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Néolibéralisme ou keynésianisme rénové : la fausse alternative

Par Denis Collin • Archives • Mercredi 10/03/1999 • 0 commentaires  • Lu 3438 fois • Version imprimable


Au cours des deux dernières décennies, le débat politique s’est singulièrement rétréci. Au lieu des larges perspectives historiques, de l’opposition du capitalisme et du socialisme ou de la discussion sur la " convergence " des deux systèmes, c’est la défense ou la critique du néolibéralisme qui occupe l’essentiel du terrain.

 

Aux partisans de la déréglementation et de l’État minimum s’opposent les avocats de la re-réglementation et les défenseurs d’un néo-keynésianisme qui serait à même d’éviter le chaos où nous conduit l’instabilité systémique de l’économie mondiale. Quelles que soient les bonnes intentions des défenseurs d’un keynésianisme rénové, ce débat est largement un faux débat. Les deux groupes de protagonistes, les néo-libéraux et les néo-keynésiens, partagent un arrière-plan de croyances non questionnées qui déterminent les limites dans lesquelles peut s’exercer la critique. Ils se situent sur un terrain idéologique commun, celui de l’éternité des rapports capitalistes de propriété. Pour l’essentiel, la gauche traditionnelle est sur ce terrain. Lors d’un de ses derniers congrès, le Parti Socialiste l’avouait sans ambages : " le capitalisme borne notre horizon historique ". Quand la gauche de ce parti - le courant de la " Gauche Socialiste " - se prononce, en 1998, pour " l’économie sociale de marché ", c’est-à-dire la formule même de la démocratie chrétienne, lancée par le chancelier Ludwig Erhard, on mesure le chemin parcouru.

La critique du libéralisme est devenue presque aussi courante que la défense des thèses libérales. Il suffit qu’on réclame "moins d’État", "plus de flexibilité" et la "liberté du marché" pour être immédiatement classé parmi les libéraux, voire les "libéraux-libertaires". Pour le meilleur comme pour le pire. Viviane Forrester, qui s’est taillé une grande réputation avec un livre assez médiocre, déclare qu’elle n’est pas contre le capitalisme mais contre le libéralisme, point de vue partagé par une partie de ceux qu’en France on appelle parfois les " nationaux républicains ". Il n’est donc pas évident de parler d’une idéologie libérale dominante ; les adversaires du libéralisme sont assez nombreux et savent se faire entendre. En outre, le libéralisme peut difficilement être qualifié d’idéologie stricto sensu, si on réserve le terme d’idéologie pour le système des idées qui s’impose spontanément tout en se soustrayant à la discussion publique. Les partisans comme les adversaires du néolibéralisme croient, en effet, que la seule question qui vaille d’être débattue est de savoir jusqu’à quel point la régulation politique peut s’appliquer aux processus économiques. Mais la nature de ces processus économiques eux-mêmes échappe à la discussion. Par exemple, on propose une taxe générale sur toutes les transactions financières, pour taxer les excès de la spéculation, mais la domination du capital financier, le droit de l’actionnaire et du spéculateur à s’approprier le travail d’autrui voilà des questions qui fâchent et sont écartées a priori.

Je voudrais montrer 1) que la critique indifférenciée du libéralisme, credo commun des opposants à la pensée unique, ne vise aucun objet précis. Ensuite, 2) que le keynésianisme n’est une alternative au néolibéralisme que pour ceux qui se proposent de préserver le mode de production capitaliste, ou encore de surmonter les contradictions du capital sur la base du rapport capitaliste lui-même, bref pour ceux qui admettent comme postulat non questionné l’éternité des rapports sociaux actuels. Enfin, il deviendra possible 3) de tracer quelques pistes pour la construction d’une véritable alternative au mode de production capitaliste. Libéralisme économique et liberté politique Historiquement, le libéralisme, comme doctrine économique défendue par l’économie politique, et les philosophies de la liberté politique se sont développées à la même époque et s’inscrivent indubitablement dans le même mouvement qui conduit à briser les carcans de la société féodale. Cette concomitance ne suffit cependant pas à établir un lien logique. Le rapport entre liberté politique et libéralisme économique varie selon toutes les configurations possibles.

1. L’absolutisme politique est pensé comme moyen de favoriser la liberté du commerce et de l’industrie ; c’est la position que défendaient, en gros, les Physiocrates, inventeurs du " laissez faire ". C’est également le fond de la position défendue par Hobbes.

2. Le libéralisme économique est lié à une participation des nouvelles classes dominantes à l’exercice du pouvoir, ce que défendent les partisans de la monarchie constitutionnelle et les admirateurs du système anglais. C’est, par exemple, le courant dominant chez les penseurs des Lumières. De Montesquieu à Constant et Tocqueville, c’est un libéralisme qui n’est pas du tout hostile à l’État.

