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Pour que revive la République

Par Denis Collin • Actualités • Jeudi 23/09/2010 • 7 commentaires  • Lu 1848 fois • Version imprimable


Les événements se précipitent et le gouvernement sort de son chapeau un nouveau truc chaque jour pour tenter de faire diversion : ainsi la chasse aux Roms désignés à la vindicte publique, rendus responsables des malheurs du pays et de l’impuissance du gouvernement à garantir la sécurité de nos concitoyens. Dans ce contexte, la menace imminente d’un attentat terroriste tombe à pic. Bartholomé, au nom du PS, s’étonne à juste titre que cette menace si imminente n’ait pas entraîné les concertations nécessaires avec les autorités des collectivités territoriales en vue d’activer le plan vigie-pirate. Si la chose est si grave et si précise, on se demande bien pourquoi la communication gouvernementale passe par un haut fonctionnaire de la police, déjà empêtré dans une histoire de passe-droit. Bref, si nous sommes vraiment menacés par une offensive du terrorisme islamiste – ce qui, bien sûr, n’est pas à exclure du tout – le gouvernement, irresponsable, fait tout pour jeter lui-même le soupçon sur les informations qu’il communique à la population. On n’ose évidemment pas imaginer que cette menace terroriste pût être inventée à des fins de basse politique, car alors, il serait plus tard que nous ne le pensons.

Laissons de côtés gaffes et bévues, laissons Hortefeux en visite au Mali saluer le président de la Guinée, Sékou Touré, mort en 1984…Laissons la bonne conscience de Woerth qui n’a rien à se reprocher dans l’affaire Bettencourt. Il est vrai que la Ve République n’en est pas à son premier scandale et que celui-ci, finalement, n’est pas vraiment pire que les autres. On doit s’habituer à tout et à la dégradation effarante des mœurs publiques.

La vraie question est ailleurs et on s’étonne qu’elle soit aussi peu posée. C’est celle du système, c’est-à-dire des institutions de la Ve République qui non seulement permettent mais encouragent cette dégradation de la démocratie. Emmanuel Todd l’a dit dans une émission agitée sur France 3, Edwy Plenel le dit dans son éditorial de Médiapart du 22 septembre. Mais les ténors de l’opposition se taisent prudemment sur cette question essentielle.

Quand le jour du vote au pas de charge de la loi sur les retraites, massivement rejetée par les Français, l’opposition est privée de son droit de parole, on a un concentré de ce qu’est la Ve République. Le gouvernement, nommé par le président, écrit la loi, écrit les amendements, impose le calendrier parlementaire. Le président de la république convoque les députés de « sa » majorité – pauvres naïfs, ceux qui pensaient qu’ils sont les députés de la nation – et leur transmet les consignes qu’ils doivent appliquer sous peine de sanction aux prochaines élections, infligée par le parti unique du président. Finalement, le président de l’Assemblée, autre homme-lige du président de la République, lève la séance quand l’opposition veut user de son droit de parole et procède au vote à 15 heures, comme l’avait exigé le locataire de l’Élysée. Cette séquence suffit à montrer que la séparation des pouvoirs n’existe pas. Le parlement est un parlement-croupion, une simple chambre d’enregistrement aux ordres du bonaparte du moment, un assemblée de béni-oui-oui sans plus de pouvoir que la Douma d’Empire sous le tsarisme ou le Soviet Suprême du temps de feue l’URSS.

Quand le ministre de l’Intérieur s’en prend avec une incroyable violence à la magistrature et annonce sa mise au pas avec la création de tribunaux populaires, on se dit qu’une nouvelle étape a été franchie. Mais si elle peut être franchie aussi aisément, c’est tout simplement parce que dans la Ve République l’indépendance du pouvoir judiciaire est déjà très largement formelle, puisque la carrière des magistrats dépend du CSM, présidé par le président de la République.

La déclaration de 1789, notre vraie loi fondamentale, la plus fondamentale de toutes, déclaraient sans ambages : « Article XVI -Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a pas de Constitution. » Excellente description de la société française aujourd’hui.

On dira que c’est la faute au président actuel, la faute à ses caractéristiques psychologiques propres, la faute au personnel politique du moment. Rien ne serait plus erroné. Les hommes sont comme ils sont sous toutes les latitudes et toutes les époques et la quantité totale de bien et de mal à peu près constante, comme le disait le grand Machiavel. Ce qui permet aux mauvais penchants de prendre le dessus, c’est une mauvaise constitution et inversement une bonne constitution neutralise les vices et peut même les tourner à l’avantage du bien commun. Mais la constitution de la Ve République est mauvaise par cela même qu’elle rend possible toutes les dérives et que le bien commun n’y peut être sauvegardé que s’il est entre les mains d’un bon prince, condition bien fragile !

