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Penser une nouvelle force politique

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Samedi 17/05/2008 • 0 commentaires  • Lu 740 fois • Version imprimable


J’ose prétendre qu’au cœur même de sa phase stalinienne le PCF fut aussi divers qu’aujourd’hui. Cette affirmation ne se veut ni provocatrice ni anecdotique mais stratégique quant à la construction d’une force nouvelle à gauche. La différence entre 1933 et 1983 (pour prendre deux dates) tient au statut public de la dite diversité. En 1933 le débat faisait rage au sein du PCF mais la façade publique devait être lisse. A partir de 1983, le PCF n’exclut plus personne et, paradoxe, le débat en son sein commence à se réduire. La publication sur l’Humanité des débats internes au Comité central est devenue plus triste que la traditionnelle publication du rapport produit par les instances dirigeantes.

C’est à partir de 1968 le PCF commence à évoluer en cédant face à l’adversaire et non en réinventant sa propre histoire. Avec les années 70, il officialise l’abandon de la dictature du prolétariat sans rien proposer de clair à la place, et quant à son abandon du centralisme démocratique, il annonce lui-même sa plongée dans le brouillard. Comment une organisation peut-elle envoyer dans les poubelles de l’histoire un mode de fonctionnement sans en instituer un autre ?

La question du stalinisme n’est donc pas le rapport interne entre monolithisme et diversité mais entre intérieur et extérieur. Si l’extérieur du parti est considéré comme la propriété exclusive de l’adversaire de classe alors il faut admettre la vieille tendance blanquiste à la clandestinité (ce qui va très bien réussir au PCF dans la Résistance). Si l’extérieur du parti c’est le lieu même de la lutte des classes alors il est vain de penser que cette lutte ne traverse pas en interne le parti en question. La réalité de l’histoire a parlé : le PCF a autant été traversé par la lutte des classes (et des clans) que son action n’a influé sur la dite lutte des classes et des clans.

 

Pendant longtemps le PCF a utilisé les compagnons de route mais suite aux échecs successifs M-G Buffet avance l’idée de co-organiser l’action politique d’où l’effort gigantesque pour faire croire que sa candidature à la présidentielle n’était rien d’autre qu’une candidature commune de collectifs unitaires dont la très grande majorité se sont évaporés aussi vite qu’ils étaient nés. La nouveauté de cette stratégie de M-G Buffet a été de vouloir donner sens au slogan connu : « notre diversité c’est notre richesse ». Or la « diversité » n’est propre à personne sauf à croire qu’au sein du MEDEF tout est simple ! Cette stratégie de la fausse « diversité » n’a fait que continuer celle qui existe depuis 1968 : céder face à l’adversaire en espérant que tel ou tel abandon permettra de renouer avec telle ou telle couche sociale. Donc le PCF n’était plus monolithique mais officiellement divers !

Est-ce que je dis vrai quand je prétends que ce point concerne la construction d’une force nouvelle ? Sa richesse ne sera pas sa diversité arc-en-ciel (voir l’échec cuisant des amis italiens), ni son identité pure (voir la LCR) et encore moins les deux en même temps. Même à l’ère du bipartisme unique la diversité politique continuera d’être une des réalités les mieux partagées par tous. Même au FN le débat n’a jamais cessé de faire rage et quant au PS, plus il devient hégémonique plus les divisions internes sont au couteau mais sans enjeux autres que personnels, tandis que le PCF, plus il devient marginal et plus les divisions internes sont au couteau sans enjeux clairs.

Je n’écris pas cet article sous l’effet de la médiatisation phénoménale d’Olivier Besancenot en mal de création de son NPA mais sous l’effet du décès d’un vieil ami communiste qui savait allier fermeté et ouverture et qui, à lui seul, fut une stratégie exemplaire (mais ignorée) du PCF. Il n’avait réussi cette alchimie que parce qu’il avait su transformer la croyance communiste en conviction communiste. C’est là qu’on retrouve une fois de plus la grande question de la laïcité. Tout comportement religieux (la croyance dans le chef, dans le parti etc.) transformé en règle de vie, c’est la garantie qu’on déserte le combat de classe pour le combat de caste. Par contre, quand la laïcité met à distance la croyance au bénéfice de la conviction, alors la stratégie alternative se construit sans croire qu’il y a un atout à espérer de tout recul face à l’ennemi, mais que nos seuls atouts sont à chercher dans nos propres forces. La richesse n’est plus alors dans la diversité ou l’identité (deux formes des maux politiques classiques que sont l’opportunisme et le sectarisme) mais dans la recherche de la part de réel porteuse de révolution.

Par exemple, la très grande majorité du peuple en a plein de cul de l’omniprésence de la publicité et Sarkozy en déduit : interdisons la pub sur la télé publique pour que la télé privée s’en sorte mieux ! Il met un pavé dans la mare et tant pis si demain le pub reste partout en place ! Que peut faire une force nouvelle à gauche ? Dire merde à la pub, et si ça doit mettre à bas tout un pan de la vie économique, nous serons mieux de quelle vie parasitaire il s’agit ! Un nouvelle force a besoin d’être radicale là où le mal fait rage aujourd’hui. Un Paris Match de 1968 était à l’abri de la pub. A présent il est noyé dans la pub. La lutte contre la pub (c’est aussi une façon de lutter contre le trou de la sécu par exemple) ne sera ni l’identité d’une nouvelle force ni la preuve de son ouverture à la diversité revendicative, mais un des leviers révolutionnaires dont tout le monde cherche la couleur. Dans notre effort de reconstruction populaire je pense plus à ce vieux camarade qui demande des funérailles discrètes qu’aux lustres des caméras que la droite sert sur un tapis à Besancenot. Je connais le vieux principe : si on peut se servir des moyens de l’adversaire pour faire avancer la critique de l’adversaire, allons-y. C’est même la stratégie de Nicolas Hulot (mais est-elle sincère ?). L’adversaire est toujours plus rusé que nous si on va sur son terrain et la juste fin ne justifie pas l’usage de n’importe quels moyens. Voyez comme on retombe sur des questions philosophiques classiques !

Cette force politique à naître doit s’inventer les leviers « offerts » par l’adversaire. Et y compris dans sa forme d’organisation. En cela le seul appel utile de personnalités doit en appeler à l’ORGANISATION sous peine de continuer d’alimenter le brouillard qui malheureusement n’embrume pas que le PCF.

18-03-2008 Jean-Paul Damaggio


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