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Quand j'attends le mot culture, je sors mon transistor

Par Serge Gomond • Débat • Samedi 18/10/2008 • 2 commentaires  • Lu 3534 fois • Version imprimable


On a plaisir a relire les déclarations de certains artistes engagés. Avant de les citer, il faut à nouveau les situer dans le temps. Leur histoire se situe à la fin du 19e siècle, ils créèrent leurs mouvements à l'époque de la première guerre mondiale (mais ils puisent  leurs racines en grande partie dans le 19e siècle). Les deux mouvements qui correspondent à cette période (le Bauhaus et Dada), péricliteront avant le seconde guerre mondiale. Ils laisseront la place à d'autres mouvements avec des acteurs du même genre (des jeunes, militants de groupes contestataires, artistes, innovateurs etc.) des critères de rébellion très semblables, la révolte chevillée au corps, et une remise en cause des fondements de notre société de consommation (par exemple : le refus du langage de la culture bourgeoise, ils inventent des langages différents aux normes en cours etc.)

 

Ils ont le courage de la jeunesse, d'autres diraient l'inconscience ou la naïveté. (dans cette période, il était risqué de se révolter contre l'ordre établi, la sanction pouvait être la mort !)

 

Malgré les tueries, (la première guerre mondiale n'a-t-elle pas hérité du surnom de "Grande Boucherie" ?), ces drôles de cocos décident de frapper un grand coup.

Mais comment se faire entendre lorsque tous les moyens de communication sont concentrés entre les mains de quelque dirigeants  politiques, du clergé, de banquiers etc., et de leurs valets ?

Le Bauhaus avait ses propres moyens de diffusion, alors que les Dada ont intelligemment retourné le système à leur avantage, en utilisant la connerie et le cynisme des journalistes inféodés au pouvoir, par des provocations et des mises en scène répétées qui ridiculisaient le pouvoir.

Pour ce qui concerne le 19e siècle, nous sommes à un tournant économique majeur, les méthodes de production artisanale sont semble-t-il dépassées, on les abandonne au profit d'une production industrielle de masse et son corollaire, les tracas du consumérisme naissant.

En ce qui concerne le second groupe, il sera directement confronté au racisme, au nationalisme, et pire encore, à la trahison interne, suite à la décision d'un de ses chefs (le fondateur Gropius), d'encrer la production sorties des ateliers d'artisanat, au "monde réel", créant l'illusion d'une autonomie politique et matérielle. Et pour asseoir ce choix, il prônera la visite systématique d'usines de production de l'industrie innovante ou d'ateliers en pointe du modernisme ambiant, afin de produire dans leurs ateliers, les modèles et les prototypes en adéquation avec une réalité industrielle de pointe. De façon aléatoire, c'est à dire au bon vouloir des politiques et des industriels, le Bauhaus par cette méthode se trouvera fragilisé.

Le contexte est particulièrement hostile, l'Allemagne est en plein chaos, et depuis peu une république. Partout règne la confusion, d'un côté les masses populaires qui défilent, des conseils ouvriers et des soldats occupent les usines de l'autre un gouvernement qui ne représente que lui même. Toutes les anciennes structures s'effondrent, les intellectuels investissent ce champs de ruine, pour imposer des changements radicaux. Les théories avant-gardiste fusent de partout, les théories sur "l'homme nouveau" échauffent les esprits et des manifestes collectifs glorifiant l'amour de chacun et la bonté apparaissent un peu partout. On se saoule de mots, on veut refaire le monde en partant de zéro, un monde plus pur, plus humain, plus vrai en un mot un monde fraternel. Un groupe Novembre fait parti des nombreuses organisations apparues à cette époque. Il organise et soutient de nombreuses manifestations, il participe à nombreuses activités. Gropius et Klee en sont membres actifs. Le manifeste du groupe Novembre déclare vouloir démocratiser le marché de l'art, en rassemblant des peintres, des sculpteurs et des architectes en faveur du peuple. Un autre groupe formé à cette époque le Conseil d'ouvriers et de soldats, demande la fusion pure et simple de toutes les disciplines, afin de les fusionner pour rapprocher l'art du peuple (plus tard Gropius en sera le président).

Tout cela sera réprimé dans le sang, et malgré des poches de résistance tout rentrera dans l'ordre républicain...

Gropius pense à refonder l'architecture, la peinture et la sculpture en une "Cathédrale du futur" qui embrasserait tout en une forme unique. Grâce au Conseil d'ouvriers et de soldats, suite à l'instauration d'un état libre de Saxe-Weimar, et après l'organisation d'élections libres, il obtiendra le soutient du dirigeant social-démocrate Baudert, qui a été élu et qui est très influent, chaud partisan d'une réforme profonde de l'enseignement, le Bauhaus était né.

Sous l'influence de Johannes Itten, en complète contradiction avec la théorie développé par la suite par Gropius (voir plus haut), il incitait les élèves à l'esprit créatif de groupe, en composant avec rien ou pas grand chose; dès huit heures et demi le matin, les élèves amènent des boites de conserve, des chutes de bois, des morceaux de fil de fer, des vieux chiffons, des pages de journaux et de vieux annuaires, sans pratiquement de matériel (ni pinceaux, ni couleurs), il faut découvrir de nouvelles méthodes, et voir ce qu'il est possible de faire avec des matériaux de rebut. Il faut inventer et non réinventer, Il faut développer ses propres facultés d'invention et trouver spontanément la source de la créativité. L'élève ne doit pas acquérir le savoir du maître mais se découvrir lui-même !

Il terminera sa vie en mystique exalté, fervent adepte du mazdéisme (c'est une religion d'origine iranienne, qui se réfère à la sagesse de Zarathoustra), le crane rasé (les cheveux c'est un péché), végétarien (il l'impose à la cantine du Bauhaus, ça tombe bien ils n'ont pas grand chose à manger), et la pratique de nombreuses ablutions etc. Une secte dont il sera le chef auto-désigné !

L'autre versant du groupe est représenté par Ludwig Mies van der Roche, considéré comme un homme de progrès, d'origine assez humble, sans diplôme et formé sur le tas, et n'appartenant pas aux cercles académiques. L'une de ses réalisations les plus connues, c'est le monument en l'honneur des dirigeants révolutionnaires Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

Hannes Meyer succède à Gropius (c'est seulement après une violente révolte des élèves que ce choix sera arrêté), le Bauhaus prend un tournant, ce nouveau directeur participe au concours pour la construction d'une école des syndicats à Bernau. Meyer reprochait à l'ancien directeur (Gropius) de privilégié l'activité de son cabinet d'architecture au détriment du travail d'équipe, et en particulier le travail collectif auquel les élèves pouvaient espérer collaborer. Pour ce nouveau directeur, le Bauhaus en recouvrant trois domaine principaux de son activité, le travail d'atelier, l'art, et la science, se devait d'accepter certaines contradictions, puisqu'à l'extérieur ce principe était largement présent. Meyer pense qu'il faut sortir le Bauhaus de ses contradictions en le poussant à s'intégrer à une activité économique, mais pas n'importe comment. En inversant le mouvement de la méthode Gropius, non plus de l'intérieur vers l'extérieur, mais de l'extérieur vers l'intérieur; c'est la société dans son ensemble qui mérite d'être analysée, si l'on veut exercer une action valable.

