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Sarah Palin and Marketing

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Lundi 22/09/2008 • 0 commentaires  • Lu 1504 fois • Version imprimable


En 24 ans comment le rapport entre politique et marketing a-t-il pu s’inverser sur ce plan comme sur d’autres ?

 

Même si la proximité politique entre Démocrates et Républicains est ancienne aux USA, encore en 1984, face à la candidature du sortant Reagan, les Démocrates occupaient le versant social du capitalisme quand les Républicains en occupaient le versant libéral. Walter Mondale faisait figure d’homme presque de gauche. Mais, depuis les années Clinton, la page a été totalement tournée, le peuple et ses préoccupations ne font plus que de la figuration. D’ailleurs le peuple existe-t-il ?

Aujourd’hui la campagne électorale est donc devenue un vaste décor de carton pâte digne du meilleur cinéma. Obama avait gagné de justesse face à une femme, il fallait donc une femme pour aider McCain à maintenir ouverte la plaie des primaires démocrates (82% des femmes ayant soutenu Hillary pensent se tourner vers McCain). Obama se voulait l’homme opposé à la classe politique de Washington, il fallait donc une femme outsider de la politique. Et ce fut Sarah Palin qui apportait en plus avec ses positions d’extrême droite la garantie d’un soutien de communautés religieuses influentes.

Opération marketing sur toute la ligne et opération réussie au-delà des espoirs républicains eux-mêmes, quand la presse se décida à ridiculiser cette femme jugée incapable, et qui bénéficia alors de la compassion des autres femmes.

Etrangement, à un mot prêt, on posa à Sarah la question que l’on posa autrefois à Géraldine. Si cette dernière dut expliquer comment elle pourrait répondre à une attaque soviétique, Sarah fut interrogée sur la réponse qu’elle apporterait à une attaque de la Russie. C’était juste au moment où la Russie décidait d’une contre-attaque en Géorgie ! Comme si les femmes constituaient un bloc psychologiquement fragile, bloc qui crée ensuite des conséquences.

Tous les sondages plus minutieux les uns que les autres indiquent que Sarah permit à John de gagner des points (voir le dernier en date de Newsweek) tandis qu’autrefois Géraldine en fit perdre beaucoup à Walter (les femmes d’alors pensèrent que Géraldine ferait mieux de s’occuper de sa vie familiale). Le marketing aurait-il assuré la naissance d’un nouveau comportement des femmes aux USA ? Incontestablement Sarah Paulin a bénéficié de l’effet Hillary Clinton dont pourtant Obama aurait dû tirer profit. Mais voilà Obama a préféré choisir de se préserver sur son flanc faible, sa jeunesse, en choisissant comme numéro 2 un vieux briscard de la politique.

Parce qu’ainsi on s’éloigne à cent à l’heure des questions politiques de fond, on constate que la forme prend le dessus sur le fond.

Le fond, m’a répondu un lecteur à mon précédent article, c’est qu’Obama est le candidat de Wall Street et point à la ligne. Comme si Wall Street c’était un bloc compact alors qu’ils sont aussi nombreux ceux qui profitent des failles, que ceux qui tombent dans les failles. Pour le dire autrement et en schématisant, Obama est le candidat de Google et McCain celui du complexe militaro-industriel. Bien sûr, les deux géants peuvent avoir des intérêts communs mais aussi des intérêts divergents. En 2000, quand Bush est arrivé au pouvoir, il a promis une maison pour chaque famille américaine. Nous savons huit ans après le prix à payer, et les guerres internationales qui accompagnèrent cette flibusterie. Dans ce contexte difficile pour les Républicains, le vote des femmes est devenu un enjeu majeur comme le vote des pauvres, et il est utile de constater qu’au moment où dans le Sarkophage, Paul Ariès évoque avec intérêt le livre « Pourquoi les pauvres votent à droite ? » de Thomas Franck, un hebdomadaire français titre au sujet du duo McCain / Sarah : la revanche des pauvres de l’Amérique profonde.

Sarah Paulin a aussi été choisie par le marketing pour rappeler que les Républicains pensent plus aux pauvres que les Démocrates en col blanc même si leur peau est noire.

Ces paradoxes manipulés par le marketing n’effacent pas la vraie question posée par Paul Ariès et sur laquelle nous reviendrons : « Comment refaire de la question économique l’axe majeur de tout projet alternatif ? ».

20-09-2008 Jean-Paul Damaggio

P.S. Sur la crise financière venue des USA je renvoie au moins à deux articles que j’avais publiés sur ce site concernant l’un l’arrivée de DSK au FMI et l’autre le commentaire du livre de Soros quand il est sorti aux USA. J’y indiquais que DSK entrait au FMI pour sa liquidation et que Soros en dénonçant les fondamentalistes du marché préparait le retour à l’Etat-providence pour les dividendes et non pour les salariés (d’où la différence à faire entre étatisation – ce que fait Bush – et nationalisation ce que devrait prôner la gauche).


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