Si l’on voulait présenter une véritable alternative politique, il faudrait commencer par-là, par une réforme constitutionnelle majeure qui établisse fermement la séparation des pouvoirs et la garantie des droits – lesquels, soit dit en passant, incluent les droits syndicaux et l’indépendance des syndicats à l’égard de l’État et du gouvernement. Une réforme qui rétablisse les droits des communes et des collectivités locales, garantissent l’auto-administration, seul moyen de développer les vertus civiques et le sens du bien commun en dehors desquels il n’est point de république possible. Bref une réforme qui fasse véritable de la France une république laïque, démocratique et sociale.
DC

 
 

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Commentaires

Une réforme nécessaire par Julien Bézy le Jeudi 23/09/2010 à 09:52

Oui, la réforme de la constitution est nécessaire, mais il est indéniable que le Président de la République actuel use de toutes les failles du système pour asseoir son pouvoir personnel sur les institutions. Il n'a ni la vue de la grandeur de la France à la De Gaulle, ni la vue du bien commun d'un Mitterrand. Il ne pense qu'à sa personne, qu'à son argent, qu'aux riches façon Bettancourt. Il ne dirige pas un pays, il fait plaisir à ses amis. Le pouvoir corrompt lui était corrompu d'avance.


par la-sociale le Jeudi 23/09/2010 à 13:06

Pour poursuivre la réflexion, une intervention de notre ami René Merle, reproduite sur son site.Cliquez ici


Commentaire de Jean-Louis Ernis par la-sociale le Jeudi 23/09/2010 à 21:21

J’adhère aux arguments selon lesquels la 5ième République incarne le pouvoir personnel contraire aux principes de la République Sociale. Cependant, je pense que nous ferions une erreur en considérant que seules les institutions sont responsables de la situation actuelle. On ne peut ignorer la dimension politique.

Je n’ignore pas le penchant, déclaré, bonapartiste du sieur Accoyer et son comportement à la hussarde dans l’hémicycle, mais il est de notre devoir de nous interroger sur ce que le PS aurait dit si le temps de parole règlementaire lui avait été accordé.

- Non à la retraite à 62 ans, mais oui à l’allongement de durée de cotisation, on murmure 43 ans !!! Quelle alternative !!
- Faut-il oublier les propos de Aubry, Hollande, Valls et d’autres considérant que l’augmentation de l’espérance de vie induit obligatoirement l’allongement de la durée de cotisation ?
- Faut-il oublier les déclarations de Marisol Touraine proposant d’augmenter les cotisations sociales des retraités ?
- Faut-il ignorer les propos d’Olivier Ferrand, Président de Terra Nova, qui déclare innocemment « le niveau de vie des retraités d’aujourd’hui est supérieur à celui des actifs »
- Enfin j’invite à consulter le site des Fédérations PS, l’argumentaire sur les retraites est sidérant de platitude.

Pourquoi le PS ne dit-il pas que dans le scénario le plus défavorable du COR, pour retrouver l’équilibre des finances, il faudrait augmenter les prélèvements de 0,26 point par an pendant 40 ans pour maintenir le statu quo et de 0,375 par an pendant 40 ans pour revenir à la situation antérieure à 1993 ?
Ce financement pouvant être obtenu en appliquant une règle simple.
Pas un centime d’euro versé en échange d’un travail physique ou intellectuel ne doit échapper aux cotisations sociales pleines et entières.
S’agissant de l’indépendance des syndicats, je ne pense pas qu’il faille la constitutionnaliser.
La première des libertés que le politique doit aux salariés, c’est la liberté de leur choix en la matière. Par contre, il faut bien évidemment maintenir constitutionnellement le droit d’association des salariés sur les bases du droit obtenu en 1884.


par sinziana le Vendredi 24/09/2010 à 09:38

Une autre constitution? Nécessaire mais pas suffisant. Citez-moi un Etat au monde où la corruption ne règne pas, où l'équilibre des pouvoirs est respecté, où l'exécutif ne tend pas à se renforcer sans cesse. Changer la structure oui, mais celle de la civilisation, pas celle d'une poignée d'articles de loi.
Il est effectivement plus tard que nous ne pensons.


Et le tirage au sort? par Déhel le Vendredi 24/09/2010 à 12:09

Pour contrôler les pouvoirs, les destituer si nécessaire, écrire une nouvelle constitution, panacher les assemblées, etc. le tirage au sort ne pourrait-il pas être une idée à organiser?
D'autant que le tirage au sort semble offrir l'opportunité de retrouver un peuple politisé et, par là même, de donner l'occasion d'une émancipation individuelle par l'investissement en politique.


Re: par Anonyme le Samedi 25/09/2010 à 18:13

changer la civilisation? très vaste programme, autant dire geler  la situation actuelle pour quasi l'éternité. Pour autant que le débat soit réaliste, envisageable dans le contexte  présent, un changement de Constitution serait un modeste premier pas, si certaines conditions étaient réunies.    ll ne s'agit  pas de rédiger un monument littéraire faisant l'admiration, dans deux siècles, de la postérité éclairée, encore faut-il qu'a minima le citoyen lambda  d'aujourd'hui en ressentant  les effets positifs dans sa vie quotidienne,se sente investi  du devoir  de la défendre comme son propre bien, sa propre vie . En 2010, quel citoyen donnerait sa vie pour la constitution de 1958, ce chiffon de papier sans cesse raturé?


Re: par sinziana le Lundi 27/09/2010 à 11:46

Constitution de 1958, article 1: "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances..." Inutile d'aller plus loin. Ce premier article n'est déjà pas franchement respecté, ne l'a jamais été.

Quant à l'article 3, "
La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum", il nous fait donc comprendre que les 3 millions de manifestants contre la réforme des retraites (sans compter ceux qui, par peur du licenciement, par découragement etc., ne sont pas descendus dans la rue) n'ont rien à voir avec le peuple souverain.

Sociale, égalité, respect, souverain... des mots, rien que des mots dont nos dirigeants, une fois élus, se fichent royalement (c'est le cas de le dire).

Alors une nouvelle constitution? D'autres mots sur lesquels pourront s'asseoir les prochains oligarques "démocratiquement" élus?

A quoi bon?



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