Une méthode marxiste, voilà toute la différence. 

Après moult mutations et revirements, les discussions sont très animées entre les maîtres et les élèves (au Conseil des maîtres les discussions sont aussi très animées), chacun ayant des idées bien arrêtées sur l'orientation du Bauhaus, les nouvelles méthodes d'enseignement etc. Les tensions sont extrêmes, mais le contexte n'arrange rien. Après la guerre mondiale, toute l'Europe est au bord du gouffre, une agitation sociale due en partie au choix répressif (la cause majeure est évidemment l'échec de la révolution qui engendre l'amertume et la rage) des nouveaux dirigeants, en réponse aux aspirations du peuple. La déception engendrée est grande !

Le Bauhaus pour des raisons évidentes de survie ne peut s'extraire du débat qui fait rage, et doit bon gré mal gré se réorganiser, faire des choix et prendre des décisions. On lui demande même de participer au retour à l'ordre ambiant...

Il prend la décision d'adhérer au traité Rapallo, signé entre l'ALlemagne et l'Union soviétique (que la France et l'Angleterre ratifieront deux ans plus tard ). c'est une adhésion à l'expressionnisme, mouvement hautement contestataire. Se dessine à l'horizon le constructivisme (le constructivisme c'est un faisceau de tendances de courants internationaux qui sous des noms divers acceptent l'industrialisation), dont Malevitch et Lissitzky seront les maîtres d'œuvre, (applicable au design, à l'architecture, et aux arts graphiques), et ses relais occidentaux comme de Stijl (Stedelijk), dont l'inspiration au sens le plus large est évidente. Ce qui s'affirme dans de nombreux milieux artistiques, c'est le souci du concret, des nouvelles technologies et des techniques de pointe).

Surviennent les Dadas qui, en 1922, tiennent leur congrès à Weimar. Ils ne pourront pas échapper à la formation spontanée d'un congrès "constructiviste". Alors de là a penser que le verbiage (postérieure à l'évènemment) de certains de leur membres ne sert qu'à masquer des réalités incontournables, il n'y a qu'un pas ! 

Mouvements de rébellion contre l'univers étouffant des sociétés "anciennes". Le vieux monde s'effondre, il était temps !

C'est le temps des scissions et de la rupture. La vie sociale pénètre le Bauhaus, Hannes Meyer sera congédié, par le biais du maire de Dessau entre temps le Bauhaus déménage de Weimar), et de l'attaque conjuguée des nationalistes et des nazis. A travers lui c'est le parti social-démocrate que l'on vise. Meyer niera son appartenance au parti communiste, bien que sous un certain angle (la théorie de la culture) il ne pourra nier qu'il se considère comme marxiste. Les nazis soupçonne le Bauhaus d'être le refuge de nombreux communistes et mettrons fin à son activité en 1933.

Les élèves (futur artisans, artistes etc.) sont très mal loti. Leurs bourses ne suffiront pas à couvrir les frais, et leur position sociale est catastrophique. Rien n'est prévu pour leur hébergement, ils devront trouver des chambres en ville, ou dans les auberges de jeunesse. Pour l'habillement le directeur a récupérer un stock de vieux uniformes russes pris à l'armée, qu'ils tailleront et teindront avec des couleurs vives ces vieux uniformes; les habitants de Weimar seront scandalisés par ces déguisements surprenants. La cantine sera ouverte tous les matins et tous les soirs, les repas qu'on y sert seront composés essentiellement de la récolte de légumes qui poussent dans le jardin, et seront en général maigre.

Les cours dispensés dans les ateliers de sculpture, de théâtre, de poterie, de reliure, de peinture sur verre, d'imprimerie, de typographie-réclame, de photographie, de tissage, d'atelier de métal, de menuiserie, de peinture murale, d'architecture, d'urbanisme, de construction-statique, d'atelier de construction, de peinture libre, de sport, ainsi que des cours préliminaires sur la théorie de la forme, théorie de la forme et de la couleur, le dessin de nu, et les cours de calligraphie (la danse et la musique seront incluses un peu plus tard, lors de représentations).  

Hugo Ball, fondateur du premier groupe, le groupe Dada, disait que le mot Dada désignait soit oui-oui dans certaines langues, ou un petit cheval à bascule, ou un violon-d'Ingres. (et surtout disait pour ne pas à avoir a choisir parmi les noms se terminant en isme)

Ca c'est pour l'anecdote, en fait il s'agit d'un groupe d'artistes/artisans et d'écrivains/poètes révoltés par les mœurs sanguinaires des dirigeants de l'époque (La Grande Guerre).

Ces groupes s'inspirent consciemment ou inconsciemment de la ligne de révolte de leurs aînés du dix-neuvième siècle, ceux là même qui refusaient les critères de l'Académisme. (l'épisode le plus souvent cité est la fugue d'Arthur Rimbaud qui à peine âgé de quinze/seize ans et après avoir échapper à la surveillance de sa famille, se dirigea vers Paris pour, pensait-il, rejoindre les insurgés de la Commune de Paris. Son coup échouera, mais c'est une autre histoire... Autre épisode marquant, durant la Commune de Paris, le peintre Manet soumet un décret déclarant  la  mort de Dieu.)

Ces deux groupes, spontanément emboîtent le pas aux mouvements révolutionnaires (parcequ'eux même se définissent révolutionnaires), le plus souvent de mouvements insurrectionnelles et de révoltes ouvrières, dont certains (le socialiste révolutionnaire Karl Liebknecht tout juste sorti de prison en 1918, se joindra au Bauhaus) ont inspiré directement l'orientation politique de ces groupes, en fondant le groupe Novembre dans l'esprit des "conseils d'ouvriers et de soldats", que le gouvernement réprimera dans le sang..

Bien évidemment la réaction hostiles ne se firent pas attendre. Interdictions, censures, contre-manifestations, jusqu'à des réactions d'une violence extrême à leur encontre, et particulièrement lorsque l'un de ces membres est juif, on assiste alors à un déchaînement de violence antisémite incroyable.

