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Quand le Venezuela nationalise

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Dimanche 07/09/2008 • 1 commentaire  • Lu 1660 fois • Version imprimable


Les tensions montent sur la planète. Les flottes militaires des USA et de Russie croisent dans les Caraïbes. A Cuba la gauche de Pedro Campos peut enfin s’exprimer pour demander la fin du socialisme d’Etat au profit d’un socialisme participatif et démocratique. Au Venezuela Chavez, malgré le soutien de tout le parlement (les dernières élections législatives furent boycottées par l’opposition) préfère les décrets-lois pour développer sa politique, une politique qui, en même temps qu’elle nationalise, verse des sommes importantes au secteur privé pour qu’il investisse.

Les tensions ont un nom simple : la crise financière. Qui est à l’abri ? Le point de départ est connu : les USA. Le point d’arrivée, lui, reste incertain au possible. Partout dans le monde. En conséquence chacun fourbit ses armes afin de se protéger en valorisant ses propres richesses. Pour le Venezuela, si socialement la misère recule, l’économie patine. Comme prévu par les organismes internationaux, la croissance risque de baisser fortement (de 9% à 3%). Une raison facile à deviner : les investissements étrangers sont en chute libre, et les investissements intérieurs ne font pas mieux. Mais qu’importe les critères capitalistes d’évaluation de l’économie ! Sauf qu’un problème touche les gens : l’inflation (de 22 à 30%). Le chômage baisse un peu.

La nationalisation en cours concerne le ciment et le conflit est sévère avec les Mexicains de la CEMEX, au moment où le président de ce pays met en route la privatisation de leur industrie pétrolière, la PEMEX. Si un accord a été trouvé avec le Français Lafarge et le Suisse Holcim, les Mexicains continuent de demander une indemnisation trois plus importante que le prix fixé. Le contrôle du ciment c’est le contrôle du bâtiment et si demain le bâtiment va… Jusqu’à présent l’essentiel de la production était exportée.

Le conflit n’est pas qu’économique, la bataille est sur tous les fronts. En vue des prochaines élections locales le Tribunal suprême de justice a décidé d’interdire toute candidature aux personnes condamnées pour corruption. Le journal Ultimas noticias a beau indiquer que 52,6% des personnes frappées d’interdiction viennent de la mouvance chaviste, l’opposition crie à la dictature. Elle appelle à la rescousse l’inévitable Vargas Llosa qui passe par Caracas pour y célébrer une de ses pièces, jouée au théâtre, et pour en même temps déclarer que l’Etat contrôle tout.

Les tensions ont un nom simple : la montée de la violence. La sortie, y compris en France, d’un film brésilien à vocation « réaliste », montre comment un commando de police sème la terreur. Un réalisme qui banalise encore plus la violence au lieu d’en permettre une analyse. Les mafias sont prêtes à tout. En Bolivie aussi. Partout la question est le même. Négocier avec l’adversaire ou durcir le ton ? Moralès pensait que le référendum lui apporterait un bol d’oxygène. Pendant qu’il est absent du pays pour cause de voyage en Lybie et en Iran, le Conseil National Electoral ne l’autorise pas à proposer une ratification par référendum de la Constitution. Certains pensent que la mesure a même été suggérée par des amis du gouvernement pour éviter l’épreuve de force avec les oligarchies de Santa Cruz. Dans le pays voisin du Paraguay, Lugo, le nouveau président, dénonce, avec faits à l’appui, une tentative de coup d’Etat du président précédent.

Toutes ces tensions alimentent celles qui existent au Venezuela car le pays est une charnière de tout l’édifice. Contre toute attente L’ALBA (l’alliance bolivarienne) vient de recevoir l’appui du Honduras, et l’Equateur semble décidé à s’engager dans la même voix. Un peu comme s’il existait une course de vitesse entre les deux camps en présence. Dans ce contexte, le vide du pouvoir que crée traditionnellement l’élection présidentielle US, semble encore plus dangereux que Bush lui-même. La stratégie de la tension est un élément de la campagne électorale qui sert souvent à masquer l’autre élément : la crise sociale. Il s’agit d’un retour des nations qui sonne plus que jamais la fin du chant « altermondialiste ». Pour quelle nouvelle phase de l’histoire ?                        09-09-2008 Jean-Paul Damaggio


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Commentaires

Pourquoi nationaliser les cimenteries venezueliennes par berthier christian le Dimanche 07/09/2008 à 21:03

Tel qu'il est, l'article de Jean-Paul Damaggio semble relater une initiative unilatérale de Chavez : nationaliser les cimenteries parce que c'est socialiste. Et le débat serait clos. Telle n'est pas la réalité.
Chavez n'est pas arrivé au pouvoir avec un programme de nationalisations. Ce n'est qu'en 2006, 6 ans après sa prise de fonctions et 8 élections victorieuses qu'il a pu et qu'il a du prendre la majorité et le contrôle de l'industrie pétrolière.
Mon but n'est pas ici de relater les bases de l'exercice du pouvoir chaviste; ce serait l'objet d'un autre article et peut être d'un ouvrage moins modeste.
Concernant l'industrie cimentière, voici l'histoire inachevée de leur "nationalisation".
Tout d'abord, les fondements de cette industrie, comme ceux de l'industrie sidérurgique et de la production et de la distribution électrique ont été posés par l'état et financés par des crédits internationaux sous les régimes militaires des années 40-60.
Sous la pression des Chicago boys, les financiers américains ont délaissé l'industrie pour les "services" et l'Amérique latine a connu une fougue impitoyable de privatisation et de pillage des fonds sociaux et publics, pillage qui est une histoire en lui-même. 
L'industrie cimentière publique a donc été privatisée et l'installation des entreprises internationales du secteur encouragée, notamment Lafarge, Cemex, FLSmidth.
Celles-ci ont modernisé les cimenteries existantes et construit des unités modernes utilisant la matiere première et la main- d'oeuvre locale sans grand souci pour le respect de l'environnement.
Il en est résulté une importante ponction sur la richesse vénézuélienne de la façon suivante. 
Ces usines n'approvisionnaient pas ou plus directement le marché national aux bas prix résultant de leur proximité : la plus grande partie de leur production était exportée aux prix internationaux d'autant plus bas qu'ils étaient réduits de frais de transport, d'assurance et de financement largement calculés en devises. Quant au ciment, plâtres et autres produits finis ou semi-finis, ils étaient importés à prix fort par les mêmes majors cimentières, toujours grevés des mêmes prix de financement, assurance et transport, évidemment en devises.
Au Venezuela même ces produits étaient distribués par des camions et centres contrôlés par ces "majors".
Le marché national n'était ainsi plus alimenté en priorité au moment ou la hausse des revenus pétroliers et des familles déclenchaient une puissante relance de la construction.
Il en est résulté de nombreux retards de livraison des logements, une brutale spéculation sur les matériaux de construction et le mécontentement de la population et des PME et artisans de la construction.
Déjà échaudé par la spéculation dans la chaîne alimentaire qui l'a contraint à  constituer des réseaux publics d'épiceries, d'abattoirs et d'entrepôts frigorifiques par réquisitions, Chavez a décidé de renationaliser les cimenteries anciennement publiques et de prendre la majorité du capital des grandes cimenteries modernes à capitaux étrangers. Les négociations sont en cours.  Cemex, leader mondial à capitaux mexicains est celui qui refuse avec le plus de force de se contenter d'une participation minoritaire...sans doute parce que, plus que les entreprises européennes, elle est dépendante de ses créanciers nord américains.



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