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Un nouveau parcours

Après le « vieux socialisme », le communisme ? (suite)

Par la-sociale • Débat • Mercredi 02/07/2008 • 0 commentaires  • Lu 1272 fois • Version imprimable


[Ce texte est l’éditorial de la nouvelle revue « Comunismo e comunità ». Le programme de travail proposé ici recoupe en partie au moins les efforts que nous conduisons sur ce site pour articuler social et national, émancipation des travailleurs et autonomie des peuples, la république comme communauté politique et Marx.]

 

La revue change de nom après une période de gestation dans laquelle elle a assumé la dénomination de « Comunismo e Resistenza ». Ceci n’est pas dicté par des changements d’avis hâtifs ni par des corrections de chemin théorique, mais c’est le résultat médité d’un parcours culturel et d’élaboration qui nous a finalement porté sur le terrain que difficilement nous avons cherché à labourer au cours de ces dernières années.

Le point d’atterrissage nous l’avons saisi dans le concept de Communisme des communautés, qui, loin de représenter un oxymore, veut au contraire être la représentation souple de la complémentarité des deux termes et de la nécessaire exploration de leurs liens, selon nous, indissociables, comme possible déclinaison d’une véritable alternative au modèle libéral dans toutes ses expressions, culturelles, politiques et sociales. Une nouvelle théorie qui se fait praxis doit avoir débarrassé le champ des décombres et des équivoques post-XXe siècle qui nous tirent encore en arrière, inutile fardeau qui empêche de porter les idées là où aujourd’hui se trouve le terrain de confrontation et le règne de l’idéologie atomistique de l’individu consommateur dans une capitalisme qui a détruit tout résidu communautaire de classe, tant idéologiquement que matériellement, à travers la parcellisation et la dispersion des processus productifs.

Rester en arrière et s’attarder à épousseter des outils désormais inutilisables représente un véritable tort envers la raison et envers la possibilité de s’inscrire dans la réalité et c’est pour cette raison que la Revue entend se poser comme un point de référence pour le nouveau terrain de confrontation théorique avec de nouveaux instruments d’analyse. L’approfondissement et la réflexion théorique, fondée sur l’observation de la réalité, seront en effet les points centraux de la Revue, ouverte comme toujours à de multiples contributions. Comunismo e Comunità voit l’entrée de nouveaux rédacteurs, poussés eux aussi par l’exigence de rechercher de « nouvelles prairies » où allumer « étincelles », fatigués d’être reclus dans la « réserve indienne » dans des mondes parallèles fantomatiques ou l’incommunicabilité avec l’extérieur devient l’élément tragiquement dominant.

Le rapport en Communisme et Communauté, disions-nous, le problème de la liberté réelle individuelle (phagocytée par la trompeuse rhétorique libérale), du parcours existentiel autonome de chacun, dans la société nihiliste porteuse d’exemples et de modèles contraires à l’homme comme être social et rationnel, le libre développement de la Communauté (entendues dans toutes ses déclinaisons) comme lieu ouvert pour unifier encore une fois l’espérance d’une autre société, la volonté d’un communisme libre des entraves des « orthodoxes », des « bureaucrates administrateurs de faillite » et de « l’extrémisme hurlant autoréférentiel », tout ceci entend être mis en lumière dans ce numéro et dans les prochains d’une revue qui veut être un lieu de rencontre de sensibilités enclines à la réflexion et à la critique rationnelle du système capitaliste qui anéantit l’être humain.