La Suisse déclarée territoire neutre sera pour beaucoup de membres de ces groupes, un refuge inespéré.

le communisme est-il "esthétique" ?

On parle de Dada comme d'un raz de marée dévastateur, qui détruira tout sur son passage. Ceux qui lui appartienne, revendique leur liberté, en contradiction avec la notion d'appartenance (bien qu'ils aient pris la précaution de se déclarer tous "président"). Oui, mais aussi un raz le bol de cette tuerie généralisée, avec cette "Grande Guerre" dévoreuse de beaucoup d'enfants des patries. Leur patrie c'est nulle part, ici et ailleurs, partout en même temps et tout le temps (ce qui interpelle les témoins, c'est la rapidité de propagation quasi instantanée et internationale de Dada). Le goût des couleurs, des formes, des sons, la mise en scène de tous ces éléments à la disposition d'une révolte, et la provocation d'une société qui par réaction n'agit que pour réprimer sauvagement toutes formes de rébellion.

Deux groupes se distinguent (il est difficile de ne pas tenir compte des fortes personnalités de ce groupe, où chaque membre peut reprèsente à lui seul un groupe autonome, mais les grandes tendances se cristallisent par deux groupes distincts), les anarchistes individualistes, et ceux (plutôt collectivistes) qui collaborent plus ou moins ouvertement à des mouvements politiques allant de la gauche communiste au socialisme. Voir à ce sujet le "Congrès constructiviste" de  Weimar en 1922. 

(...) le manifeste de l'art prolétarien

Un art qui se réfère à une classe déterminée d'hommes n'existe pas et existerait-il, il serait sans importance pour la vie (note de l'auteur : sous entendu la vie c'est Dada), Il n'y a pas d'art fait pour les prolétaires parceque le prolétaire qui crée de l'art n'est plus un prolétaire mais un artiste. L'artiste n'est ni prolétaire ni bourgeois et ce qu'il crée n'appartient ni au prolétariat ni à la bourgeoisie mais à tous. L'art est une fonction spirituelle de l'homme et vise à le délivrer du chaos de la vie (du tragique). L'art est libre dans l'utilisation de ces moyens mais lié à ses lois propres et dés lors qu'une oeuvre d'art est une oeuvre d'art, elle est bien au-dessus des différences de classes prolétariat-bourgeoisie. Si l'art devait servir exclusivement le prolétariat, en dehors que le prolétariat est contaminé par les goûts de la bourgeoisie, cet art serait aussi limité qu'un art spécifiquement bourgeois. Un tel art ne serait pas universel, ne prendrait pas ses racines dans l e sentiment d'appartenance à la nation du monde mais dans des considérations individuelles, sociales, limitées dans le temps et dans l'espace (...)   

Certains membres du second groupe posent en "esthètes du communisme ", on pourrait leur en faire le reproche, mais bon... Par exemple lorsqu'André Breton, ou Aragon sont confrontés à l'esprit caustique de Tzara qui déclarait dans un manifeste :

« Dada reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses, pour orner le jardin zoologique de l'art de tous les drapeaux des consulats do do bong hiho aho hiho aho. », (Premier manifeste Dada).

Et aussi lorsqu'André Breton sera le Président du "tribunal" lors de l'affaire du "Procès Barrès",  avec Aragon dans le rôle de l'avocat de la défense, avocat qui mettra en accusation le "tribunal", pendant que Tzara, quittera précipitamment le "tribunal" avec tous ses amis dadaïstes, sans écouter l'accusation d'Aragon, alors que lui même était intervenu auparavant dans un rôle tout à son avantage. Ce procès laissera apparaître des divergences dans le groupe qui ne feront que s'accentuées; (d'ailleurs certains membres ne se déplaceront même pas, n'approuvant pas l'idée).

Vous êtes tous accusés, levez-vous.

L'orateur ne peut vous parler que si vous êtes debout.

Debout comme pour la Marseillaise,
debout comme pour l'hymne russe,
debout comme pour le God save the king,
debout comme devant le drapeau.

Enfin debout devant DADA qui représente la vie et
qui vous accuse de tout aimer par snobisme,
du moment que cela coûte cher.

Vous vous êtes tous rassis ?
Tant mieux, comme cela vous allez m'écouter avec
plus d'attention.

Que faites vous ici, parqués comme des huîtres sérieuses
— car vous êtes sérieux n'est-ce pas ?
Sérieux, sérieux, sérieux jusqu'à la mort.
La mort est une chose sérieuse, hein ?

On meurt en héros, ou en idiot ce qui est même chose.
Le seul mot qui ne soit pas éphémère c'est le mot mort.
Vous aimez la mort pour les autres.

A mort, à mort, à mort.
Il n'y a que l'argent qui ne meurt pas, il part seulement en voyage.

C'est le Dieu, celui que l'on respecte, le personnage sérieux
— argent respect des familles. Honneur, honneur à l'argent : l'homme qui a de l'argent est un homme honorable.

L'honneur s'achète et se vend comme le cul. Le cul,
le cul représente la vie comme les pommes frites,
et vous tous qui êtes sérieux, vous sentirez plus mauvais
que la merde de vache.

DADA lui ne sent rien, il n'est rien, rien, rien.
Il est comme vos espoirs : rien.
comme vos paradis : rien
comme vos idoles : rien
comme vos hommes politiques : rien
comme vos héros : rien
comme vos artistes : rien
comme vos religions : rien

Sifflez, criez, cassez-moi la gueule et puis, et puis ?
Je vous dirai encore que vous ê tous des poires.

Dans trois mois nous vous vendrons, mes amis et moi, nos tableaux pour quelques francs.

Francis PICABIA.

André Breton et Aragon, n'hésiterons pas dans des déclarations postérieures à se débarrasser de leurs anciens engagements pour créer un nouveau groupe, que vomissent les Dada. (le second sera un soutien actif au P.C.F.) Ils ne seront pas les seuls à sentir le désintéressement de certains dadaïstes, d'autres se permettront de juger sévèrement le cubisme, et le constructivisme etc. (c'est aussi ça Dada, la provocation, les contradictions et tout le reste).

On pense notamment au dessin de Francis Picabia, le surréalisme crucifié en 1924, qui consacre le passage de certains Dada au mouvement Surréalisme (certains dire que Breton en était le Pape)

Le futurisme (Marinetti y est souvent taxé de marionnette de l'avant-garde d'opérette) est un cas à part, puisque mis en scène par les facistes italiens, qui pronait à travers lui le mythe de l'homme nouveau. Ce mouvement a largement discrédité les mouvements avant-gardistes.

