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Valls et son gouvernement à la campagne….

11 ministres -pas moins- en déplacement pour convaincre la France profonde de bien voter…. Cynisme ou humour ? Ratissage légitime ou simple « foutage » de gueule ?

Par Jacques Cotta • Actualités • Samedi 14/03/2015 • 4 commentaires  • Lu 2651 fois • Version imprimable


A dix jours des élections cantonales, pas moins de 11 ministres ont fait le déplacement dans l’Aisne pour tenter de convaincre les électeurs de se rendre aux urnes dans une dizaine de jours afin d’élire les conseillers généraux. L’existence du front national sert de prétexte à une agitation ministérielle qui cache mal la peur panique qui s’empare du pouvoir. Après la débandade des élections municipales, le gouvernement et le parti socialiste dans son ensemble –frondeurs compris- redoutent de connaître un nouvel effondrement. Car malgré tous les discours conciliants qui s’accordent pour souligner que « le vote concernera la désignation de bons gestionnaires locaux », les citoyens risquent fort de donner une portée plus politique et nationale au scrutin en voulant se prononcer sur les « politiques », exprimer leur rejet du personnel qui de droite ou de gauche mène la même politique, et donc sur la nature des mesures qui sont mises en œuvre.

Valls ou l’ Hôpital qui se fout de la charité !
 

Combattre le front national ? Mais d’où vient donc l’importance électorale, qui même relative n’en n’est pas moins réelle, du parti d’extrême droite ? Ne faut-il pas chercher la réponse dans la politique menée depuis plus d’une décennie par la « droite » et la « gauche » lorsqu’elles sont au pouvoir ?

La revue de détail des différentes réformes que  Nicolas Sarkozy n’était pas parvenu à mettre en œuvre et que François Hollande s’échine à imposer au pays serait quelque peu indigeste. Dans le contexte présent on pourrait citer la réforme territoriale qui au nom de la dette, des difficultés financières et donc des « économies nécessaires » vise à liquider un des acquis issu de la révolution française, les départements et/ou les communes, et à éloigner un peu plus les citoyens de leurs élus qui auraient encore moins de contact avec leurs électeurs qu’aujourd’hui, et moins de comptes à rendre. Un sale coup contre la démocratie porté par le gouvernement socialiste qui s’inscrit dans la fameuse « Europe des régions », régions riches d’un côté et « réserves d’indiens » de l’autre ; politique de l’union européenne que se partagent droite et gauche d’accord en tout point l’une avec l’autre, notamment pour dénier la démocratie, la souveraineté nationale et populaire[1].

On pourrait évoquer l’ANI, le pacte de « responsabilité » et les dizaines de milliards d’exonération de cotisations sociales des employeurs au détriment de la sécurité sociale. On pourrait parler des retraites et de l’aggravation des lois qu’avant les gouvernements Hollande ceux de Sarkozy avait imposées au détriment de millions de citoyens qui après une vie de travail apprennent qu’ils doivent travailler un peu plus pour des pensions moindres. On pourrait évoquer la « compétitivité », prétexte à une précarisation toujours plus importante du travail, à l’insécurité et l’accroissement de la souffrance que vivent des millions de salariés. On pourrait aussi –dernière en date- parler de la « loi  Macron » dite « loi fourre-tout » dont la cohérence est donnée par une remise en cause fondamentale du droit du travail dont les conséquences sont incalculables[2]. On pourrait donc revenir sur l’alignement complet –lorsqu’il ne devance pas l’appel- de François Hollande sur la politique de l’Union Européenne dans tous les secteurs, sur toutes les questions, au point de voir son ancien ministre Pierre Moscovici faire la leçon depuis qu’il a été placé à la commission européenne après sa déroute aux élections municipales. Il serait aussi possible d’évoquer pêle-mêle les tentatives répétées de « dénationalisation » de l’Education Nationale ou encore de déréglementation de toute une série de professions.

De l’avis général, les conséquences de cette politique, déjà perceptibles, annoncent le pire. Le taux de travailleurs dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté n’a jamais été aussi important. Le taux de chômage aussi et les discours complaisants qui annoncent une embellie ne peuvent que duper ceux qui acceptent de l’être, dans le monde médiatique notamment.

Cette politique de François Hollande et Manuel Valls soutenue par le parti socialiste –et en fin de compte par les frondeurs qui n’ont pas voté la défiance envers ce gouvernement- crée la désespérance et comme s’accordent à le reconnaitre l’ensemble des observateurs lucides fait le lit de l’extrême droite et du Front National.

