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Après le rejet, quelles perspectives?

Par Jacques Cotta • Actualités • Mardi 01/04/2008 • 0 commentaires  • Lu 990 fois • Version imprimable


Jamais sans doute la situation française n’a été aussi paradoxale. Les élections municipales ont sanctionné le gouvernement de messieurs Sarkozy, Fillon et Kouchner dont la défaite est sans appel. Pourtant, fort du temps que lui donne les institutions de la 5ème république, le président et son personnel décident d’aller à l’encontre du message délivré : amplification de la politique condamnée, accélération des rythmes sont les formules officielles. Déjà des résistances à cette politique cherchent les moyens d’une opposition réelle.

Nous avons sur nos sites, info impartiale et la sociale, donné quelques éléments de bilan du premier et du second tour des élections municipales. Voir notamment : Après le premier tour des municipales, La leçon d’Évreuxet Retour sur les élections municipales et cantonales

Il ne s’agit pas ici d’en reprendre le contenu. Seulement de tenter d’en tirer quelques conclusions.

Nicolas Sarkozy persiste et signe !

L’essentiel est dans le constat suivant : bien que minoritaire dans le pays neuf mois seulement après une victoire sans appel, le président va donc appliquer sa politique. Selon le Financial Times, « il doit relancer son agenda de réformes défaillant ».

Ainsi, après ce qui déjà est accompli, l’autonomie des universités, la suppression des régimes spéciaux de retraites, l’accord patronat syndicats destiné à faciliter les licenciements et favoriser le travail précaire, le déremboursement massif de médicaments et la mise en place des franchises médicales, le non remplacement de milliers de fonctionnaires partant à la retraite, la majorité va donc accélérer et amplifier.

Concrètement, de quoi s’agit-il ?

Dans le cadre de la crise financière qui parcourt la planète, le gouvernement va tenter d’impulser un plan de rigueur, baptisé autrement, pour faire payer les coûts de la spéculation financière par l’ensemble des salariés, des ouvriers, des commerçants, des retraités et jeunes.

- En annonçant d’ores et déjà deux projets de lois pour « dynamiser l’économie et stimuler le marché du travail ». Derrière « la modernisation du marché du travail » et « la flexisécurité » c’est le contrat de travail qui est remis en cause, le licenciement qui est facilité au nom de la « fluidité »et de la « souplesse » entre employeurs et salariés.

- En annonçant sa volonté de « faire le travail jusqu’au bout sur les retraites », c’est la détermination de faire passer à 41, puis 42 voire 43 annuités pour tous le temps de travail nécessaire pour prétendre à une pension complète. C’est-à-dire, le temps de travail effectif accompli avant le départ à la retraite étant en moyenne en France de 37,5 annuités à 38 annuités, l’amputation massive du montant des pensions.

- En annonçant sa préoccupation pour les déficit sociaux, la sécurité sociale est désignée comme une préoccupation prioritaire après les vagues successives de déremboursement des médicaments et de franchises médicales. Les conséquences premières concerneront l’accès aux soins.

- En annonçant le non remplacement des départs à la retraite, c’est l’Education nationale et l’ensemble des services publics qui sont concernés. C’est l’intérêt général qui risque d’en pâtir.

Tous les secteurs, toutes les catégories sociales sont visées par les « réformes » annoncées.

Dés lors, une première question se pose : Comment après la défaite des municipales Nicolas Sarkozy peut-il trouver les ressorts d’une telle énergie, d’une telle détermination ?

Ségolène, François et les autres à la rescousse

Le soir des élections et depuis, les responsables socialistes ont exprimé sans ambages l’impossibilité de faire plier le président de la république et sa majorité.

- Ségolène Royal a demandé au président « qu’il change sa politique ». Autant dire s’en remettre à la bonne volonté présidentielle pour les quatre ans qui restent. Mais Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas déjà répondu à cela le soir même des élections ? Il poursuivra dans la même voie et accélérera le rythme des réformes.

- François Hollande a revendiqué « un remaniement du comportement du président de la république » et lui a demandé « de corriger la politique qu’il a conduite ». Et enfin a indiqué l’articulation qu’il attend entre le pouvoir central -sarkozyste- et les pouvoirs locaux -gagnés par le PS- en indiquant que « nous ne sommes pas pour annihiler, contredire ou rendre illisible la politique du gouvernement » avant de quémander « une concertation avec les pouvoirs locaux » et de préciser à l’égard du président « il devra dialoguer, partager, nous associer ».

Comment dire plus clairement au vaincu des élections qu’en mettant les formes il pourra se comporter comme tout vainqueur pour appliquer sa politique.