Certains artistes ont été sollicité par le Bauhaus pour des conférences ou pour y dispenser un enseignement (voir l'encyclopédie du Bauhaus).

Des recherches et des études très intéressantes ont été entreprises par des membres du groupe Dada (en particulier par Raoul Hausmann et Johannes Baader), sur les dessins de fous°, le langage (A. Arthaud n'y est pas pour rien), la psychiatrie, la typographie, la photographie, le mouvement dans l'espace, dans la danse ou la mise en scène, etc. qui ne seront pas traité dans cet article (demerdez-vous, lisez, et lisez-moi!)

°Les nazis organisent en 1937 une exposition dite "d'art dégénéré", obligeant certains des membres ainsi que d'autres artistes à fuir au plus vite, pour échapper à la vindicte des fous furieux qui s'installent à l'époque au pouvoir en Allemagne. (pour d'autres Etats c'est les réactionnaires qui réagissent à ces mouvements artitiques au nom de l'Ordre établit.  

D'autre mouvements aussi insurrectionnels verront le jour longtemps après l'extinction de ces mouvements, et continueront à voir le jour, je pense en particulier au mouvement situationniste, qui avait prédit l'effondrement de la société du spectacle, et auquel j'ai participé activement de 1968 à 1969. (ce n'était pas qu'un groupe de poivrots comme je l'ai entendu dire ...) Les tagueurs, les groupes de Rapp etc. sont déjà à pied d'œuvre, mais n'ont pas encore créer de mouvements ou groupes organisés, dommage...

Je t'aime, tu m'aimes, on sème la merde... (anonyme sur les murs de Paris)

Se référer principalement à deux ouvrages : encyclopédie du Bauhaus école du design, par L. Richard, Somogy, éd. en 1985, imp. en Espagne (introuvable) et Journal du mouvement Dada, par M. Dachy, ed Skira, éd. en 1989. (disponible) Pour les autres références et citations voir les bibliographies et surtout les oeuvres de Rimbaud, Manet, Arthaud dit "le Momo", Tzara, Picabia, Breton, Aragon, etc.

Nous (moi-je personnellement) tenons à remercier pour leur collaboration (se sont eux qui m'ont un peu forgé l'esprit) le mouvement des surréalistes, le mouvement  dit "cobra" (COpenhague,BRuxelles,Amsterdam), le lettrisme, Guy Debord, Jacques Prévert et son frère, Paul Grimault, et tous les anarchistes (en particulier Elisée Reclus) cinéastes, écrivains, poètes etc.


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Commentaires

rectificatif important par Serge_Gomond le Lundi 15/06/2009 à 21:43

« Quand *j’entends le mot culture, je sors mon transistor ! », phrase célèbre de Jean Gouyé dit Jean Yanne.  et non * "j’attends" qui fut écrit par mégarde à la place de ce verbe.


version remaniée par Anonyme le Lundi 03/08/2009 à 19:20

" Quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor "

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor ! », phrase célèbre de Jean Gouyé dit Jean Yanne. Cet article développe les liens constants et étroits entre les créateurs, les artistes, les avant-gardistes et les innovateurs en tous genres avec des mouvements authentiquement révolutionnaires et insurrectionnels, que tous les gouvernants tentèrent et par tous les moyens d’étouffer ou de minimiser leur portée.

Introduction :

On éprouve une certaine satisfaction (les pisse-froid et les mauvais coucheurs éprouveront de l’aigreur) à relire les déclarations d’artistes politiquement engagés. Mais avant de vous narrer certains faits, et pour mieux en saisir tout le sel, il faut à nouveau les situer temporellement. Pour un grand nombre d’entre eux, l’histoire débute à la fin du 19ème siècle ; ils créèrent des mouvements artistiques révolutionnaires et expérimentaux, pendant ou après ce que l’on coutume de nommer "première guerre *mondiale" (bien que la plupart de ces groupes ou mouvements artistiques sont issus du 19ème siècle). Les deux mouvements qui correspondent le mieux à cette description et à cette période, sont le Bauhaus et Dada ; leur vie sera de courte durée et malheureusement pour eux ils péricliteront avant la seconde guerre mondiale.

Ils laisseront la place à d’autres mouvements et l’esprit qui les animait sera quasi identique (de jeunes militants, issus de groupes contestataires, artistes doublés d’innovateurs géniaux ), et les raisons qui les amenèrent à se rebeller furent assez semblables ; la révolte chevillée au corps et une remise en cause radicale de la société marchande ; ils s’acharneront tout particulièrement sur le formalisme culturel bourgeois et le style de langage ; d’ailleurs en réaction ils inventeront de nouveaux codes et créeront leur propre langage, cela pour se démarquer des attitudes conventionnelles imposées par la bourgeoisie.)

* ces deux conflits furent improprement qualifiés de la sorte, alors que l’on sait pertinemment que tous les pays n’étaient pas en guerre, loin de là ! Ils s’agissait des pays occidentaux et des populations masculines (qui furent enrôlées de force) des pays colonisés.

Ils ont le courage de la jeunesse, d’autres diront l’inconscience et la naïveté. (durant toute cette période, il était très risqué de se révolter contre l’"Ordre" établi, car la sanction pouvait être la mort !)

Malgré les tueries, (la première guerre mondiale (guerre de 14-18) n’a-t-elle pas hérité du surnom de "Grande Boucherie" ?), ces drôles de "cocos" décidèrent de frapper un grand coup !

Mais comment se faire entendre lorsque tous les moyens de communication sont concentrés entre les mains de quelque dirigeants politiques, du clergé, des banquiers et de leurs valets ?

Le Bauhaus n’avait pas de problème de diffusion, car il utilisait ses propres moyens, alors que Dada n’avait pas ces facilités, il eu l’intelligence de retourné le système de communication à son avantage ; pour cela il utilisa la bêtise et le cynisme des journalistes inféodés au pouvoir, fomentant de multiples provocations et des mises en scène qui ridiculisaient le pouvoir (voir les catégories socioprofessionnelles déjà citées plus haut).

Au 19ème siècle, des bouleversements économiques majeurs transformèrent les méthodes de production artisanale qui seront abandonnées, car elles sont semble-t-il dépassées, au profit d’une production industrielle de masse et à son corollaire, les tracas du consumérisme naissant.