3. Le libéralisme économique suppose que moins l’État intervient dans l’économie, mieux cela vaut. L’Etat n’est qu’un mal nécessaire qui doit s’effacer devant réorganisation économique dans laquelle se réalise seulement la liberté. Pourvu que la propriété soit garantie, la forme politique de l’Etat est indifférente.

4. Le libéralisme économique a son complément dans la démocratie politique : l’égalité politique, les droits de l’individu et la liberté économique sont considérés comme inséparables. C’est la position défendue par Locke et les pères fondateurs des Etats-Unis.

5. Le courant républicain - dont Rousseau et Kant sont les figures emblématiques - est partisan du libéralisme économique, mais la liberté économique n’y est pas naturelle et dépend, au contraire, du fondement légal que lui donne le pacte républicain. Autrement dit, la liberté économique doit être soumise à la cohésion du corps politique. C’est ce courant qui trouve ses prolongements modernes chez Rawls, laquelle n’est possible que si certains principes de justice sont garantis.

6. Pour les démocrates anti-libéraux, la véritable démocratie demande que soient également abolis les privilèges de la propriété. On pourrait ranger dans cette catégorie les socialistes, comme Jaurès pour qui la démocratie jusqu’au bout est le socialisme, certains courants libertaires et sans doute Marx et Engels, du moins dans leurs écrits tardifs des années 1880.

7. L’État organique rationnel de Hegel semble se situer en dehors du cadre strict du libéralisme politique. Pourtant, sa position est, parfois, assez proche des libéraux français - comme Benjamin Constant. Mais deux autres versions sont également possibles en partant de la philosophie hégélienne du droit : une position sociale-démocrate keynésienne (pour une interprétation de gauche) et une position corporatiste voire fasciste, pour une interprétation de droite - sans, bien sûr, qu’on puisse rendre Hegel responsable de ses héritiers

Cette typologie reste certainement trop grossière. Elle a le mérite de sortir de la logique binaire assez fruste qui se contente d’opposer les bons libéraux, partisans de la liberté, et les mauvais étatistes liberticides, à moins qu’il ne s’agisse d’opposer les mauvais libéraux défenseurs de la dictature de l’argent aux bons égalitaristes. La configuration (1) est celle qui domine les dictatures monétaristes en Amérique Latine dans les années 70 et 80 ; elle se retrouve sans doute dans le régime " communiste " chinois et c’est dans cette voie que Fidel Castro engage, au moins partiellement, Cuba. La configuration (2) est dominante un peu partout ailleurs ; le libéralisme économique s’accompagne d’un gouvernement des élites, le peuple n’étant admis à ratifier les décisions prises par les classes éclairées qu’une fois tous les quatre ou cinq ans. La configuration (3), si elle n’est réalisée effectivement nulle part, garde une place de choix dans le complexe de l’idéologie dominante. Ce libéralisme économique suppose que les décisions collectives sont mauvaises par nature et que seules les décisions validées par le marché sont efficientes ; il peut donc devenir contradictoire avec l’idée même d’un espace politique, c’est-à-dire d’un cadre dans lequel les citoyens assemblés décident en commun de ce qui est bon pour eux. La configuration (4) n’est pas autre chose que la présentation officielle de la (2). La configuration (5) correspond à l’orientation d’un réformisme radical qui se voudrait une alternative au marxisme. La configuration (6) représente la tentative de combiner l’émancipation économique et l’émancipation politique ; on la distinguera de ce qu’est devenu au cours du XXe siècle le modèle social-démocrate, puisque dans ce modèle social-démocrate l’émancipation politique sera limitée, dans le meilleur des cas au simple parlementarisme et qu’il n’est pas question d’émancipation économique mais seulement de protection sociale contre les excès du capitalisme. Le modèle social-démocrate, quand il est sérieusement élaboré et ne se contente pas d’une gestion au jour le jour, pourrait se rapprocher de la configuration (7), c’est-à-dire celle d’un libéralisme organisé, y compris avec les déviations autoritaires, voire corporatistes qu’un tel modèle peut induire.

Parler du libéralisme en général, cela n’a donc guère de sens. Le libéralisme classique présente deux faces : d’une part, il est l’expression de ce grand mouvement de libération qui demande la reconnaissance de la pluralité des opinions, la liberté religieuse, la préservation du domaine privé des individus et le choix pour chacun de conduire sa vie comme il l’entend sans avoir à se soumettre à l’autorité du prêtre, du gendarme ou de la tradition, le droit pour les citoyens de participer à la décision politique et d’être protégés contre les abus du pouvoir. Ce mouvement a encore des prolongements modernes : la conquête de l’égalité juridique des femmes et des hommes, la lutte contre la censure sous toutes ses formes, les revendications concernant la liberté des mœurs sexuelles, la dénonciation du racisme sous toutes ses formes, la défense du " droit des gens " sous les espèces du soutien aux " sans papiers ", voilà autant de formes nouvelles d’un combat séculaire, dont les grands philosophes du XVIIe et du XVIIIe siècle sont les penseurs conséquents. La critique de ce libéralisme-là commence à se faire jour dans certaines fractions de la gauche où " la loi et l’ordre " deviennent les mots d’ordre principaux. Par exemple, faute de pouvoir maîtriser les flux de capitaux, on fait de la maîtrise des " flux de pauvres " la preuve de sa force " républicaine " et de son courage anti-libéral ; la lutte contre le " capitalisme sauvage " se transforme en lutte contre les " sauvageons ".