Réalisme, Cynisme, Hypocrisie ou amnésie ?
 

C’est donc dans ce contexte que Manuel Valls accompagné de 11 de ses ministres a décidé de se rendre en province pour « prendre en compte les zones rurales » et annoncer « des mesures qui se veulent radicales ».

Outre les questions liées au téléphone ou à Internet, le premier ministre a notamment annoncé la mise en place de « services » dans certains commerces qui permettront de traiter « le train, pôle emploi, ou encore les questions liées à la sécurité sociale ».

  • Pourquoi ? Questionne un envoyé spécial aux questions prévisibles
  • Mais parce que nous constatons que le Front National progresse là où les territoires sont sous équipés, notamment en terme de services publics, répond un porte parole ministériel.
Quel aveu ! Et quels constats !

D’abord le gouvernement semble considérer l’importance des services publics non pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils peuvent rapporter en terme électoral.

Ensuite l’absurdité de la proposition. A l’usage en effet, ces fameux commerces (la poste a été précurseur en la matière) censés regrouper une série de services avec comme première préoccupation non pas le service rendu, mais le moindre coût et la rentabilité apportée, sont d’une totale inefficacité…

Enfin, nous sommes là au cœur qui permet à Marine Le Pen de dire fort justement et non sans démagogie qu’il existe sur le territoire des « oubliés de la république » et de prévoir des scores qui en de nombreux endroits placeront le Front National en tête du scrutin.  

En effet, la misère sociale organise la désespérance et jette dans les bras de l’extrême droite des millions de nos concitoyens. La morale n’a pas de place en la matière. Elle est tout aussi inefficace que les menaces proférées par le premier ministre à l’assemblée nationale contre les deux élus du FN. La désespérance est le produit d’une politique et ceux qui ont mis en œuvre la politique en question portent l’entière responsabilité de la situation. Leurs déclarations effrayées à la veille d’un scrutin n’y peuvent rien changer. L’histoire, la misère et la désespérance sociale disqualifient tout autant le Parti socialiste, la « gauche » dans son ensemble, que la « droite » et l’UMP.

Le retour en arrière, même succinct, est terrifiant[3] !
 

Les premiers services publics réduits, amputés puis fermés datent du « tournant de la rigueur » en 1982-1983 lorsque François Mitterrand, sous la pression de Pierre Mauroy et de Jacques Delors, décide l’ouverture des marchés financiers. La voie de la dérégulation est engagée.

En 1982, le débat fait rage au sein du nouveau gouvernement d’union de la gauche. Les déficits, les attaques contre le franc, l’environnement international sont mis en avant pour pousser Mitterrand à de meilleurs sentiments avec le système contre lequel il a été porté au pouvoir.  Deux orientations s’opposent et c’est celle de Jacques Delors et Pierre Mauroy, alors adversaires de Jean-Pierre Chevènement, qui l’emporte. L’ouverture aux marchés financiers est décidée. L’heure est alors à la rigueur synonyme d’austérité. Un peu plus tard, Georgina Dufoix, alors ministre de la santé donnera la cohérence de la politique engagée, déclarant que « la santé n’a pas de prix, mais elle a un coût ». La chasse aux coûts est engagée, dans la santé et dans les autres secteurs. Les services publics dont la fonction n’est pas de permettre des profits mais d’assurer un service égal sur le territoire pour tous les citoyens deviennent insupportables au capital financier, aux fonds de pensions, aux grandes compagnies d’assurances, aux grandes banques, aux grandes puissances financières qui prennent leur tour pour dépecer la bête.

Depuis, tous sans exception se sont employés à mener la même politique, devançant parfois même les désidératas d’une Union Européenne dont le seul objectif est la déréglementation et l’ouverture au capital de tout ce qui peut être rentable.

Les premières maternités, puis services hospitaliers sont fermés dés 1982 alors que le ministre de la santé n’est autre qu’un communiste, Jack Ralite.

Puis la valse continue, s’aggrave, s’accélère comme l’aurait chanté Jacques Brel.

Le démantèlement des services publics, la privatisation d’entreprises publiques, la liquidation des monopoles là où pourtant ils étaient la garantie d’un bon fonctionnement va atteindre des sommets. Avec en ligne de mire la liquidation du statut des fonctionnaires et la suppression de centaines de milliers de postes avec le non remplacement de fonctionnaires partis à la retraite.  La RGPP[4] de Nicolas Sarkozy frappe. François Hollande une fois élu devait y mettre un terme. Fadaise !  La RGPP « sarkozyste » laisse la place à la MAP[5]  « hollandienne » qui n’a pas grand-chose à lui envier.