Le second groupe ( le Bauhaus), sera confronté directement (et parfois violemment) au racisme, au nationalisme, et pire encore, à la trahison interne, suite à la décision de l’un de ses chefs (le fondateur du Bauhaus, Walter Gropius), d’orienter et d’encrer la production sorties de ses ateliers expérimentaux ou artisanaux aux réalités économiques, pour créer une illusion d’autonomie politique et financière (car, et quel qu’ait été le cas de figure, il s’agissait pour ses élèves d’acquérir en quelques années une formation artistique ou artisanale pluridisciplinaire adaptée aux théories révolutionnaires) ; d’ailleurs pour asseoir cette décision, il instituera la visite systématique d’usines de production et d’industries innovantes ou d’ateliers en pointe du modernisme ambiant ; ceci afin de produire dans les ateliers du Bauhaus, des modèles et des prototypes adaptés à la demande des sociétés industrielles de pointe.

A cause de ces orientations aléatoires, c’est à dire *dépendante du bon vouloir du personnel politique et de leurs associés les décideurs (industriels et chefs d’entreprises), le Bauhaus se trouvera gravement fragilisé.
*l’instauration de cette dépendance et des nouvelles méthodes de travail, compromettrons durablement toutes formes d’autonomie vis à vis du pouvoir politique et économique ; alors qu’il aurait très bien pu créer une forme coopérative, mais…

Le contexte général était particulièrement hostile et après sa défaite, l’Allemagne était en plein chaos ; depuis peu c’était créé une République.
Partout règne la confusion, d’un côté les masses populaires qui défilent, des "Conseils ouvriers et des soldats" occupent les usines de l’autre un gouvernement qui ne représentait plus que lui.

Toutes les anciennes structures s’effondrèrent ; les intellectuels investirent ce champs de ruine et imposèrent des changements radicaux.

Les théories avant-gardiste fusent de partout, les théories sur "l’homme nouveau" échauffent les esprits et des "manifestes collectifs" glorifiant l’amour de chacun et la bonté apparaissent un peu partout.

On se saoule de mots, on veut refaire le monde en partant de zéro, un monde plus pur, plus humain, plus vrai, en un mot un monde fraternel !

Un groupe émergea, le groupe "Novembre " ; il fit parti des ces nombreuses organisations qui apparurent à cette époque. Le groupe "Novembre " organisa et soutint de nombreuses manifestations et participa à de nombreuses activités. Walter Gropius et Paul Klee en seront membres actifs. Le *manifeste du groupe "Novembre " déclarera vouloir démocratiser le marché de l’art, en rassemblant des peintres, des sculpteurs et des architectes en faveur du peuple.
*tous ces thèmes (démocratisation du marché de l’art, la refondation des arts et des techniques artisanales en une forme unique etc.) ne seront pas développés dans cet article, mais furent des préoccupations récurrentes et de nombreux groupes "révolutionnaires" s’en accaparèrent, et certain pousseront la plaisanterie jusqu’à faire croire qu’ils en étaient auteurs. (1)

Un autre groupe forme le "Conseil d’ouvriers et de soldats", demande une fusion pure et simple de toutes les disciplines, pour déclare-t-il : « …les unifier pour rapprocher l’art du peuple… » (1) Plus tard, Walter Gropius, en sera le président.

Tout cela sera réprimé dans le sang, et malgré des poches de résistance tout rentrera dans l’ordre et la nouvelle République aura maté la rébellion...

Mais avant ces évènements tragiques, Walter Gropius, pensait à refonder l’architecture, la peinture et la sculpture en une "Cathédrale du futur" qui embrasserait tout en une forme unique. (1)

Grâce au "Conseil d’ouvriers et de soldats", suite à l’instauration d’un état libre de Saxe-Weimar et après l’organisation d’élections libres, il obtiendra le soutient du dirigeant social-démocrate Baudert. Ce dernier a été récemment élu et était très influent, de plus, il était chaud partisan d’une réforme profonde de l’enseignement…

Bauhaus était né !

Sous l’influence de Johannes Itten, et en complète contradiction avec les théories que Walter Gropius développa par la suite, (il retournera opportunément sa veste et trahira ses propres convictions au profit de nouvelles théories, celles qui furent développées ultérieurement, après que la nouvelle République eut maté l’Insurrection dans le sang, préparant ainsi le terrain à l’ascension du national-socialisme), il incitait les élèves à privilégier un esprit créatif de groupe, et a créer des compositions avec peu ou pas grand chose ; dès huit heures et demi le matin, les élèves amenaient des boites de conserve, des chutes de bois, des morceaux de fil de fer, des vieux chiffons, des pages de journaux ou de vieux annuaires, et avec un minimum de matériel (sans pinceaux ni couleurs), ils devaient découvrir de nouvelles méthodes et voir ce qu’il était possible de faire avec ces matériaux de rebut.

Inventer et non réinventer !

Il faut inventer et non réinventer, Il faut développer ses propres facultés d’invention et trouver spontanément la source de la créativité. L’élève ne doit pas acquérir le savoir du maître mais se découvrir lui-même !

Il termina sa vie en mystique exalté, fervent adepte du "mazdéisme" (il s’agit d’une religion d’origine iranienne qui se réfère à la sagesse de Zarathoustra), le crane rasé (les cheveux c’est un péché), végétarien (il l’imposa à la cantine du Bauhaus, _ *ça tombait bien parce qu’ils n’avaient pas grand chose à manger), et la pratique de nombreuses ablutions quotidiennes etc. Une secte dont il sera le chef autoproclamé !
*Durant les premières années de sa création, les professeurs et les élèves du Bauhaus, subiront une diète forcée et l’indigence presque totale…

L’autre versant du groupe est représenté par Ludwig Mies van der Rohe, considéré comme un homme de progrès (il était adhérent au communisme), d’origine assez humble, sans diplôme, formé sur le tas, et n’appartenant pas aux cercles académiques. La plus connue de ses réalisations, fut la réalisation d’un monument en l’honneur des dirigeants révolutionnaires Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

Hannes Meyer succèdera à Walter Gropius ; ce choix fut arrêté après des discussions très animées entre professeurs ainsi qu’une violente révolte des élèves ; le Bauhaus pris un tournant, et le nouveau directeur participa à un concours lui permettant d’obtenir la construction de l’École des syndicats à Bernau.
Hannes Meyer reprochait à l’ancien directeur, Walter Gropius, de privilégier l’activité de son cabinet d’architecture au détriment du travail d’équipe, et en particulier le travail collectif, dont les élèves pouvaient espérer être en droit de collaborer.
Pour le nouveau directeur, le Bauhaus en recouvrant trois domaines principaux d’activité,
· le travail d’atelier,
· l’art,
· et la science,
se devait d’accepter certaines contradictions, puisqu’à l’extérieur ce principe était largement présent.
Hannes Meyer pense qu’il faut sortir le Bauhaus de ses contradictions en le poussant à s’intégrer à une activité économique, mais pas n’importe comment.
En inversant le mouvement de la méthode Walter Gropius, non plus de l’intérieur vers l’extérieur, mais de l’extérieur vers l’intérieur.
C’est la société dans son ensemble qui mérite d’être analysé si l’on veut exercer une action valable !

