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Quelques réponses simples à quelques arguments fallacieux

Par Jacques Cotta • Actualités • Vendredi 22/04/2005 • 0 commentaires  • Lu 1168 fois • Version imprimable


A un mois environ du vote sur le traité constitutionnel, les partisans du OUI tentent de renverser la tendance par une série d’arguments que nous aurions tort de prendre à la légère. Ils sont grossiers, certes, mais il nous faut y répondre point par point, condition pour renforcer le mouvement pour le NON, profondément ancré dans la population.

 

Il est assez cocasse de voir les mêmes arguments utilisés par les partisans du OUI, de l’UMP aux responsables du PS en passant par l’UDF et les chefs des « verts », un peu comme si un comité occulte était chargé de les alimenter pour leur permettre de tenir la distance. Dans le fond, cette réalité rend bien difficile toute distinction entre le OUI de droite et celui qui se veut de gauche.

• Premier thème rabattu ces derniers jours, l’utilisation à tout bout de champ de la date anniversaire du 21 avril 2002.

Curieusement c’est Jean Pierre Raffarin, en voyage officiel en Chine, qui a ouvert le bal. Parlant de « traumatisme » connu il y a trois ans au soir du premier tour des élections présidentielles, le premier ministre a lancé devant la communauté française de Pékin « un appel à tous nos compatriotes » pour le référendum, afin « qu’ils s’engagent dans cette participation démocratique » car, a-t-il précisé « comme le résultat sera évidemment serré, votre voix comptera ». Officiellement pour des raisons protocolaires, -sans doute pour des préoccupations liées à un simple souci d’efficacité, les prises de parole publiques du premier ministre aboutissant généralement à l’inverse de l’effet recherché- c’est en privé qu’il a précisé que « la victoire du OUI dépend de chacun ». Quelques heures plus tard, c’est François Hollande, qui reprenait le témoin, jouant dans la banlieue parisienne à fond sur la culpabilisation, en évoquant « les électeurs de bonne foi qui il y a trois ans ont désiré envoyer un message au premier tour de l’élection présidentielle et qui aboutirent à l’absence de la gauche au second tour ». Bref, le 21 avril est largement utilisé pour ramener le vote NON au référendum à un simple mouvement d’humeur coupable. Que Jean Pierre Raffarin fasse mine de ne pas comprendre la signification réelle du 21 avril 2002 est une chose. Mais François Hollande exagère. Il est en effet bien placé pour savoir que l’échec de Lionel Jospin il y a trois ans entraînant avec lui le parti socialiste et la gauche dans son ensemble n’est en rien le produit d’un « défoulement » passager, mais bien d’une orientation politique que les français ont massivement rejeté. Le NON au référendum du 29 mai s’inscrit dans la même lignée. A l’époque, le premier ministre Lionel Jospin et ses amis de la direction du parti socialiste avouaient d’ailleurs quelques états d’âme face à un libéralisme concrétisé dans une politique de privatisations sans précédent, un affaiblissement de l’état allant jusqu’à la reconnaissance de son incapacité à s’opposer à la politique des profits accrus pour le capital au détriment du travail, une remise en cause des services publics, et quelques autres mesures qui aboutirent au résultat que nous connaissons. Que nous disaient-ils en substance ? « Nous ne sommes pas responsables. Il s’agit de décisions européennes, d’application de directives… Nous n’avons pas le choix… ». C’est précisément cela qu’ont sanctionné les électeurs de gauche le 21 avril 2002. Et c’est le même clivage qui existe aujourd’hui sur la question du traité constitutionnel et qui oppose le OUI et le NON. Si le OUI l’emportait le 29 mai, la politique ultra-libérale contenue dans le traitée constitutionnel serait notre seul horizon. Il faut d’ailleurs reconnaître à Raffarin comme à Hollande une certaine continuité, sinon obstination, dans leur orientation libérale ou social-libérale. C’est bien pourquoi le vote NON s’inscrit aussi dans la continuité logique qui va du 21 avril 2002 aux différents scrutins qui ont suivi -élections régionales et cantonales et renouvellement du parlement européen- qui toutes ont sanctionné la défaite du libéralisme et la tentative de la part des citoyens de se réapproprier leur propre avenir.

• « Il existe dans le NON le virus de l’extrême droite » enchaîne à son tour le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

Après l’argument du 21 avril 2002, celui-ci s’imposait logiquement. Il faut faire peur, encore peur, toujours peur ! Absurde. D’abord, le NON est la gauche. C’est cela qui ressort de la campagne à un mois du vote. Il est ancré socialement. C’est d’ailleurs pourquoi malgré tous les matraquages, il persiste et progresse de sondage en sondage. Ensuite et surtout, ce n’est pas le NON qui favorise l’extrême droite, mais le OUI. En effet, ce traité constitutionnel soumis au référendum du 29 mai ne peut générer que des millions de chômeurs en Europe, une déréglementation généralisée dans l’essentiel de la vie sociale et économique, un accroissement des conditions difficiles et misérables, et serait par voie de conséquence à l’origine d’une recrudescence du populisme, du racisme et des ingrédients qui sont le fond de commerce du lepénisme et de l’extrême droite. C’est le traité constitutionnel qui porte en germe tout ce qui peut permettre demain une montée de l’extrême droite, comme c’est la politique mise en œuvre hier par le gouvernement socialiste de Lionel Jospin qui permet de comprendre le 21 avril 2002 et la présence de Le Pen au deuxième tour.

