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Quand des actionnaires confisquent la route des citoyens !

Par Christophe Miqueu et Jean-FrançoisDupeyron • Actualités • Lundi 27/05/2013 • 1 commentaire  • Lu 1850 fois • Version imprimable


Le secteur public, de l’éducation à la santé, en passant par l’énergie, les télécommunications et bien sûr les transports, subit depuis trente ans les assauts répétés de tous ceux qui ont vu dans la dénonciation d’un monopole public, au nom de la concurrence libre et non faussée, un marché juteux. La philosophie néo-libérale du toujours moins d’Etat a envahi la puissance publique, réduisant son existence à peau de chagrin. C’est ainsi qu’après la privatisation des Autoroutes du Sud de la France, notre région voit désormais disparaître de la propriété d’Etat, c’est-à-dire de notre bien commun, le tronçon de la nationale 10 qui parcourait les Landes.

En confisquant la portion Saugnacq-et-Muret/Saint Geours de Maremne de la RN 10 pour la transformer en autoroute et y amasser des profits sur le dos des usagers, les financeurs et actionnaires de la société privée désormais gestionnaire servent leur intérêt particulier et nuisent ouvertement à l’intérêt général. D’abord en engrangeant des dividendes qui devraient nous revenir à tous, nous citoyens ayant payé par l’impôt républicain la construction de ces portions nationales. Ce qui était gratuit et qui a été financé par l'argent public devient ainsi payant alors que les sociétés d’autoroute ont par exemple engrangé 2 milliards de bénéfices en 2010 ! Désormais, les étudiants, les taxis médicaux, les demandeurs d’emploi se rendant à un entretien d’embauche, etc. devront payer pour avoir le droit de circuler entre les Landes et la Gironde.

En outre, contrairement à la plupart des itinéraires autoroutiers, qui sont redoublés par une route gratuite, celui-ci est le choix quasiment unique de circulation, condamnant les automobilistes à payer ou à faire un détour très important. L'égalité entre usagers est aujourd’hui violée dans cette rupture de la continuité de la RN10. C’est encore et toujours la même discrimination par l’argent qui s’impose.

Pour continuer sur le plan des principes, les services publics, comme l’est une voie de circulation, n’ont pas à être rentables à tout prix et à générer du profit, et encore moins à concéder ce profit à un intérêt privé. Le principe de la gratuité pour tous devrait primer.

Enfin, le choix de l’autoroute et du "mur de camions" ne va pas dans le sens de la prise en compte des équilibres environnementaux.

Sous prétexte de sécurisation et d’amélioration des conditions de circulation, un bien public a bel et bien été abandonné aux intérêts privés, comme si la puissance publique renonçait à intervenir elle-même dans ces domaines.

La protestation contre cette privatisation indue devrait donc à juste titre progresser dans les semaines qui viennent. Au-delà des seuls actionnaires bénéficiaires, les pouvoirs publics, qui ont laissé faire cette opération scandaleuse, doivent être interpellés par les citoyens. Laisser faire, ne pas intervenir, c’est bien cette théorie qui laisse le marché progresser au détriment de l’homme et nos biens publics être confisqués au profit … de la seule logique du profit ! C’est une théorie entrée en pratique au point de ne plus être interrogée. Nous l’interrogeons et la dénonçons ici, en commençant par demander le respect du principe constitutionnel d’égalité, et le retour de la nationale concédée dans le giron de la nation, c’est-à-dire au statut de propriété de tous. La RN10 est notre propriété commune, défendons-là en tant que telle. Plus globalement, opposons-nous à la multiplication des concessions autoroutières et aux partenariats public/privé qui conduisent à la perte de la maîtrise de notre réseau routier gratuit.

Jean-François Dupeyron et Christophe Miqueu, Maîtres de conférences en philosophie à l’IUFM d’Aquitaine

 


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Commentaires

Lien croisé par Anonyme le Jeudi 20/06/2013 à 07:46

Le blog de Christophe Miqueu : " Voici une tribune co-écrite avec Jean-François Dupeyron et publiée sur le site La sociale"



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