan de l’organisation, les Verts ont démontré comment une démocratie interne pouvait conduire à la guerre des chefs (à petite échelle, la réplique de la situation du PS). Contre cet état de fait, certains prônent une organisation basée sur le consensus (qui ressemble en partie au centralisme démocratique). Une réflexion doit porter sur le type de statuts adapté au monde actuel (où l’individu a grandi en autonomie) et aux invariants de la vie politique : comment passer à l’action collective ? Dans le combat politique, le moment électoral est structurant même pour un parti comme la LCR qui le place en marge de ses activités, cette organisation n’ayant pas ou peu d’énergie à utiliser dans les institutions. Ce moment électoral impose des règles variables suivant les types d’élections (avec liste ou candidat individuel). Le problème n’est pas seulement autour du choix du candidat et autour du type d’alliance, il est tout autant dans l’articulation entre l’action dans les institutions, et l’action pour contrôler ces institutions. Par exemple : un vice-président Vert de la région Auvergne a démissionné pour tenir une promesse. Ce geste l’honore puisqu’il fait passer l’engagement politique au-dessus de la défense de ses intérêts personnels. Ce geste mérite d’être connu de toute une organisation pour qu’elle se prononce (même si un autre Vert le remplace). Le contrôle n’est pas l’exclusion du militant qui dérange, mais au contraire le soutien à celui qui défend une politique. Les facteurs porteront alors des lettres de félicitations à de tels militants qui honorent la cause qu’ils défendent (sans médaille mais avec les mots justes).

6-02-2008 Jean-Paul Damaggio


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