Il proposa une approche marxiste qui fit toute la différence...

Après de nombreux tâtonnements et revirements, les discussions sont très animées entre les "maîtres" et les élèves, ainsi qu’au Conseil des maîtres entre professeurs.
Chacun ayant des idées bien arrêtées sur les propositions d’orientation du Bauhaus, de nouvelles méthodes d’enseignement etc.
Les tensions étaient extrêmes, et le contexte politique n’arrangeait rien.
Après la première guerre "mondiale", toute l’Europe était au bord du gouffre ; l’agitation sociale était extrême, elle était due en grande partie aux choix répressifs des nouveaux dirigeants (en réponse aux aspirations du peuple) et à l’échec de la Révolution qui engendra énormément d’amertume et de rage..

La déception fut grande !
Le Bauhaus pour des raisons évidentes de survie ne pouvait s’extraire du débat qui faisait rage sur tout le territoire, et dut bon gré mal gré se réorganiser, ainsi que faire des choix et prendre des décisions.
Il lui sera même demandé de participer à un retour à l’ordre ambiant...

Il se dotera d’une assise internationale, et décidera d’adhérer au traité Rapallo, signé entre l’Allemagne et l’Union soviétique, que les Français et les Anglais ratifieront deux ans plus tard.
Cette adhésion signifiait leur approbation à l’expressionnisme, mouvement hautement contestataire.
C’était aussi une anticipation sur un certain courant qui déjà se profilait à l’horizon, le constructivisme (le constructivisme c’était un faisceau de tendances et de courants internationaux qui apparurent sous divers appellations, et qui acceptait l’industrialisation), dont Malevitch et Lissitzky seront les maîtres d’œuvre ; ces théories étaient applicables au design, à l’architecture, et aux arts graphiques ; ce courant eut des relais occidentaux comme de Stijl (Stedelijk) dont l’inspiration au sens le plus large fut évidente. A l’époque, ce qui s’affirmera dans de nombreux milieux artistiques, c’est le souci du concret, l’intérêt pour les nouvelles technologies ou les techniques de pointe.

À Dada !

Surviennent les Dadas qui, en 1922, tiennent leur congrès à Weimar, et ne pourront pas échapper à la formation spontanée d’un congrès "constructivisme", de là à penser que le verbiage agressif (postérieur à l’évènement) de certains membres ne servait qu’à masquer des réalités incontournables ?
Dada, mouvement de dérision et de contestation en pleine ascension, et certains membres n’appréciaient pas du tout la participation "spontanée" à ce congrès.

Dada se rebella contre l’univers étouffant de la société "ancienne", et grâce à ses impertinences et à grands coups de butoir, le vieux monde s’effondra enfin ; il était temps !

Vint le temps des scissions et des ruptures. La vie extérieure pénétra au Bauhaus et Hannes Meyer fut congédié par le biais du maire de Dessau (entre temps le Bauhaus déménagea à Weimar) et des attaques conjuguées des nationalistes et des nazis. À travers lui, c’était le parti social-démocrate qui était visé. Hannes Meyer niera une quelconque appartenance au parti communiste, bien que sous certains angles, par exemple celui de la théorie de la culture, il ne pourra nier son adhésion aux thèses marxistes. Les nazis soupçonne le Bauhaus d’être le refuge de nombreux communistes et mettrons fin à son activité en 1933.

Comment les élèves s’en tiraient ?

Les élèves (futur artisans, artistes etc.) sont très mal loti. Leurs bourses ne suffisaient pas à couvrir les frais, et leur position sociale était catastrophique.
Il n’y avait rien de prévu pour l’hébergement, et devront se débrouiller pour trouver des chambres en ville ou dans les auberges de jeunesse des alentours.
En ce qui concerne leur habillement, le directeur avait récupéré un stock de vieux uniformes russes pris à l’armée, qu’ils taillèrent et teignirent avec des couleurs vives ; les habitants de Weimar étaient scandalisés par ces *"déguisements" surprenants.
*Ils créeront de magnifiques tenues avant-gardistes pour habillés les élèves qui participaient aux spectacles qu’ils donnèrent.
En ce qui concerne la nourriture, la cantine était ouverte tous les matins et tous les soirs, les repas qu’on y servait étaient composés pour l’essentiel de la récolte de légumes qui poussaient dans le jardin, et étaient généralement maigres.

Quels cours y dispensait-on ?

Les cours dispensés dans les ateliers de sculpture, de théâtre, de poterie, de reliure, de peinture sur verre, d’imprimerie, de typographie-réclame, de photographie, de tissage, d’atelier de métal, de menuiserie, de peinture murale, d’architecture, d’urbanisme, de construction-statique, d’atelier de construction, de peinture libre, de sport, ainsi que des cours préliminaires sur la théorie de la forme, théorie de la forme et de la couleur, le dessin de nu, et les cours de calligraphie (la danse et la musique seront incluses un peu plus tard, lors de représentations très prisées que donnait le Bauhaus).

Da,da, Oui-oui… :

Hugo Ball, fondateur du premier groupe, le groupe Dada, disait que le mot Dada désignait soit oui-oui dans certaines langues, ou un petit cheval à bascule, ou un violon-d’Ingres, mais surtout disait-il, pour ne choisir parmi les noms se terminant en "isme"…

Ça c’est pour l’anecdote, en fait il s’agit d’un groupe d’artistes, de créateurs, d’écrivains, de poètes révoltés par les mœurs sanguinaires des dirigeants de l’époque, c’est une aversion totale pour ce qui fut appelé "La Grande Guerre".

