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Nicaragua siempre !

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Mardi 22/07/2008 • 0 commentaires  • Lu 1295 fois • Version imprimable


19 juillet, un anniversaire ! En 1979, les Sandinistes prenaient le pouvoir à Managua. Carlos Mejía Godoy était la vedette de la chanson révolutionnaire. En 2006, le FSLN d’Ortega reprenait le pouvoir mais aujourd’hui Carlos a interdit tout usage de ses chansons par le FSLN ! Des milliers de manifestants viennent de s’insurger contre la suppression du parti de Carlos qui pourtant n’a pas jusqu’à ce jour fait de l’ombre au FSLN. Mais le FSLN déçoit : les promesses ne sont pas tenues. Ortega n’est pas le seul coupable : il y a la crise énergétique. Mais il veut rester au pouvoir à n’importe quel prix.

Cette nouvelle histoire du FSLN commence le 8 novembre 2006, quand, au plus haut avec 38% des voix électorales, la famille Ortega jubile. Daniel revient à la présidence de la république grâce au mode de scrutin. La droite perd... avec 55% : ses luttes internes lui ont été fatales. La vérité du scrutin nous vient par le nouveau vice-président d’Ortega : Morales Carazo, un libéral parmi les libéraux qui, auparavant, travailla pour la droite avec Aleman (ex-président de la droite dure en résidence surveillée suite à une condamnation pour corruption) et aussi avec la Contra (la main armée par les USA pour tuer la révolution sandiniste). Cette « réconciliation » complète l’alliance du FSLN avec le cardinal Obando. Le FSLN, le parti de quelques nouveaux riches, est devenu le symbole à gauche d’un double discours : des pratiques politiques de droite et un discours très radical avec Chávez, Castro, Morales ; un discours qui cependant ne l’empêche pas de rester au chaud au sein de l’Internationale socialiste.

Le 8 novembre 2006, un ami était à Managua où il suivit un débat à quatre, autour d’une table à la nappe orange comme le tee-shirt de la seule femme présente, Dora María Téllez qui parle à côté de Edmundo Jarquin, le candidat du MRS (mouvement pour la rénovation du sandinisme). Seulement 6% pour leur parti, c’est pas brillant ! Dora, symbole du sandinisme audacieux de la révolution, en a vu d’autres et ne baissera pas les bras. A la droite de la table, Carlos Mejía Godoy semble avoir la tête dans ses chansons. La famille Godoy, c’est une légende dans le pays. A Managua, ils ont ouvert en 1998 « La Maison des Mejía Godoy », car à côté des chanteurs Carlos et Enrique, il existe aussi les dessinateurs et peintres Chico et Armando. Dans cette élection, avec d’autres figures du sandinisme comme Ernesto Cardenal, il a décidé de soutenir le MRS jusqu’à accepter la place de candidat à la vice-présidence. Fera-t-il une chanson pour expliquer l’échec ? Fallait-il écouter le journaliste d’El País, Francisco Peregil, pour qui la position de Jarquin en faveur du maintien de la loi minimum d’IVG fut une erreur (Obando et Ortega s’unirent pour interdire tout avortement !). Il écrivit : « Jarquin a fait une déclaration en pleine campagne électorale qui, suivant ses partisans, a pu lui coûter beaucoup de votes dans un pays d’importante tradition catholique ». Les sondages lui donnaient entre 10 et 15% et comme le PSOL au Brésil (le parti voulant reprendre le flambeau de gauche du PT) le résultat est là : 6%.

Non seulement la sociale-démocratie est en crise mais la recherche d’alternative aussi, d’autant que le MRS, sur le plan social, était plutôt centre-gauche alors que le PSOL se voulait très à gauche mais anti-avortement. Articuler combat social et combat laïque serait-il impossible ?

Ortega vient d’interdire à l’approche des prochaines municipales le MRS, et un parti conservateur. Le soutien à Ortega est devenu très faible, mais, conformément à l’alliance passée avec le parti de Aleman, il préfère que les déçus se jettent dans les bras de la droite plutôt que dans ceux d’un autre parti de gauche. Bien sûr, les USA qui sont à la fois contre Aleman et Ortega, sont présentés comme les manipulateurs du MRS. Le tableau n’est-il pas alors décourageant ? Après Haïti, le Nicaragua est le pays le plus pauvre des Amériques, aussi, économiquement, il ne représente rien pour les grands de ce monde. Mais politiquement, une révolution avait attiré les regards de beaucoup de lutteurs sur la planète. Cette révolution fut atypique en unissant marxistes et chrétiens. Au sein du peuple, elle n’a pas dit son dernier mot. Aussi tout est bon pour jeter de la confusion sur les consciences. Mais les chansons de Carlos restent comme un drapeau d’humanité prêt à secouer encore le monde.

Nicaragua libre !

19 juillet 2008 Jean-Paul Damaggio

Jean-Paul DAMAGGIO

 


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