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Pérou : Victoire du poncho

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Lundi 06/06/2011 • 2 commentaires  • Lu 1193 fois • Version imprimable


Le symbolique d’une présidentielle

La victoire d’Humala au Pérou a plus valeur de symbole que de réalité vu que le nouveau président n’a pas la majorité au Congrès. Le symbole importe cependant beaucoup. L’élu, à figure indienne (comme Morales), est resté debout face aux diverses tempêtes et à l’avalanche d’infamies. Jusqu’au dernier moment, l’association patronale a déversé des messages en faveur de Keiko, le cardinal Juan Luis Cipriani a cessé d’être cardinal pour se faire propagandiste et dans un pays profondément catholique ça compte, l’essentiel des médias ont joué la carte Fujimori, autant de pouvoirs en guerre contre les ponchos. La victoire récente de la gauche à la mairie de Lima était cependant de bon augure et pouvait inciter Humala à garder son calme, même si depuis son accession à la mairie Susana Villarán est fortement contestée.

Ceci étant, la surprise est venue de Vargas Llosa qui, en le soutenant fermement, a donné une autre image à Humala. Il a entraîné avec lui l’ancien président Toledo rejoignant enfin le chef du parti nationaliste. Humala avait besoin de cette couleur « classe moyenne » pour gagner les petits points indispensables à la victoire, tout en gardant le cap d’une stratégie populaire sans être populiste. Son premier discours de président confirme cette démarche sans grandiloquence mais proche du peuple. Depuis cinq ans, il a été un opposant sérieux au président en place et, avec Keiko Fujimori comme adversaire, il avait une tâche électoralement plus facile que face à un candidat centriste.

 
Quel gouvernement demain ?

Un Vargas Llosa (le père ou le fils) au ministère de la culture ? D’ici au 28 juillet, date de la prise de fonction, les tractations vont aller bon train entre les diverses forces qu’Humala a pu unir et c’est seulement à ce moment là que les observateurs découvriront jusqu’à quel point Humala souhaite une politique de gauche. Au premier tour, il avait promis une constituante (comme au Venezuela, en Equateur et en Bolivie) dont il abandonna le principe. Pour le moment, élu pour cinq ans (au Pérou la Constitution interdit deux mandats successifs pour le président), il va devoir organiser avec minutie sa stratégie. Entre ceux qui penchent pour un durcissement de la prison de Fujimori, et les adeptes d’un peu de clémence envers le champ adverse, le gouvernement va devoir équilibrer les tendances.

 
Quelle politique pour le Pérou ?

Si, suivant la formule consacrée nous vivons dans « un monde fini », au Pérou l’existence de onze projets miniers nouveaux dans divers domaines (or, argent, cuivre, fer…) incite à penser en un développement économique important. Avec cependant des luttes pour refuser les dégâts considérables produits par de tels chantiers. Le taux de croissance de 6% en moyenne ne bénéficiait pas au peuple donc une politique de redistribution est possible mais jusqu’à quel point ? Les pouvoirs économiques vont-ils fuir cette zone à risque ? Comme sur le plan politique, Humala a mis de l’eau dans son vin comme dans son programme économique, aussi, ses projets de nationalisation sont en veilleuse, donc les craintes les plus dures pourraient venir d’ailleurs. Il a profité de son premier discours de président pour rendre hommage à cinq militaires tués récemment dans une embuscade du crime organisé et il a alors indiqué : « D’ici j’annonce que nous ne laisserons pas en paix les forces terroristes ». Le Pérou vient de ravir à la Colombie le titre de premier producteur de cocaïne des Amériques. Le crime organisé peut-il déstabiliser le nouveau président ?

 
Le symbole final

Puisqu’aujourd’hui nous en sommes surtout à l’heure des symboles, je retiens celui-ci, porteur d’une contradiction qui nous rappelle que le Pérou est atypique aux Amériques.

L’écrivain José María Arguedas, défenseur de la culture des indiens, serait heureux de découvrir que pour le centième anniversaire de sa naissance, un indien accède enfin à la présidence de la république de son pays, mais comment expliquer qu’au même moment, l’écrivain Mario Vargas Llosa, qui l’a traité d’utopiste archaïque dans un livre crucial, entre, comme chroniqueur, dans le journal de gauche La Republica ?

Pour les internautes c’est une chance, car ce journal étant accessible gratuitement, nous pouvons désormais lire sa chronique hebdomadaire (publiée aussi dans El Pais), donc celle de ce 5 juin historique au Pérou : Napoleón, artista. Non il ne s’agit pas de la découverte des mérites artistiques de notre Napoléon national, mais des qualités de peintre d’un chien, appelé Napoléon par son propriétaire Sergio Caballero, et capable de manier le pinceau. Les œuvres sont exposées à l’heure actuelle dans un lieu prestigieux de Barcelone, la librairie Mutt ! Pour un chien débutant, âgé de cinq ans, la vente de deux tableaux s’est tout de même faite à un bon prix : 3600 l’un et 6000 euros l’autre. Ainsi va notre millénaire !

6-06-2011 Jean-Paul Damaggio

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Commentaires

petite rectification par vauben le Lundi 06/06/2011 à 16:52

Selon le dernier rapport de la commission onusienne chargée du sujet drogue (dont c'est tenu ce w-e une assemblée) le premier pays producteur de coca serait la Bolivie, suivie de la Colombie, puis du Pérou. 


Avant napoleon...à Barcelone par GOS le Lundi 06/06/2011 à 17:52

il y avait Boronali à Paris, célèbre peintre abstrait vanté par la critique du début du siècle dernier ( en fait, un âne: un  aliboron!à la queue duquel on avait attaché un pinceau).



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