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Tartuffe et Tartuffe sont dans un bateau

Par Denis Collin • Internationale • Samedi 05/04/2008 • 0 commentaires  • Lu 1311 fois • Version imprimable


L’actualité internationale vue de France nous offre quelques numéros d’hypocrisie de haute volée et des discours de la plus belle langue de bois. On ne résiste pas au plaisir ou au dégoût d’en dire quelques mots.

 

Tartufferie n°1 : la Chine et le Tibet

C’est entendu, le Tibet n’est pas un gentil petit pays démocratique écrasé des Chinois totalitaires. Le bouddhisme tibétain réellement existant n’a que peu de choses à voir avec le doucereux produit d’exportation qu’est le bouddhisme à destination des gogos européens en mal de « spiritualité ». Il est cependant curieux de lire et d’entendre tous les pourfendeurs de l’impérialisme, tous les rescapés de toutes les aventures staliniennes volant au secours de la Chine (dite populaire) censée apporter, même si c’est manu militari, le « progrès » à ces arriérés de Tibétains. En 1980, les « camarades soviétiques », approuvés en direct de Moscou, par Georges Marchais, décidèrent d’apporter le progrès à l’Afghanistan. On connaît la suite. Pour soutenir le progrès démocratique contre l’ours soviétique, la CIA finança les Talibans et Al Qaida. Calcul d’une grande intelligence... Et bien, voilà que nos mao-staliniens attardés retrouvent pour soutenir la Chine capitaliste les accents de Leonid Brejnev ... ou ceux de Reagan. Étonnant, non ?

Tartufferie n°2 : le Tibet et la Chine

Toutes les puissances occidentales, celles qui ont occupé et continuent d’occuper terres et peuples de par le monde entier, ceux qui soutiennent les tyrans africains (genre Bongo), ceux qui envahissent l’Irak et mettent le pays à feu pour y faire régner l’ordre (démocratique occidental !), ceux qui cautionnent l’occupation illégale de la Cisjordanie et de Gaza, tous ceux-là et d’autres encore volent au secours du droit du peuple tibétain à se déterminer lui-même. Nul doute que tous ceux qui agitent le drapeau tibétain à l’occasion des JO de Pékin agiteront le drapeau palestinien lors de la prochaine venue d’un officiel israélien à Paris.

Tartuffe n° 3 : l’Afghanistan hier et aujourd’hui.

C’est certain : la décision de Nicolas Sarkozy d’envoyer 800 soldats français supplémentaires en Afghanistan est une bêtise, peut-être même du point de vue de Nicolas Sarkozy lui-même. Pourquoi éprouve-t-il le besoin d’apporter un soutien voyant à un président Bush carbonisé et sur le départ ? Pourquoi persévérer dans une guerre d’ores et déjà perdue. Guerre ? Le mot n’est jamais prononcé mais les troupes des USA et de leurs alliés ont pris la place des Soviétiques et ne réussiront pas mieux qu’eux. Mais il n’est pas certain que les socialistes soient les mieux placés pour dénoncer cette aventure. La France est engagée dans cette aventure afghane depuis fin 2001 et elle l’a fait sous l’autorité du Premier ministre de l’époque Lionel Jospin...

Tartufferie n°4 : le retour à l’atlantisme

L’avantage de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il fait ce qu’il avait dit. Certains nourrissaient l’espoir que l’adaptation à la fonction présidentielle le ramènerait peu ou prou dans les chemins bien frayés de la politique gaullienne (pauvre Guaino...). Il faut se rendre à l’évidence : son atlantisme n’était pas seulement électoral et le retour symbolique de la France dans l’organisation intégrée de l’OTAN est programmé et c’est dans ce cadre que l’on doit apprécier l’envoi de 800 soldats supplémentaires en Afghanistan. Pourtant, il serait certainement utile de revenir, en historien, sur ce qu’a été la politique étrangère gaulliste, beaucoup moins anti-atlantiste que ne le disent les reconstructions a postériori. Mais surtout, Nicolas Sarkozy ne fait que mettre la touche finale à un processus amorcé depuis plusieurs années et même depuis les septennats de François Mitterrand - l’engagement du président socialiste en faveur de l’installation des fusées Pershing en RFA n’a rien eu d’innocent. Le plus extravagant est atteint quand on voit les chefs du PS dénoncer le virage atlantiste alors qu’ils approuvent le traité de Lisbonne, lequel consacre le principe qui fait de l’OTAN la seule défense européenne possible.


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