Le néolibéralisme dominant ne ressortit pas à ce libéralisme politique mais bien au libéralisme du premier genre, celui qui combine la liberté économique - c’est-à-dire l’absence de contrainte pour les capitalistes - avec, si nécessaire, un pouvoir fort. Mais la question se pose de savoir en quel sens il s’agit encore de libéralisme. Les étiquettes ici peuvent être assez trompeuses. L’idéologie est bien celle du libéralisme économique classique ; on s’appuie sur Smith et sa célèbre main invisible, on ressort des placards Say et sa calamiteuse loi de l’offre, la théorie de l’équilibre général de Walras et Pareto, revue et corrigée par Arrow et Debreu fournit l’indispensable caution scientifique - même si elles sont employées à contretemps et sans tenir compte des réflexions critiques développées par Arrow et Debreu eux-mêmes. Il s’agit, en réalité, d’un libéralisme purement instrumental : les thèses libérales classiques sont utilisées comme moyens de légitimer le démantèlement de la protection sociale et la liquidation des syndicats qui sont considérés comme d’insupportables entraves à la libre concurrence. Mais si le capital financier est libéral quand il s’agit de s’affranchir des contraintes que la lutte des classes et l’histoire mettent pour limiter sa propre puissance, il reste fondamentalement étatiste et monopoliste dans sa réalité fondamentale. Le néolibéralisme n’est pas l’expression d’une revitalisation du capitalisme libre concurrentiel du siècle précédent, il est d’abord la théorisation et la légitimation de la nouvelle phase de ce qu’il faut bien appeler l’impérialisme au sens de Hilferding et Lénine.

1. La concentration et la centralisation du capital ne sont pas des affirmations de l’auteur du Capital mais l’actualité quotidienne. Dans le pétrole, la pharmacie, l’automobile ou la chimie, il se ne passe pas une semaine sans qu’on annonce une nouvelle fusion ; ici c’est le numéro 1 qui rachète le numéro 3, là ce sont plusieurs constructeurs qui sont absorbés par l’un des géants. Les pratiques anticoncurrentielles se multiplient comme le montrent quelques affaires retentissantes dans le monde de l’informatique ; la firme Monsanto dépense des millions de francs en publicité pour les organismes génétiquement modifiés (OGM), ce n’est ni par fanatisme scientiste, ni par conscience écologiste ou pour en finir avec la famine dans le tiers-monde, il s’agit très précisément de contrôler de bout en bout toute la chaîne de la production en empêchant le petit paysan de réutiliser les semences qu’il peut produire lui-même. Les discussions sur la brevetabilité du vivant s’inscrivent dans le même contexte. Quant au développement tentaculaire d’une oligarchie financière largement parasitaire, il n’est pas besoin de lire le Lénine de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme pour s’en convaincre ; Georges Soros l’explique lui-même dans ses ouvrages.

2.Le stade actuel de l’évolution du mode de production capitaliste n’est pas celui de la "dérégulation" mais plutôt celui de la mise en place d’un nouveau mode de régulation et l’Etat a joué un rôle central dans la mise en place de cette nouvelle régulation. Le boom des marchés financiers a été rendu possible par la " titrisation " de la dette publique.

•La nouvelle politique monétariste (les " reaganomics ") initiée à la fin de la décennie 70 et au début de la décennie 80 a fait flamber les taux d’intérêts réels. Du coup, les titres de créance de la dette publique (bons du Trésor, etc.) sont devenus très intéressants puisque l’État a toujours les moyens d’honorer sa dette en puisant dans la poche du contribuable.

•Les privatisations du domaine public donnent un autre moyen d’alimenter la boulimie de la finance - on a pu comparer les privatisations menées au cours des deux dernières décennies au mouvement des " enclosures " par lequel la monarchie britannique et les landlords exproprièrent des millions de petits paysans pour les transformer en miséreux taillables et corvéables à merci pour les besoins du capitalisme naissant.

•L’État reste un outil indispensable pour briser le mouvement ouvrier. La défaite des mineurs anglais devant Margaret Thatcher constitue ainsi un événement politique essentiel pour comprendre l’histoire sociale anglaise et européenne depuis le début des années 80.