Ces groupes s’inspirent consciemment ou parfois inconsciemment de l’esprit de révolte de leurs prédécesseurs du dix-neuvième siècle, ceux là même qui refusaient les concepts sclérosés de l’Académisme (voir les nombreux concepts de cette époque). L’épisode le plus souvent relaté est certainement la fugue manquée d’Arthur Rimbaud, qui à peine âgé de quinze d’ans, échappa à la surveillance familiale et s’enfuit par l’une des fenêtres du rez-de-chaussée, puis se dirigea prestement en direction de la gare de Charleville ; pour pensait-il, aller rejoindre les insurgés sur les barricades de la Commune de Paris. Malheureusement, son coup échoua... Un autre épisode marquant de la Commune de Paris, fut lorsque le peintre Gustave Courbet, qui appartint à la Fédération des artistes de la Commune (il en fait même le président), institua un décret proclamant « la mort de Dieu ! »

Ces deux groupes (Bauhaus et Dada) emboîtèrent spontanément le pas aux mouvements révolutionnaires (parce qu’eux même se définissaient comme révolutionnaires), le plus souvent il s’agissait de mouvements insurrectionnelles et de révoltes ouvrières, dont certains (le socialiste révolutionnaire Karl Liebknecht qui à peine sortit de prison en 1918, se joindra au "Conseil des ouvriers et des soldats" via le Bauhaus, groupe animé par le créateur Walter Gropius et par Paul Klee) influencèrent directement les orientations politiques de ces deux groupes ; ce qui les amena à fonder le "groupe Novembre" dans l’esprit des "Conseils d’ouvriers et de soldats", que le gouvernement de la nouvelle République s’empressa de réprimer dans le sang…

A la suite de leurs déclarations ou provocations, les réaction hostiles ne se firent pas attendre. Interdictions, censures, contre-manifestations, jusqu’aux réactions ultra-violentes à leur encontre, en particulier lorsque l’un des membres est juif, on assiste alors à un déchaînement d’antisémitisme d’une incroyable violence.

La Suisse, dont le territoire fut déclaré et reconnu neutre par de nombreuses autorités, fut un refuge inespéré pour beaucoup de membres.

Le communisme serait-il "esthétique" ? :

On parle de Dada comme d’un raz de marée dévastateur qui détruira tout sur son passage... Ceux qui appartienne au groupe Dada, revendique une liberté totale, en complète contradiction avec la notion d’appartenance, et bien qu’ils aient pris la précaution de tous se déclarer "président". C’est aussi ça Dada ! Oui, mais c’est aussi les portes paroles du raz le bol généralisé de cette tuerie qu’était la "Grande Guerre" dévoreuse de beaucoup d’enfants des Patries.
Et pourtant, ils le déclareront, l’écriront, leur patrie c’est nulle part !
C’est ici et ailleurs, partout en même temps et tout le temps.
Ce qui interloquera les divers et nombreux témoins, c’est la rapidité de propagation quasi instantanée et internationale du groupe Dada.
Leur goût prononcé pour les *couleurs, vives de préférences, des formes, des sons (des recherches expérimentales sur le langage et les sons seront entreprises par quelques membres du groupe), la mise en scène de tous les éléments dont ils disposerons pour exprimer leur révolte contre les provocations d’une société marchande qui agit que pour réprimer sauvagement toutes formes de rébellion.

Dada c’est la couleurs, c’est la vie !

Le groupe se scindera en deux, (c’est une aberration de prétendre restreindre la richesse du mouvement Dada à deux groupes, sans tenir compte des fortes personnalités des membres issus de l’un ou l’autre de ces groupes, car chaque membre pouvait prétendre représenter à lui seul un groupe autonome, mais les grandes tendances se cristallisèrent sur ces deux groupes distincts), les anarchistes individualistes, et ceux (plutôt collectivistes) qui collaborent plus ou moins ouvertement à des mouvements politiques allant de la gauche communiste au socialisme. Voir à ce sujet le chapitre sur le "Congrès constructiviste" de Weimar en 1922, dans « Encyclopédie du Bauhaus, »

(...) Manifeste de l’art prolétarien :

Un art qui se réfère à une classe déterminée d’hommes n’existe pas et existerait-il, il serait sans importance pour la vie (note de l’auteur : sous-entendu « la vie c’est Dada ! »), Il n’y a pas d’art fait pour les prolétaires parce que le prolétaire qui crée de l’art n’est plus un prolétaire mais un artiste. L’artiste n’est ni prolétaire ni bourgeois et ce qu’il crée n’appartient ni au prolétariat ni à la bourgeoisie mais à tous. L’art est une fonction spirituelle de l’homme et vise à le délivrer du chaos de la vie (du tragique). L’art est libre dans l’utilisation de ces moyens mais lié à ses lois propres et dés lors qu’une œuvre d’art est une œuvre d’art, elle est bien au-dessus des différences de classes prolétariat-bourgeoisie. Si l’art devait servir exclusivement le prolétariat, en dehors que le prolétariat est contaminé par les goûts de la bourgeoisie, cet art serait aussi limité qu’un art spécifiquement bourgeois. Un tel art ne serait pas universel, ne prendrait pas ses racines dans l e sentiment d’appartenance à la nation du monde mais dans des considérations individuelles, sociales, limitées dans le temps et dans l’espace (...)

Certains membres du second groupe poseront en "esthètes du communisme " ; on pourrait leur en faire reproche, mais bon...

fêlure :

La rupture est consommée (mais ils se réconcilierons très vite), lorsque, André Breton et Louis Aragon seront confrontés à l’esprit caustique de Tzara qui déclarait dans un manifeste : « Dada reste dans le cadre européen des faiblesses, c’est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses, pour orner le jardin zoologique de l’art de tous les drapeaux des consulats do do bong hiho aho hiho aho. » Premier manifeste Dada. Ainsi que lorsqu’André Breton s’attribuera le rôle de "Président du tribunal" lors de "l’affaire du Procès Barrès" ; Louis Aragon aura le rôle "d’avocat de la défense", avocat qui mettra en accusation le "tribunal", pendant que Tzara, quittera précipitamment le "tribunal" avec tous ses amis Dada, sans écouter l’accusation de Louis Aragon, alors que lui même était intervenu auparavant dans un rôle tout à son avantage.
Ce "procès" laissera apparaître des divergences dans le groupe qui ne feront malheureusement que s’accentuées ; Encore un détail, certains membres du groupe Dada ne se déplaceront même pas, n’approuvant pas l’idée d’un "procès ".

Déclaration lut au "procès" Barrès :

Vous êtes tous accusés, levez-vous.

L’orateur ne peut vous parler que si vous êtes debout.

Debout comme pour la Marseillaise,
debout comme pour l’hymne russe,
debout comme pour le God save the king,
debout comme devant le drapeau.

Enfin debout devant DADA qui représente la vie et
qui vous accuse de tout aimer par snobisme,
du moment que cela coûte cher.

Vous vous êtes tous rassis ?
Tant mieux, comme cela vous allez m’écouter avec
plus d’attention.

Que faites vous ici, parqués comme des huîtres sérieuses
— car vous êtes sérieux n’est-ce pas ?
Sérieux, sérieux, sérieux jusqu’à la mort.
La mort est une chose sérieuse, hein ?

On meurt en héros, ou en idiot ce qui est même chose.
Le seul mot qui ne soit pas éphémère c’est le mot mort.
Vous aimez la mort pour les autres.
A mort, à mort, à mort.
Il n’y a que l’argent qui ne meurt pas, il part seulement en voyage.

