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Le socialisme ou le communisme, c’est plus de liberté ! Ou, du moins, ce devrait l’être…

jeudi 14 décembre 2023, par Denis COLLIN

Voilà l’objectif que devaient poursuivre les communistes — qui s’appelleront plus tard « socialistes » ou « social-démocrates » :

« À la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. » (Marx & Engels, Manifeste du Parti communiste, 1848)

Lucien Sève raconte comment des générations de militants ont systématiquement lu cette phrase à l’envers : le libre développement de tous est la condition du libre développement de chacun ! Ce n’est évidemment pas du tout la même chose. Si l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, il est clair que la plus grande liberté est requise pour cette émancipation. Plus la liberté de conscience et d’expression, plus la liberté de s’organiser pour faire valoir ses idées, plus la possibilité de gouverner sa propre vie, est grande et plus le communisme devient possible ! Aux bolcheviks qui venaient de s’emparer du pouvoir, Rosa Luxemburg rappelait que la liberté est le milieu vital du mouvement ouvrier et, de fait, le bolchevisme est devenir l’étouffoir et le linceul du mouvement ouvrier. Quand les vieux communistes d’avant 1917 critiquaient la « démocratie bourgeoise » ou les « droits de l’homme », c’était uniquement parce que cette démocratie et ces droits étaient une démocratie et des droits mutilés, réservés aux privilégiés et non pas des droits égaux pour tous. Marx et Engels voyaient les États-Unis et la Hollande comme les pays les plus proches du socialisme parce qu’ils étaient les plus démocratiques, ceux où l’autogouvernement était le plus développé et notamment l’autogouvernement des communes. Quand nos deux maîtres faisaient de la Russie l’ennemi à abattre, c’est parce qu’elle était le foyer de l’autocratie et de la réaction. Rappelons aussi que Marx avait une piètre opinion du sieur Bolivar dont il détestait l’autoritarisme. N’en déplaise à Mélenchon, qui fut un « bolivarien fervent » avant de rallier la cause d’Allah, le caudillisme et le socialisme n’ont rien à voir…

Sur ce thème, on peut écrire des pages et des pages. Il apparaîtra alors en pleine lumière que la révolution russe et l’instauration de la « dictature du prolétariat » sous les espèces de la dictature du parti a été la grande catastrophe historique du mouvement ouvrier et toutes les autres catastrophes en découlent.

Il serait bon de revenir au Manifeste de 1848 ! Et donc, il faut apprécier la situation politique, non en fonction du « campisme » dominant, la plus stupide des idéologies, mais en revenant à l’objectif du mouvement, faire que « le libre développement de chacun [soit] la condition du libre développement de tous. » Ainsi, aussi tronquée et mutilée qu’elle soit, la démocratie qui subsiste tant bien que mal en Europe reste préférable à tous les autres régimes. Personne n’aurait sérieusement envie de vivre chez les talibans, et même pas en Turquie, qui est sans doute, indépendamment des objectifs d’Erdogan, un des moins tyranniques des pays musulmans. La Russie de Poutine n’est plus celle de Staline, certes, mais pour autant elle reste une prison des peuples. La thèse selon laquelle il y a un « sud global » à opposer à l’Occident impérialiste est d’une rare bêtise bien qu’elle soit soutenue, hélas, par des gens fort intelligents. La Russie, la Chine et les principaux pays musulmans ne sont pas moins impérialistes que les États-Unis. Ils ont d’ailleurs tous de solides traditions en ce domaine.

Bien que la politique des dirigeants actuels d’Israël soit à la fois répugnante et folle (même de leur point de vue), Israël, même avec le déclin des kibboutz, reste infiniment plus proche du socialisme que ses voisins ! L’islamisme radical, porté tant par le Hamas que par le Hezbollah est le pire que l’on puisse imaginer. Soutenir (même de manière « critique ») ces gens-là, c’est un peu comme ceux qui soutenaient Hitler contre les impérialistes anglo-saxons.

De quelque manière que l’on prenne les questions, c’est la liberté qui est au centre. Nous ne reprochons pas à Macron d’être « libéral » (il ne l’est à aucun titre), mais de mettre en œuvre une politique au service du capital en usant pour cela de tous les moyens des régimes autoritaires, de la répression des gilets jaunes au 49.3 à répétition et à la liquidation progressive des libertés publiques. Nous ne reprochons pas aux États-Unis d’être libéraux, mais de bafouer la liberté des autres tout comme celle des Américains pauvres. Chez nous, comme sur l’arène internationale, n’oublions pas le sixième couplet de la Marseillaise :

Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs !
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire


J’ai développé quelques-unes de ces idées dans *La longueur de la chaîne*, éditions Max Milo, 2011