•Enfin une des fonctions centrales de l’État dans la régulation néo-libérale est la socialisation des faux frais du capital. Ainsi l’allègement des " charges salariales " est-il systématiquement organisé par la prise en charge d’une partie de ces " charges " par le budget de l’État sous la forme de revenus d’assistance en tout genre. Aux États-Unis, on a pu noter la curieuse concomitance de la baisse du taux de chômage et de l’augmentation de la fréquentation des soupes populaires. Cela signifie, en termes marxiens, que le prix de la force de travail est tombé au-dessous de sa valeur, puisque le salaire des couches inférieures du salariat ne permet même plus d’assurer la subsistance - la reproduction de la force de travail - du travailleur. Pour des raisons historiques, cela n’aurait pas été possible en Europe sans prendre le risque d’une conflagration sociale. C’est pourquoi, par le biais des préretraites, des allégements de charges, du RMI, etc., les États d’Europe occidentale continuent d’assurer un rôle décisif la régulation des relations sociales.

3. Loin de l’idéal d’un capitalisme libre concurrentiel dans lequel la réussite couronne l’esprit d’entreprise et l’ardeur au travail, c’est au contraire un capitalisme rentier qui domine toute l’économie contemporaine. Il est significatif que les principaux investisseurs soient des investisseurs institutionnels, au premier rang desquels figurent les fameux fonds de pensions. Il est encore à remarquer que la gestion de ces fonds de pension est hautement concentrée. Je ne développerai pas plus ce point ; mais au lieu des critiques convenues contre le " capitalisme sauvage ", il serait plus utile de montrer en détail comment le nouveau mode de régulation de l’économie pousse à leur paroxysme les tendances à la décomposition du capitalisme tardif (Spätkapitalismus).

Au total, l’anti-libéralisme manque doublement sa cible. En confondant sous le même nom une doctrine politique estimable et un mode d’organisation économique des plus injustes, il conforte l’argument essentiel des hérauts de la finance qui veulent confondre démocratie et liberté pour les capitalistes d’exploiter comme bon leur semble les deux sources de richesse que sont le travail et la terre. Comme, en outre, l’étiquette " libérale " est des plus trompeuses pour caractériser le mode de fonctionnement du capitalisme actuel, l’anti-libéralisme se révèle vide de contenu sur le terrain même de la critique économique.

L’ambiguïté du keynésianisme

L’anti-libéralisme se doit de proposer une alternative. C’est pourquoi l’interventionnisme keynésien est remis au goût du jour. Il faut pourtant commencer par remarquer que Keynes appartient incontestablement à la tradition libérale : il fut un libéral politique, c’est-à-dire un partisan d’un régime politique démocratique ; en tant que membre du groupe de Bloomsbury, il est un libéral dans le domaine des mœurs et de la culture ; enfin, sa théorie économique se situe entièrement à l’intérieur de. L’économie de marché et de la propriété capitaliste des moyens de production, même s’il refuse les dogmes de l’économie apologétique. Alors que les deux dernières décennies ont été marquées par une longue éclipse de la pensée keynésienne, il semble bien qu’on assiste aujourd’hui à leur reprise sous des formes variées - mais toujours très modérées au regard de la version originale. On ne peut guère comprendre la progression rapide des idées de Keynes dès avant la Seconde Guerre Mondiale et leur triomphe pendant le quart de siècle baptisé les " Trente Glorieuses " par, Jean Fourastié, si on ne revient pas d’abord à la conjoncture historique qui voit la victoire du keynésianisme comme théorie économique et comme pratique politique. La théorie keynésienne apparaît en effet d’abord comme la réponse à un double défi : d’une part, la crise profonde dans laquelle le mode de production capitaliste est entré dès avant la fin des années 20 et dont le krach de Wall Street en 1929 sera comme un point d’orgue ; d’autre part, la menace que la victoire de la révolution russe fait peser sur le " capitalisme historique ".

Cette double menace exacerbe les conflits et les luttes de classes. D’une part, les grands capitalistes, de plus en plus nombreux, se tournent vers le fascisme, en Allemagne et Italie, mais aussi, quoique plus timidement, en France. D’autre part, à la radicalisation de larges fractions du mouvement ouvrier correspond une véritable crise d’identité idéologique et morale au sein de la classe dirigeante, crise qui va, au sein de l’élite intellectuelle, de la prise de conscience de l’urgente nécessité des réformes jusqu’au ralliement pur et simple au marxisme et parfois à l’Union Soviétique. La réponse à cette double question s’oriente vers deux directions qui ne se confondent pas, mais dont la rencontre définira ce qu’on a appelé keynésianisme. On peut en définir ainsi les traits majeurs.

1. La recherche de la construction d’un capitalisme organisé : comme la grande crise semblait - conformément à l’analyse qu’en faisaient les marxistes - la conséquence de l’anarchie du mode de production capitaliste, anarchie dont la source est la libre concurrence, il était cohérent de rechercher un moyen de sauvetage du mode de production capitaliste dans l’organisation, sous le contrôle étatique, de la production. Une sorte de planification de la production était devenue inévitable et l’économie de guerre pendant la première guerre mondiale en avait donné le prototype.