Ce discours, respectueux des institutions de la cinquième république et des desiderata de l’Europe qui encourage la France à aller plus loin et plus vite, qui voudraient, quoi qu’il arrive, indépendamment de la consultation populaire, que le président puisse appliquer les mesures prévues pour les quatre ans qui restent, est contraire aux attentes des millions qui ont voté et des milliers qui aujourd’hui, pour leurs intérêts, enseignants, lycéens, employés, vendeuses, ouvriers, etc...manifestent ou font grève dans le pays.

Mais avec les politiques qui parlent au nom des travailleurs, les responsables syndicaux permettent aussi au gouvernement de mettre en place son plan de mesure. Hier sur les régimes spéciaux de retraites, Bernard Thibaud. Aujourd’hui sur la flexisécurité Jean Claude Mailly. Sur la totalité François Chérèque.

Dés lors, une seconde question se pose : Quels recours le peuple peut-il avoir pour s’opposer à une orientation qui s’assigne l’objectif de revenir sur le pacte social issu de 1945 par la remise en cause des acquis dans tous les domaines ?

La souveraineté populaire !

Le 29 mai 2005, le peuple français a rejeté le projet de constitution européenne pour affirmer son opposition à « la concurrence libre et non faussée », à la remise en cause de la réalité nationale et des fondements même de notre république basée sur des principes d’égalité, de fraternité, de liberté et de laïcité.

Deux ans plus tard, le président Sarkozy, récemment élu, décide de fouler au pied la souveraineté populaire avec le soutien actif de la direction du parti socialiste.

Pour faire passer le traité de Lisbonne qui reprend pratiquement dans son intégralité ce que le peuple français a rejeté deux ans plus tôt, il obtient de la direction socialiste un vote au congrès qui lui permet d’utiliser la voie parlementaire et non référendaire.

Ce sont donc les efforts conjugués du Président Sarkozy, de l’UMP et de la direction socialiste qui permettent d’évincer le peuple d’une décision centrale qui conditionne notre avenir.

Ce sont les mêmes efforts conjugués qui permettent aujourd’hui à une politique désavouée de s’appliquer, comme si le peuple n’avait rien dit, rien exprimé.

Ces efforts conjugués ont de la suite dans les idées.
- du Oui sur la constitution européenne en 2005
- du Oui au congrès sur le traité de Lisbonne en 2008
- du Oui à Nicolas Sarkozy, dans la concertation, ça va de soi, pour appliquer sa politique.

Face à cette cohérence, n’existe-il pas une autre cohérence qui du simple point de vue de la démocratie devrait s’exprimer ? Par delà les divergences, les volontés exprimées hier dans le refus du « traité constitutionnel européen » ou du traité de Lisbonne ne devraient-elles pas se conjuguer pas pour dire :
- Respect de la souveraineté populaire
- Respect de l’intérêt général bafoué par une somme d’intérêts particuliers : dans le domaine de la santé, de l’éducation, des services publics...
- Respect de l’intérêt immédiat dans le domaine du pouvoir d’achat, des salaires
- Respect des anciens en assurant des pensions décentes aux retraités.
- Respect de la retraite par répartition au bout de 37,5 annuités.
- Respect de la laïcité, pilier de la république, qui permet la vie commune par delà les divergences d’opinion.
- ...

L’affirmation de cette cohérence opposée à celle qui prépare la liquidation générale du pacte républicain devrait-elle souffrir la moindre résistance ?

Le moindre obstacle en travers de l’unité la plus large de tous les militants, groupes, courants, associations, personnalités républicaines et démocratiques sur ces bases conformes à la volonté et la souveraineté populaire ne serait-il pas contraire à la souveraineté populaire ?

Alors que dans le pays déjà des résistances à la politique actuelle, adaptation de directives ou de recommandations européennes, se font jour, contre le non remplacement de départ à la retraite, contre la suppression de postes, contre les licenciements consécutifs aux délocalisations, contre les saccages des salaires et du contrat de travail, une perspective politique unificatrice ne serait-elle pas à même d’aider les mouvements en cours de développement, et d’éviter les désordres qui s’annoncent ?

Dans un an environ, en 2009, les élections au parlement européen vont concentrer toutes ces questions. L’occasion unique de regrouper les forces sociales, républicaines, socialistes autour d’un programme de défense et d’extension des valeurs républicaines s’ouvre donc à tous les groupes, organisations, associations, tendances, personnalités qui se veulent fidèles aux intérêts populaires.

Cohérence contre cohérence !

Ne serait-il pas possible, voire nécessaire, en constituant une liste commune de tous les partisans du Non en 2005, de tous les opposants au coup de force sur le traité de Lisbonne en 2008, d’ouvrir la perspective politique qui manque ?


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