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Au bar des Amis

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Samedi 12/09/2009 • 0 commentaires  • Lu 1695 fois • Version imprimable


Deux personnes dont je suis bien incapable de dire le sexe, l’âge, la profession, bref, toute la biographie si souvent mise en avant, discutent au Bar des Amis.

-          Tu te rends compte, payer 4 centimes de plus le litre de carburant !

-          C’est pour le bien de tes petits-enfants, tu en es conscient ?

-          Bien sûr, aussi je me demande pourquoi, il faut qu’on le rembourse un acte aussi génial !

-          Parce qu’il faut aussi penser à toi… et tu as besoin de ce remboursement. C’est gagnant-gagnant : pour tes petits-enfants et pour toi en même temps.

-          Il fallait y penser, franchement il fallait y penser à une telle taxe. On me dit que c’était écrit dans un pacte que j’ai jamais vu passer…

-          Mais si, tu l’as vu passer le pacte car Nicolas Hulot, tu en as plein tes bottes à la télé.

-          C’est pas Sarko l’inventeur du truc ?

-          Avant ça, Sarko décidait de tout, mais à présent il a compris, il s’est fait modeste, il se contente de rendre les arbitrages.

-          Franchement, tu y crois toi, au Sarko arbitre ? Arbitre de touche même ?

-          Tu le sais, moi ça risque pas que je le défende notre Sarko le Petit, mais il n’arrête pas de changer et il nous fait suivre…

-          Donc il a encore changé, mais quand, comment, pourquoi et avec qui ?

-          Cet été, mon gars, cet été parce que l’été c’est la saison de toutes les embrouilles. Parce qu’ils n’ont plus peur du ridicule, les hommes politiques ont fait de l’été la grande saison universitaire et les journalistes qui n’avaient rien à dire se frotte les mains.

-          A ce propos pourquoi avant la fiscalité écologique, le développement de l’éducation s’est fait sans taxe éducation ?

-          Laisse tomber les années 60, De Gaulle et le rêve éducation. Restons-en à l’essentiel, l’été 2009, deux ans après l’élection de Sarko et trois ans avant sa réélection.

-          Tu y vas fort avec ton mot « l’essentiel » !

-          Mais oui, l’essentiel car avant Sarko était tout neuf en tant que président et maintenant il est l’homme d’un bilan, il est à son tour devenu « la grandeur de la France ». En 2012, comme Mitterrand en 1988 il deviendra le père de la nation.

-          A propos de Mitterrand, je me souviens que tu comparais Lula à Mitterrand. Quand cet été Lula a signé un article en commun avec Sarkozy, dans Libération, tu en as pensé quoi ?

-          Tu vois que tu comprends quand je parle d’essentiel ? Cet été Sarko a viré à gauche et tous les admirateurs de Lula ont préféré n’en rien dire car cette gauche là, a un goût indigeste.

-          N’exagère pas, en disant « Sarko à gauche » c’est toi qui es indigeste !

-          Bon sang, mais tu as lu son texte ? Pourquoi personne n’a crié génial, génial ? Moi-même qui parfois ai quelques tendances d’extrême gauche, j’aurai pu signer ce texte ! On n’est pas là pour faire des citations, car on est le peuple qui discute…

-          Tu veux dire qu’en fait la signature en commun de l’article de Libération, c’est pas des mots, mais des Mirages très chers, puisque maintenant on sait, tout ça n’est que armes sonnantes et trébuchantes.

-          Nicolas Hulot n’a rien à dire là dessus puisque lui, son souci, c’est l’avenir de la planète et l’avenir de la planète n’a strictement rien à voir avec le marché des armes. Le tout c’est d’être à gauche !

-          Comme l’histoire se répète en farce ! Mitterrand a bouffé l’héritage communiste de la France en virant à droite, sur cette base simple : le PCF ne pouvant quitter le char de la gauche, il va cautionner l’inacceptable. Sarko bouffe tout l’héritage de la droite en virant à gauche, sur cette base simple : la droite ne pouvant quitter le soutien à son panache, elle va cautionner l’inacceptable. C’est pas beau, c’est pas de l’art, et ça s’appelle concrètement, car nous, nous devons parler de choses concrètes n’est-ce pas, donc vive la TAXE CARBONE.

-          Nicolas Hulot est l’homme de gauche le plus exemplaire et je mets dans le même sac le milliardaire Bernard Arnault qui a dépensé des mille et des cents pour le film Home, le titre n’étant pas en anglais par hasard car l’heure est venue de bazarder la France.

-          Oui, mais c’est alors contradictoire avec « la grandeur de la France » dont Sarko s’est fait gloire en tant que président de l’Union Européenne.

-          « Contradictoire » tu as lâché le mot ! Nous on est contradictoire car on vit sous le souffle des vents, mais eux qui nous dirigent, eux qui décident des vents, ils sont diplômés de l’école des vents !

-          Parfois, j’ai du mal à te suivre même quand on boit dans le même verre !

-          Pour De Gaulle, la grandeur de la France c’était de pouvoir dire merde à la puissance des USA, pour Mitterrand c’était déjà plus terne car il s’agissait de dire merde à la vie elle-même, or pour Sarko qui est passé à GAUCHE, c’est de dire merde à tous ceux qui sont venus avant lui pour qu’il devienne le premier d’une nouvelle dynastie !

-          Je comprends mieux le virage à GAUCHE qui s’appelle « retour dans l’OTAN » car il n’y a jamais eu plus atlantiste que le PS.

-          Et comme l’heure tourne, que nous, on ne peut pas rester là à bavarder sans fin pour faire ici notre propre université d’été, je pense qu’on peut terminer par l’équation PS=Gauche.

-          Du temps où à l’école on apprenait l’histoire, on découvrait qu’entre 1870 et 1939 l’équation c’était : RADICAUX=GAUCHE. Comme hier les radicaux, le PS d’aujourd’hui a voulu en finir avec la gauche et c’est le désarroi dans les têtes, car ce faisant, il faut en finir avec la France, en finir avec la République, en finir avec la Révolution. L’homme de la réforme, l’homme de la télécratie, l’homme de la monarchie nouvelle, l’homme qui est au zénith, l’homme qui effacera l’image de Berlusconi trop caricaturale, cet homme est le génial SarkHulot, le génial maître et son double, le génial signataire du plus bel article de Lula, l’ouvrier devenu président, l’homme qui comme toi et moi, a pu être à Porto Alegre et à Davos. Oui, notre monde est allègre.

-          Ecoute, je pars dans quinze jours bosser en Italie où l’homme de la droite ancienne Fini a décidé d’en finir avec son allié Berlusconi. On se retrouvera à mon retour, pas pour refaire la gauche qui ne se refera pas, pas pour refaire le monde mais pour nous refaire nous-mêmes car en dehors du peuple que nous importe le reste.

Les deux hommes sont sortis du Bar des Amis. Ils ont laissé sur la table quelques bouteilles vides de « Nourritures Terrestres », un vin que je vous conseille, car au moins qu’il puisse rester une ligne profitable de ce décryptage d’un dialogue ordinaire.

12-09-09 Jean-Paul Damaggio


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