2. Une organisation systématique de la demande : le postulat libéral - en fait le postulat de Say et non celui des pessimistes comme Ricardo - affirme que l’offre finit toujours par trouver la demande qui lui correspond. Keynes combat cette théorie et lui oppose que, laissé à lui-même, le marché tend toujours à rendre la demande insuffisante et cette insuffisance de la demande est à l’origine du chômage. Or, le chômage endémique constitue le fléau le plus terrible du mode de production capitaliste et nourrit les crises, à la fois par ses effets dépressifs sur l’ensemble du système et par ses contrecoups politiques. Donc, vaincre le chômage, fût-ce au prix de l’inflation devient la tâche centrale de la nouvelle économie politique proposée par Keynes. Le maintien d’un haut niveau de la demande, par les dépenses publiques et par une politique salariale plus " laxiste " devient ainsi la priorité absolue. Là encore, les commandes publiques liées à l’économie d’armement montraient la voie à suivre ; quant à la politique salariale, c’est Henry Ford, symbole même du capitalisme conquérant, qui devait prêcher le nouvel évangile : une haute productivité du travail liée au développement de l’organisation scientifique du travail (OST) devait se combiner avec des salaires relativement élevés permettant à la fois d’attacher les ouvriers à l’entreprise, de limiter les conflits sociaux coûteux et de contribuer du point de vue macroéconomique à une demande soutenue de produits de consommation, à condition que les autres patrons s’engagent dans cette voie... Ce keynésianisme idéal n’est évidemment qu’une reconstruction a posteriori, en faisant la synthèse de multiples initiatives et de plusieurs tentatives menées sans plan concerté et sous la pression des circonstances.

La première application à grande échelle de ce modèle keynésien a été la politique du New Deal conduite par le président Roosevelt. Mais cette politique n’a pas donné de miracle : le redressement économique a été lent et s’est vite essoufflé. Les conditions de délabrement de l’Europe, la menace révolutionnaire à la Libération dans des pays comme la France ou l’Italie puis la guerre froide, ce sont autant d’éléments qui conduiront les pays occidentaux à adopter des politiques économiques convergentes sous la houlette des États-Unis, initiateurs du plan Marshall. Cette politique économique présente quelques traits bien connus qu’on doit rappeler brièvement :

1. La volonté de réguler le cycle des affaires, à partir de la prise de décision politique, dans le but de prévenir les profondes crises du type 1929. La réussite dans ce domaine a été assez inégale. Si la croissance est assez soutenue en France ou en Allemagne, c’est moins vrai des États-Unis qui conservent un cycle de croissance et de stagnation de quatre ans environ pendant toute la période des " Trente Glorieuses ".

2. Le soutien à la demande par des commandes étatiques importantes : grands travaux et investissements dans la recherche et la haute technologie. La reconstruction d’une Europe dévastée par la guerre, tout autant que l’impuissance propre des grands groupes capitalistes européens demandent que l’État se substitue à l’initiative privée défaillante.

3. Une ébauche de planification dont de Gaulle proclamera " l’impérieuse nécessité " ; les nationalisations, parfois très étendues comme dans le cas de l’Autriche, de la Grande-Bretagne et de la France ou de l’Italie, servent ce propos.

4. Une tentative d’encadrer la lutte des classes : d’une part, on planifie une certaine hausse du niveau de vie de la classe ouvrière et la satisfaction de vieilles revendications dans le domaine de la protection sociale, d’autre part, il y a intégration croissante des syndicats à la gestion d’ensemble de l’économie à la fois sur le plan des négociations avec la mise en place en place de toutes sortes de procédures d’arbitrage obligatoire et sur le plan de la gestion directe du social ou par le biais de la cogestion, comme en Allemagne.

5. Un mode de croissance qui privilégie la production et le progrès technologique sur la maximisation du profit. C’est le manager qui commande et non plus l’actionnaire dont le keynésianisme programme l’euthanasie. J.K. Galbraith fera la théorie de ce nouveau mode d’accumulation du capital.

6. Le développement du commerce et de la " mondialisation du capital ". C’est la mise en place de la CECA puis du Marché Commun ; c’est l’intégration de l’agriculture européenne arriérée au marché mondial par le biais de la politique agricole commune (PAC) ; c’est enfin la levée progressive des obstacles douaniers et de tout ce qui restreint le commerce transatlantique. Ce dernier point peut sembler contradictoire avec la doctrine keynésienne qui suppose un développement relativement autocentré et dont les remèdes ne fonctionnent bien que dans une économie pas trop internationalisée.