La courageuse et complexe reprise du terme communisme, si maltraité » par l’histoire réelle de la praxis et de l’idéologie, est le résultat d’une longue réflexion qui nous a portés ne pas vouloir faire tomber ce mot chargé de significations métahistoriques et éternelles, dans l’oubli des résidus des musées ou de la forme sans substance, ni, encore moins, dans l’idéologisation pure et dure qui s’obstine à défendre le communisme selon des visions métaphysiques manichéennes et prétentieusement orthodoxes. Restituer au mot communisme toute sa signification, en le libérant de la stratification idéologique unilatérale accomplie en un siècle d’histoire, est possible, à notre avis en recourant à la complémentarité d’un mot tel que communauté. En effet, le communisme, s’il n’est pas communautaire, ne peut pas être. Cela peut semble une évidence, mais c’est inversement le point dirimant du choix difficile de reprendre sans hésitation la déclinaison théorique d’un communisme libéré des hallucinations messianiques, positivistes, mécanistes (sur le plan théorique), et des pratiques suicidaires comme la régression dans la forme purement folklorique repliée sur le système capitaliste et conflictuel ou l’extrémisme comportemental aliéné et antisocial. Le communautarisme philosophique, c’est-à-dire la considération de l’homme comme être inséparable (bien que distinct et spécifique) de la communauté humaine, universelle et particulière, est l’antithèse radicale de la vision libérale du monde, fondée sur une abstraction théorique sans rapport avec le réel, qui voit l’individu comme précédant ontologiquement la communauté, donc séparé d’elle et lié seulement a posteriori. Le communautarisme¸ partant, est un lieu philosophique général qui offre le champ pour greffer le communisme comme idéal métahistorique. Il n’y a aucune opposition entre communautarisme philosophique et communisme politique, l’un étant la prémisse du second, le second le résultat du premier. La communauté est le lieu de manifestation de l’être social véritable, étranger à toutes les dérives possibles, de type organistique, exclusiviste ou nationaliste. La communauté humaine à laquelle nous faisons référence est également tout à fait étrangère à la vision « communautariste » parfaitement intégrée à la société libérale, qui prêche la constitution de communautés ethniques closes à l’intérieur des ghettos périphériques des cités occidentales, sous la poussée de l’immigration incontrôlée. Ce type de communautarisme, outre qu’il nie le concept même de communauté politique, qui transcende la simple différence ethnique, prêche en réalité un relativisme culturel exaspéré qui n’est rien d’autre que le voile recouvrant une conception des relations humaines mono-culturelle et centrée sur le marché. De telles dérives communautaristes, en effet, sont spéculaires et seulement faussement opposés à l’atomisme libéral de la civilisation déracinée, sans nom et sans histoire.

La communauté est le véhicule même (affectif, de connaissance, de conscience et de participation) qui conduit l’individu à l’universalité. Elle se décline dans toutes ses formes possibles, des niveaux de plus grand voisinage à la citoyenneté politique ; elle est le lieu de l’exercice effectif de la véritable vertu politique et sociale qui, si elle ne vit pas à l’intérieur de contextes proches de l’homme mais dans des contextes éloignés par l’identité et la capacité d’être reconnu, peut devenir pure abstraction théorique. L’agrégation humaine intermédiaire, qui lie l’homme à un autre homme, est l’élément nécessaire et vital pour surpasser ce « saut dans le vide » de rousseauiste mémoire qui aurait dû créer, à travers une reconstruction ex novo du genre humain, une communauté totale renaissant selon la vertu.

Le Communisme et la Communauté sont dont des concepts qui se compénètrent l’un l’autre, où la communauté est le médiateur réel et vivant entre le singulier et le contexte et le communisme est la praxis d’organisation solidaire de la vie communautaire.

La communauté peut exister si l’individualité se pose face à elle dans la plénitude de la personnalité, dans la pleine distinction ontologique, dans la pleine possibilité critique et avec la rigueur et la discipline personnelle. S’il n’en est pas ainsi, la communauté régresse à l’état de troupeau ou à l’état de communauté massifiée et avec elle cesse d’exister l’individualité libre et consciente.

La référence à la communauté, comme lieu dans lequel le communisme peut s’ancrer sous une forme réelle, sans prétentions régénératrices collectives, sans mépris pour l’histoire, mais avec la pure et simple volonté de modifier les rapports de production et les rapports humains collectifs, est la référence à la nécessité du profond moment éthique-politique, comme espace de rencontre vertueux entre des individus singuliers libérés de la contradiction sociale stratifiée dans le rapport conflictuel : moment qui soit une réelle articulation entre la vie personnelle et la vie communautaire.

Sachant bien qu’aucun futur régénéré ne nous attend, puisque l’homme social est par nature contradictoire, rien ne peut empêcher de se rebeller contre l’obscénité et l’envahissement de notre intimité par un système social brutal qui valorise les pires instincts de la personne, en en rendant en même temps invisibles les causes et les raisons. Un système qui se couvre d’un manteau de formes, de procédures, de potentialités. Qui prêche le possible, l’omnipotence, l’évasion, la fuite. Un système qui détruit la stabilité, l’enracinement et le sens de l’appartenance, les rôles et les arts, le travail et les relations.

Ce système doit être combattu avec la conscience fondamentale qu’une telle lutte ne se substituera jamais au parcours intime, existentiel, de chacun, mais sera le complément indispensable de la cohérence profonde entre la nécessité intime et l’organisation communautaire. Deux concepts inséparables et pourtant à tenir rigoureusement distincts.

Abandonnant toute vision messianique universelle, rejettant le mythe de la rédemption collective sur terre, il est possible d’agir avec profondeur sur la réalité, sans équivoques et en pleine lumière, comme nous sommes en train d’essayer de le faire.

Retenons donc que “Comunismo e Comunità” doit être l’approche finale d’un parcours élaboré et limpide et nous pouvons parier que ce nom aura une longue vie : il faut donner du nouveau linge et un nouveau vêtement à ce lieu de dialogue réellement libre. La rédaction.


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