• « Si le NON l’emporte » nous dit-on, « ce sera la crise, l’isolement, la paralysie ! ».

Argument à nouveau partagé par tous les partisans du OUI qui tentent de dramatiser, d’effrayer. Mais si c’est le OUI, il est prévu qu’au plus tôt, le traité s’appliquerait en 2009. Soit quatre années qui permettraient, si la volonté politique s’affirmait, de rediscuter et d’engager une véritable réflexion allant dans le sens d’une renégociation, partant de la volonté des peuples et non de celle de quelques technocrates dont le chic est toujours de décider à l’écart, et souvent contre les peuples. Quatre années pour se donner les moyens d’une véritable assemblée constituante et dans l’attente la possibilité de fonctionner à travers des traités et accords interétatiques comme cela fut le cas avant la mise en place de la machine à gaz européenne.

• « La France serait seule à dire NON ! Isolement garanti ».

L’argument est aussi totalement faux. Mais même si nous devions être seuls, pourquoi nous en priver ? Lorsque les révolutionnaires « raccourcissaient » la royauté et établissaient la république, ils étaient seuls et s’adressaient durablement au monde entier. Avaient-ils tort ? Chacun sait que notre NON ne sera pas isolé. Il sera aussi celui de tous les peuples qui n’ont pas le droit de voter parce qu’ils ne seront pas consultés. Ce NON, c’est un vote internationaliste, qui part des préoccupations et des intérêts des travailleurs de l’Europe entière et qui s’adresse par les valeurs qu’il porte au monde entier… De toutes les façons, il est fort vraisemblable qu’au sein de l’union européenne un ou plusieurs pays disent NON. Et qu’en conséquence il faille tout remettre à plat. Mais si la France dit NON, avec son histoire, ses traditions, les acquis arrachés de longues luttes, les valeurs de la République, c’est d’ores et déjà une orientation, un rapport de force, une ligne directrice qui s’imposeront pour aborder l’avenir…

• « Le NON français, c’est un NON belliqueux, guerrier, alors qu’en Allemagne le OUI va l’emporter ! ».

Déjà sous-jacent, cet argument va sans doute envahir sous une forme ou une autre l’espace médiatique lorsqu’à la mi-mai l’Allemagne aura fait connaître son choix. Les grandes déclamations sur « les efforts de réconciliation » mis à mal par le NON français tenteront d’envahir l’espace de discussion alors qu’outre Rhin le OUI l’aura emporté. Mais qui va dire OUI en Allemagne ? Le peuple n’aura pas le droit de se prononcer. Ce sont les députés au sein du Bundestag, qui vont dire OUI. D’un commun accord, les membres du SPD, de la CDU qui d’ailleurs ont jusque là ensemble pris toutes les mesures que subissent les travailleurs, jeunes et retraités allemands. Un OUI là aussi cohérent avec la politique menée par le chancelier Schröder. De l’allongement du temps de travail à la limitation des salaires, voire leur baisse, tout doit y passer. Et c’est cette politique qu’il nous faudrait prendre pour modèle ? Ce sont ces députés qu’il nous faudrait imiter ? C’est comme eux qu’il faudrait voter ? Le OUI des députés allemands est une justification supplémentaire s’il le fallait au NON populaire qui s’exprimera le 29 mai.

• « Ne vous trompez pas ! Il faut dire OUI ! Ceux qui savent le proclament. Soyez raisonnables et écoutez-les ! »

Ceux qui savent ? La direction du parti socialiste s’est voulue convaincante en affichant, autour de son premier secrétaire, « ses grandes figures historiques » qui plaident pour « l’adoption du traité constitutionnel ». Qu’on en juge : Jacques Delors, Pierre Mauroy et Michel Rocard posant pour la postérité. Heureusement, le ridicule ne tue pas ! Jacques Delors, l’ancien collaborateur de Jacques Chaban Delmas, qui à l’image du personnel européen, n’aura jamais osé affronter sur son orientation démocrate chrétienne d’alliance capital-travail –c’était à l’époque « la participation »- le suffrage universel. Pierre Mauroy, le premier ministre de François Mitterrand qui plaida en son temps pour le tournant de la rigueur et qui referma en 1983 le livre des espérances socialistes pour des millions de travailleurs et de jeunes de notre pays. Michel Rocard enfin, l’homme de la « deuxième gauche », celui qui au nom de la « modernité » a toujours vu dans l’héritage du socialisme, et plus grave, dans son propre parti, l’expression d’un archaïsme paléontologique insupportable. Et c’est ce trio qui devrait convaincre les hésitants à voter OUI !

Les arguments de mauvaise foi ne vont pas manquer dans le dernier mois de campagne. Ils nourriront une entreprise de désinformation, digne de la pure propagande des pays totalitaires, que les médias vont décupler à l’approche de l’échéance. L’entreprise montée par l’Elysée dans « le débat » entre le président de la république et quelques dizaines de jeunes triés sur le volet n’a été que le début. Des surprises sans aucun doute nous attendent. Dont une d’ores et déjà annoncée à grand renfort de presse. Lionel Jospin va faire son retour. Pour nous appeler à voter OUI bien sûr. Avec quelle argumentation ? « Le danger lepéniste » ? « Son attachement au socialisme » ? « Sa fidélité au parti qu’il a déserté un soir d’avril 2002 » ? Chaque chose en son temps… Les meilleurs moments sont décidemment à venir.

Jacques Cotta Le 22 avril 2005


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