Il faut cependant se garder des illusions rétrospectives. Pour une part, cette politique a bien été concertée, mais pour une autre part, elle n’est que le résultat des luttes de classes et de l’enchevêtrement des circonstances historiques extérieures, dont le conflit entre les " deux camps ". Les grands acquis sociaux naissent de la situation de 1945 - c’est le cas de la Sécurité Sociale - mais vite il s’agira de les limiter voire de les remettre en cause : le problème de la Sécurité Sociale ne date pas du plan Juppé mais des ordonnances gaullistes de 1967. Pour comprendre les progrès du niveau de vie de la classe ouvrière, on ne doit pas oublier les grandes grèves de 1947 et 1953 en France, ni que l’État providence atteint son apogée après 1968. On ne doit pas oublier non plus que les réussites des " Trente Glorieuses " paraissent d’autant plus impressionnantes qu’on part d’une destruction proche parfois de la tabula rasa - Roosevelt se proposait de réduire l’Allemagne à l’état de champ de pommes de terres !

Si quelques-uns des aspects essentiels de la politique keynésienne sont abandonnés au cours des années 70, cela tient au fait que ses coûts sociaux commencent à devenir insupportables pour une économie capitaliste confrontée à une sérieuse crise de profitabilité et au déclin des gains de productivité du travail. Tant que la productivité croit fortement, on peut vivre à crédit : demain paiera les dépenses d’aujourd’hui. Mais au début des années 70 - un peu plus tôt d’ailleurs pour les Etats-Unis - le mode de régulation keynésien a épuisé ses effets. Les gains de productivité sont plus maigres et les profits chutent dangereusement. Une réorientation s’impose qui, petit à petit, aboutit au " reaganomics " et à la vague néo-libérale.

Si la pensée de Keynes fournit des outils théoriques qui aident à comprendre les crises du mode de production capitaliste, par exemple par sa critique de la loi de Say, en aucun cas elle ne peut constituer une alternative au néolibéralisme ni encore moins une solution globale aux problèmes angoissants que soulève l’évolution économique et sociale à l’échelle de la planète. À cela, il y a plusieurs raisons dont la principale est que le keynésianisme partage les mêmes présuppositions fondamentales que le néolibéralisme : en dehors de la propriété capitaliste, point de salut. La différence porte uniquement sur le mode de gestion de ces rapports sociaux capitalistes. À partir de là, il faut accepter d’en payer le prix. Le keynésianisme permet de réguler le capitalisme à condition de pouvoir enserrer la lutte de classes dans les limites permises par la nécessité impérieuse de l’accumulation du capital. C’est pourquoi il suppose un système de collaboration de classes, c’est-à-dire un système dans lequel le mouvement ouvrier participe directement à la mise en œuvre des objectifs capitalistes généraux. Le principe des " contrats de progrès " proposés dans les années 70 par le gouvernement Chaban-Delmas en France était keynésien par excellence : les progressions salariales étaient subordonnées par convention à la progression de la productivité de l’entreprise et la paix sociale devait être garantie par des clauses antigrèves. C’est précisément parce que la lutte de classes n’a pas pu être contenue dans le carcan des contrats de progrès (dont tous les pays d’Europe offrent des exemples variés), c’est parce que les grèves sauvages se développent à la fin des années 60 et au début des années 70, que les capitalistes renoncent progressivement à l’ancien mode de régulation et s’orientent vers une politique qui vise à une transformation radicale des rapports entre les classes sociales.

Ajoutons que la forme historique démocratique - et même social-démocrate - que le keynésianisme a prise n’était pas la seule possible. La politique économique du ministre nazi de l’économie, le Dr Schacht, était également inspirée des recettes keynésiennes et, en 1936, lors de la publication de sa Théorie générale en langue allemande, Keynes lui-même devait féliciter le nouveau régime pour ses succès dans la reprise de la croissance... Un keynésianisme autoritaire et anti-social, voire plus ou moins corporatiste, reste une possibilité, et il n’est pas aberrant d’imaginer que certaines fractions des classes dirigeantes y songent.