C’est le Dieu, celui que l’on respecte, le personnage sérieux
— argent respect des familles. Honneur, honneur à l’argent : l’homme _ qui a de l’argent est un homme honorable.
L’honneur s’achète et se vend comme le cul. Le cul,
le cul représente la vie comme les pommes frites,
et vous tous qui êtes sérieux, vous sentirez plus mauvais
que la merde de vache.

DADA lui ne sent rien, il n’est rien, rien, rien.
Il est comme vos espoirs : rien.
comme vos paradis : rien
comme vos idoles : rien
comme vos hommes politiques : rien
comme vos héros : rien
comme vos artistes : rien
comme vos religions : rien

Sifflez, criez, cassez-moi la gueule et puis, et puis ?
Je vous dirai encore que vous ê tous des poires.

Dans trois mois nous vous vendrons, mes amis et moi, nos tableaux pour quelques francs.

Francis PICABIA.

André Breton et Louis Aragon n’hésiterons pas dans des déclarations postérieures à se débarrasser d’une partie de leurs anciens engagements pour créer un nouveau groupe (le surréalisme révolutionnaire (?) ), que Dada vomissaient (les querelles étaient aussi brèves que les réconciliations). _ Louis Aragon fut un soutien actif du Parti communiste français, lui et André Breton ne seront pas seuls à subir les rancœurs et le désintéressement de certains Dada, car d’autres jugeront aussi sévèrement le cubisme, et le constructivisme etc.
Dada ce fut aussi ça : des provocations, des contradictions et tout le reste…
*De grâce qu’on ne me fasse pas de "procès" en sorcellerie, les "ragauts" comme l’a écrit môssieur GUIL dans un commentaire, sont en général des échanges épistolaires ou des articles que s’adressaient les membres de groupes apparemment opposés ("ragots" qu’ils s’empressaient de faire publier), où les violentes apostrophes et les injures y sont très fréquentes (âmes sensibles s’abstenir…) On pense notamment au dessin de Francis Picabia, le surréalisme crucifié en 1924, qui consacre le passage de certains Dada au mouvement Surréalisme révolutionnaire (?) C’est à peu près à cette époque que certains de ses détracteurs surnommèrent André Breton "Pape du surréalisme ".
Le futurisme est un concept très controversé, et Marinetti est souvent taxé de marionnette de l’avant-garde d’opérette, car se sont des fascistes italiens qui l’utilisèrent pour le mettre en scène, en l’assimilant (au travers de ce concept)*au mythe de l’homme nouveau. Ce mouvement politique a largement contribué à discréditer les mouvements avant-gardistes eux-mêmes.
* Ce concept aussi fut largement dévoyé par les fascistes et les fachos de tous poils ; ce sont de grands classiques des méthodes de détournement à des fins idéologiques ou électoralistes ; aujourd’hui encore, Sarkozy l’utilisa de différentes manières, pour parvenir à son but et se faire élire à la présidence de la République. Certains artistes ont été sollicité par le Bauhaus pour des conférences ou pour y dispenser un enseignement (voir dans « l’Encyclopédie du Bauhaus » les noms, l’enseignement qu’ils ont dispenser ou les manifestations auxquelles ils ont participé)

Les expérimentations Dada :

Ce domaines est moins connu, mais des recherches et des études très intéressantes furent entreprises par quelques membres du groupe Dada (en particulier par Raoul Hausmann et Johannes Baader) sur les dessins de fous°, le langage (et plus tard, Antonin Arthaud n’y sera pas pour rien), la psychiatrie, la typographie, la photographie, le mouvement dans l’espace, dans la mise en scène et la danse, etc. _ Ce sujet passionnant ne sera pas traité dans cet article, car il faudrait y consacré un article à part entière…

°Les nazis organisent en 1937 une exposition intitulé "l’art dégénéré", obligeant certains membres ainsi que de nombreux artistes à fuir au plus vite, pour échapper à la vindicte des fous furieux qui s’installèrent au pouvoir à cette époque en Allemagne. Dans d’autres Etats, ce furent les réactionnaires qui réagissent brutalement contre tous ces mouvements artistiques, au nom de l’"Ordre" établit.

D’autre mouvements avant-gardistes ou radicaux verront le jour peu ou longtemps après l’extinction de ces deux mouvements ; on pense en particulier à l’I.S. (l’Internationale Situationniste), qui avait prédit pendant ou après les évènements de mai-68, l’effondrement de la société du spectacle, et auxquels j’ai activement participé, de 1968 à 1969 (et bien au-delà d’ailleurs). L’I.S., ce n’était pas qu’un groupe de "poivrots" comme certains médisants le rapportèrent...
D’autres groupes, espérons le, continueront à ce créer, les Tagueurs, des groupes de Rapp etc. sont déjà à pied d’œuvre, mais n’ont pas toujours pas créer ou revendiquer de mouvements ou groupes organisés, dommage...

Je t’aime, tu m’aimes, on sème la merde... (lu cette inscription, anonyme, sur un murs de Paris)

NOTES

Se référer principalement à deux ouvrages : « Encyclopédie du Bauhaus, école du design », par L. Richard, Somogy, éd. en 1985, imp. en Espagne (introuvable) et « Journal du mouvement Dada », par M. Dachy, ed. Skira, éd. en 1989. (disponible) Pour les autres références et citations voir les bibliographies et surtout les œuvres de Rimbaud, Courbet, Arthaud dit "le Momo", Tzara, Picabia, Breton, Aragon, etc.

Remerciements, pour leur aimable collaboration (volontaire ou involontaire) pour m’avoir fait l’esprit de pensées révolutionnaires (radicales et expérimentales) aux montagnards et aux enragés de la Révolution française ainsi qu’à la Constitution de 1793, aux communards de la Commune de Paris, aux membres de mouvements tels les surréalismes révolutionnaires, le mouvement dont l’acronyme est "Co.Br.A." (COpenhague, BRuxelles, Amsterdam), le lettrisme (avant sa scission avec l’I.L.), à l’Internationale Situationniste (l’I.L. jusqu’en 1965, grosso-modo avant les démissions et départs volontaires des artistes et des créateurs), à Jacques Prévert et à son frère Pierre, à Paul Grimault, à Asger Jorn, à Constant etc. ainsi qu’aux nombreux anarchistes, et en particulier : à Elisée Reclus, à Kropotkine, à Proudhon, à Victor serge, à Bakounine etc. ainsi qu’aux poètes (mais pas tous), aux écrivains (mais pas tous), aux cinéastes (mais pas tous), et au peuple souverain…

jeudi 16 juillet 2009



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