Table rase ?
 

Aujourd’hui Manuel Valls qui a aggravé la situation des services publics et les conditions des fonctionnaires se manifeste officiellement « pour enrayer la montée du front national » dont il aura été en réalité par la politique qu’il mène un des principaux artisans.

Et pour faire en sorte que la comédie continue, tous, avec des arguments souvent identiques, nous appellent à leur apporter notre voix… Mais le stratagème pourra-t-il fonctionner ? Ou au contraire ne va-t-il pas creuser un peu plus le fossé avec des citoyens qui en ont assez d’être considérés comme une simple force d’appoint contrainte de subir une politique contre laquelle pourtant se sont présentés ceux qui la mettent en œuvre.

La solution ?

De plus en plus, la réaction tant redoutée par les responsables politiques se fait entendre : Ne pas cautionner, donc ne pas voter, tous les chasser, condition pour une refondation démocratique, républicaine et sociale…..

Le rejet des politiques et des partis traditionnels : mouvement d’humeur ou au contraire mouvement en profondeur ?

« Du passé faisons table rase » dit la chanson…   
 
Jacques Cotta
Le 13 mars 2015


[1] On se remémorera le référendum de 2005, le NON l’emportant largement et la réunion du congrès quelques temps plus tard au cours de laquelle les députés de droite et de gauche ensemble ont imposé le texte qui avait été rejeté.

[2] Voir sur notre site l’article « Kato i Troïka ».

[3] On pourra se reporter au livre que j’ai écrit en 2011 « Qui veut la peau des services publics » Editions Gawsewitch. Pour la question spécifiquement hospitalière, on pourra voir le documentaire que j'ai réalisé pour France2 "Dans le secret de... L'accès aux soins en danger". Bien que datant de l'époque Sarkozy, il demeure d'une cruelle actualité.

[4] Révision générale des politiques publiques

[5] Modernisation de l’action publique 

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Commentaires

petite question par djoulious le Dimanche 15/03/2015 à 13:01

 Une petite question concernant les élections. Etant donné, on le sait très bien maintenant, le mythe s'est écroulé, que voter ne sert à rien, si ce n'est pour désigner le représentant du pouvoir privé qui, prétendant que c'est pour notre bien, car "il n'y a pas d'autre alternative", fera tout ce qui est en son pouvoir pour accroître la domination de ce pouvoir privé sur le peuple; ma question est donc la suivante, si l'on se rend à son bureau de vote pour brûler sa carte d'électeur devant ce bureau, que se passerait-il?


par sbrunois le Dimanche 15/03/2015 à 14:42

Je tiens à vous remercier pour votre travail, M. Cotta, le votre et celui de Denis Collin. J'ai personnellement renoncé à tout positionnement politique institutionnel. Ma lecture approfondie de Clouscard, l'écoute de M. Pagani, ainsi que la lecture de vos articles, m'en ont définitivement convaincu. Je crois qu'un sursaut populaire, républicain, souverainiste, social, de refondation sous l'unité nationale, soit la seule solution plausible. Mais est-ce encore possible ? "Sous les pavés : Le Pen."... et je ne l'ai compris que trop tard ! Et combien d'autres le comprendront ?

Quel espoir pour les classes laborieuses ? Quel espoir pour la France ? Je suis bien pessimiste quant à la suite des évènements... "la chouette de Minerve ne vole qu'au crépuscule" ("quand il est bien trop tard pour faire des calculs", comme le rajoute Muray).


Drôle de printemps par REGIS le Samedi 21/03/2015 à 02:27

« Ne pas cautionner, donc ne pas voter, tous les chasser ».
Bien entendu sur la première proposition, le « hic » c’est pour la seconde.
Ce scrutin pourrait asseoir encore plus la baudruche FN d’autant plus qu’il est « gratuit » en termes d’exercice du pouvoir réel. Sommes-nous condamnés à assister, impuissants, à cette montée ?


Re: Drôle de printemps par sbrunois le Dimanche 22/03/2015 à 09:29

Je crois que les choses se feront d'elles-mêmes au dernier moment, c'est-à-dire quand on sera arrivé au pire, et ce n'est sans doute pas l'épouvantail FN... Voilà sans doute le sens de l'aphorisme de Hegel que j'ai cité plus haut - et ça me terrifie, je ne vais pas vous mentir Régis...

Allons, courage ! la lutte vers les sommet suffit à combler le coeur d'un homme, comme dirait l'autre. Ca et l'Amor Fati voilà bien, je crois, tout ce qu'il nous reste.



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