Ainsi, la tentation " keynésienne " d’une frange importante de la gauche radicale est-elle, au mieux, une pure utopie, au pire la source de confusions dangereuses - de l’intervention de l’État à l’encadrement autoritaire des relations sociales, il n’y a, parfois, qu’un tout petit pas. Malheureusement, la gauche radicale semble incapable de penser une issue à la situation présente en dehors de la croyance magique en la toute puissance bénéfique de l’intervention étatique. Pierre Bourdieu, qui est devenu le véritable maître à penser de la gauche radicale, dénonce " l’utopie néolibérale ". Il voit dans l’évolution économique des deux dernières décennies la mise en œuvre résolue d’un programme concocté par les théoriciens du néolibéralisme. Le trait principal de ce néolibéralisme serait, selon lui, l’affaiblissement voire la destruction de l’État au profit de l’économique. Du même coup, on comprend bien sa proposition centrale pour mettre fin à " la masse extraordinaire de souffrance que produit un tel régime socio-économique " : Il s’agit de " faire une place spéciale à l’État, État national ou, mieux encore, supranational, c’est-à-dire européen (étape vers un État mondial) capable de contrôler et d’imposer efficacement les profits réalisés sur les marchés et surtout de contrecarrer l’action destructrice que ces derniers exercent sur le marché du travail ". Tout d’abord, cette proposition présuppose, en matière de philosophie politique, une conception purement instrumentale, fonctionnaliste, de l’État, qui fait l’impasse sur la nature de classe de l’État. Conception, qui, curieusement, est aussi celle qui domine la " pensée unique " : l’Etat n’est qu’un outil, un outil d’organisation de la liberté des marchés, un outil de contrôle des marchés pour les autres, mais dans tous les cas un outil. C’est bien pourquoi on peut envisager sans rire un " Etat mondial ". On retrouve, en deuxième lieu, la problématique centrale de tous les partisans de l’Europe de Maastricht : il faut plus d’Europe pour contrôler les marchés et une monnaie unique pour n’être point soumis aux intérêts américains et aux fluctuations du dollar. Ainsi, Pierre Bourdieu circonscrit entièrement ses critiques à l’intérieur du champ déterminé par ses adversaires. L’État est transformé en dispositif de contrôle technique de l’économie et la question de la souveraineté est évacuée. La position de Bourdieu est cohérente avec le projet social qui sous-tend son analyse. Pour lutter contre la misère du monde, il faut contrôler les excès du mode de production capitaliste, mettre en place des contre-pouvoirs ou conserver ceux qui existent. Mais la question des rapports de propriété est tout simplement mise de côté.

Ces propositions ne restent pas purement théoriques. C’est pourquoi la plus grande partie de la gauche radicale s’est ralliée au projet de la taxe Tobin, défendue par l’association ATTAC, impulsée par l’équipe du Monde Diplomatique, des gens comme l’économiste de Charlie Hebdo, Bernard Maris, des représentants de " AC ! ", etc. Cette association se donne pour but la mise en œuvre de la taxe dite " taxe Tobin ", du nom de son prix Nobel de promoteur. Il s’agit de taxer (faiblement) toutes les transactions financières sur le marché mondial afin de décourager les spéculateurs et de laisser la place à l’économie de marché saine. Inutile de revenir sur le postulat idéologique qui sous-tend tout cela : l’opposition entre un capitalisme sain, celui de la production, et un capitalisme malsain, celui de la spéculation financière. On sait, pourtant, que la spéculation va de pair avec le mode de production capitaliste, qu’elle en est une expression essentielle. La taxe Tobin ne pourrait s’appliquer que si les grandes puissances mondiales étaient prêtes à l’appliquer - par exemple son application à la seule France ne pourrait être qu’une étape vers l’établissement monopole du commerce extérieur et une remise en cause fondamentale des rapports capitalistes, faute quoi la taxe Tobin finirait par pénaliser le pays isolé qui déciderait d’appliquer. En réalité, comme il n’est pas question de s’engager dans cette voie aventureuse, on demande seulement l’application de la taxe Tobin par un groupe de gouvernements comme le G7. Autrement dit, on veut réguler le capitalisme par l’association internationale des gouvernements capitalistes ; il faut donc, pour réguler le capitalisme, que les capitalistes soient convaincus de la nécessité de se donner une nouvelle. Par conséquent, la taxe Tobin est la solution à un problème qu’il faut supposer déjà résolu pour qu’elle puisse s’appliquer. Sortir de l’impasse

Cessons donc de penser néolibéralisme et keynésianisme comme deux théories opposées et comme la matrice incontournable de toute discussion historico-politique ; il s’agit de variantes de la " pensée commune ", c’est-à-dire de ce que Marx appelle l’idéologie dominante - qui n’est jamais que l’idéologie de la classe dominante. À trop prendre l’idéologie au sérieux, on finit par décrypter toute réalité à travers la grille de l’idéologie et on laisse dans l’ombre ce que l’idéologie a pour fonction de laisser dans l’ombre. L’anti-libéralisme en guise de critique radicale voue les citoyens à l’impuissance. D’un côté, on affirme, à juste titre, que la situation actuelle est intolérable ; mais en même temps, on doit confesser qu’on n’a pas de véritable alternative à proposer. Cette critique a beaucoup à voir avec l’incapacité de toute une partie de la gauche à tirer jusqu’au bout les leçons de l’histoire de l’URSS. Les politiques néo-libérales ont été imposées par des coups d’état (Chili) ou sous la pression directe des institutions (FMI, BM), mais, dans les grands pays à peu près démocratiques, elles sont aussi en partie choisies par les citoyens. On peut dire que les citoyens sont des abrutis ou sont abrutis par les médias et se contenter de lancer des prophéties et des excommunications. Mais il serait beaucoup plus intéressant de se demander quelles sont les " bonnes raisons " qui ont poussé les salariés à accepter, peu ou prou, ce néolibéralisme quitte à en limiter les effets les plus dévastateurs par de grands mouvements sociaux (1995 en France, grève chez UPS aux États-Unis) ou par de nouvelles stratégies de résistance. On s’apercevra peut-être que ce n’est pas sans rapport avec les " bonnes raisons " qui ont conduit les principaux bénéficiaires des " conquêtes du socialisme " à appuyer massivement le renversement des régimes de l’URSS et des pays d’Europe centrale et orientale. Le " socialisme scientifique " avant de s’être révélé particulièrement inefficace sur le plan économique - ce qui n’a pas toujours été le cas dans le passé - était d’abord un régime despotique, établi par la terreur et la toute puissance de la police politique et il n’y a pas d’égalité et de justice sociale possibles sans une égale liberté pour tous et sans la possibilité pour chacun de rechercher son bonheur là où bon lui semble. De la même façon que la fin du " socialisme réel " a été précipitée par le mouvement des masses populaires qui étaient censées en bénéficier, on peut dire aussi que la fin du régime keynésien a été précipitée par la résistance plus ou moins concertée des salariés et principalement des ouvriers à ce qui leur apparaissait de plus en plus comme un carcan. C’est la révolte des OS à la fin des années 60 et au début des années 70 qui indique que le régime d’accumulation fordiste/taylorien est arrivé au bout de ses possibilités. En Italie comme en France, est apparu un mouvement visant à l’auto-organisation ouvrière, en rupture le plus souvent avec l’encadrement syndical et les contraintes rigides qu’imposait le compromis keynésien. Cette résistance est une des causes de la baisse du taux de profit qui se trouve à l’origine du retournement économique et de la réorientation stratégique du capital. Faute de débouché politique, ce mouvement n’a pu que se replier, voire s’adapter à la nouvelle donne. Mais personne n’est véritablement prêt à retourner en arrière et à revenir à un mythique âge d’or des années 50/60. Dans cette conjoncture complexe, on peut facilement comprendre pourquoi les politiques keynésiennes ou néo-keynésiennes se sont effondrées aussi rapidement : par exemple, le " socialisme à la française " des premières années de Mitterrand ou l’apparition éclair de Oskar Lafontaine à la direction de l’économie allemande.

Le socialisme ouvrier traditionnel, celui des origines à Marx inclus, n’est pas un anti-libéralisme et, cent cinquante ans après le Manifeste, on se gardera bien de le confondre avec les diverses variétés de socialisme réactionnaire et petit-bourgeois. Ce socialisme-là était l’aspiration des prolétaires à étendre à la sphère économique les principes de liberté et d’égalité conquis dans la sphère politique, bref, en forçant un peu le trait, à faire rentrer le " libéralisme politique " dans le " système des besoins ". Ce n’est pas une idée très différente que défend John Rawls, affirmant qu’il faut étendre le champ du contrat social à la détermination des positions sociales et des revenus garantis à chaque citoyen. Alors que le mouvement ouvrier se situait ainsi dans la continuité du grand mouvement émancipateur des temps modernes, les aléas de l’histoire ont souvent conduit les socialistes à l’alliance avec les ennemis de leurs ennemis et donc à confondre le socialisme ou le communisme (" les producteurs associés " disait Marx) avec l’étatisme anti-libéral, bref à passer de Marx à Lassalle et Lassalle aux positivistes socialistes, défenseurs non des opprimés contre les oppresseurs, mais de l’organisation scientifique de la société par les experts. Mais il faut dire clairement qu’on ne sortira pas de la crise présente en se repliant sur les vieilles lunes d’un système d’intervention étatique qui a d’abord été conçu pour sauver le capitalisme en perdition.

Si c’est le capitalisme et non le libéralisme qui pose problème, il ne s’agit pas de donner une solution économique aux inégalités et aux crises qu’engendre le nouveau mode de régulation du capitalisme. C’est le problème de la justice sociale et de l’égalité qui est posé parce que, les miracles keynésiens évanouis, la contradiction entre le rapport sociale capitaliste et les principes de justice est redevenue une question mortelle. Il s’agit plus fondamentalement de remettre en cause la séparation de l’économique et du politique et l’autonomie croissante de l’économique, lui-même entièrement soumis aux impératifs financiers. Il n’y a pas de liberté politique réelle tant que la sphère de la production matérielle de la vie est soumise à une pseudo loi naturelle qu’il faudrait se garder de contrarier en quoi que ce soi. Mais, il n’y a pas non plus d’émancipation sociale sans émancipation politique, sans que soit affirmée la priorité du juste dans toutes les institutions de la société et sans le développement de l’autonomie des individus et de leur possibilité d’intervention réelle dans la sphère où se décident leur destinée.

Denis Collin - Février-Mars 1999


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