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Ben Ali dégagé. Et d'un!

Par Denis Collin • Internationale • Samedi 15/01/2011 • 8 commentaires  • Lu 1851 fois • Version imprimable


Ainsi la première phase de la révolution tunisienne vient-elle de s’achever avec la fuite du dictateur Ben Ali, chef d’une clique mafieuse qui gouvernait la Tunisie depuis 1987, après avoir déposé Bourguiba « pour sénilité »… Régime apparemment stable, chéri par les puissances occidentales, le régime tunisien – si caractéristiques des régimes autoritaires qui dominent le monde arabo-musulman – s’est effondré en quelques jours sous la poussée populaire. «Ben Ali, dégage!» exigeaient les manifestants les 13 et 14 janvier. Les revendications sociales, exacerbées par la crise économique et la hausse des prix des produits de première nécessité se sont tout naturellement combinées aux revendications politiques démocratiques. Pour tenter d’enrayer le mouvement, le parti au pouvoir a décidé de faire comme si de rien n’était et Mohamed Ghannouchi, le premier ministre se présente comme le président par intérim « temporaire » de Ben Ali. C’est dire que de nouveaux développements sont à attendre. L’armée se déploie dans toutes les grandes villes. Le régime mafioso-militariste tente de survivre au coup qu’il vient de recevoir. Mais il risque de radicaliser la revendication démocratique.

Mais la Tunisie n’est que le point le plus avancé d’un mouvement qui peut embraser toute la région. Les manifestations et les émeutes en Algérie ont montré la fragilité du régime du FLN, une bureaucratie corrompue, qui exploite honteusement les immenses richesses du pays, confrontée à la révolte d’une jeunesse nombreuse, instruite et souvent rebelle. Bien qu’une partie de la gauche ait encore pour le régime de Bouteflika d’étranges complaisances – le soutien critique qu’il reçoit du PT de Louisa Hannoun, un parti « frère » du POI français, ne manque pas d’étonner – ce régime est lui aussi à bout de souffle. Certes, Bouteflika n’est pas Ben Ali et les libertés démocratiques de base sont un peu moins étouffées en Algérie qu’en Tunisie, mais les ingrédients de la crise sont les mêmes : un appareil d’État bureaucratique parasitaire, une crise économique liée à l’insertion du pays dans la mondialisation, à quoi il faut ajouter dans le cas algérien les revendications nationales et notamment le sourd irrédentisme kabyle. S’il paraît plus fort, le régime marocain du fils de « notre ami le roi » pourrait bien être confronté plus rapidement qu’on ne le croit aux mêmes tensions. En Jordanie, face à la hausse des produits alimentaires et du fuel, des manifestations souvent violentes se sont déroulées le 14 janvier.

Notons que les mêmes qui considèrent que les « droits de l’homme » sont des instruments des impérialistes pour étendre leur hégémonie, soutiennent, et c’est très bien, les droits de l’homme en Tunisie. Espérons qu’ils comprendront que ce qui vaut à Tunis vaut à Alger, mais aussi à Cuba ou au Tibet.

« Pain et liberté » : voilà le très ancien cocktail explosif des révolutions populaires. D’Alger et Amman en passant par Tunis, aujourd’hui. Et demain ailleurs. S’il n’y a pas de liberté pour les ventres affamés comme le répétaient et le répètent encore tous les défenseurs des régimes autoritaires et dictatoriaux prétendument « socialistes », les peuples expérimentent durement qu’il n’y a pas de pain sans liberté ! La démocratie n’est pas un luxe pour les riches, mais, comme l’a bien montré Amartya Sen, la condition même de la vie et du développement.

 


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Commentaires

par regis le Dimanche 16/01/2011 à 04:03

En haut on peut plus, en bas on ne veut plus…C’est bien un début de révolution que connaît la Tunisie. Le reste n’est inscrit nulle part bien entendu, mais son peuple écrit l’histoire et l’écrit bien cette histoire qui est loin d’être terminée.

Cela ne fait que souligner le caractère inadmissible du communiqué du PT algérien. Les similitudes l’emportent sur les différences entre les situations algérienne et tunisienne, la  police qui tire sur les jeunes en révolte le démontre tragiquement.


Re: par quent1 le Dimanche 16/01/2011 à 15:07

RELAYANT ET ACCOMPAGNANT LA CONTESTATION SOCIALE  Le RCD appelle à une marche à Alger mardi prochain

" Contrairement à l’idée en vogue, les partis politiques ne sont pas tous logés à la même enseigne. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) relaye de la meilleure manière qui soit le large mouvement de contestation sociale qui a marqué le pays la fin de semaine écoulée. Le parti a, dès hier mercredi, déposé une demande pour une marche populaire à Alger le mardi 18 janvier. Suite... "

Sans doute à suivre pour ceux et celles qui s'intéressent à ce qui se passe de tragique au Sud de la Méditerranée, y compris dans les pays riches de ressources gazières, pétrolières, tourisme de luxe, etc., mais dont les "chefs" et certaines tendances partisanes de ce pays oublient et méprisent la souffrance des peuples soumis à la hausse vertigineuse des prix des produits de 1ère nécessité que sont farines, huiles, sucre, eau et tout à l'égoût, etc. et réduits à nombre de logements insalubres, écoles en mauvais état, routes, hôpitaux de même, etc., à suivre les 18-19-20 et autres jours de janvier et de l'année 2011 que cela soit dans Le Soir d'Algérie ou Le Matin réautorisé de M.B., ce dernier libéré après bien des années terribles d'emprisonnement ou à suivre sur le site RCD ? BQ



Re: par regis le Dimanche 23/01/2011 à 02:19

Merci pour le lien. Très honnêtement, je me demandais si le RCD allait maintenir son appel : il l'a fait.
Honte à tous ceux qui ne se sont pas joints à  lui.
Le PT algérien n'est décidemment pas le POI qui, malgré ses défauts, reste largement capable d'une réflexion politique intelligente.


Re: réserves sur avis "petits poi-s cuits sans ou avec soupape par quent1 le Dimanche 23/01/2011 à 12:01

Oui le rassemblement pacifique a eu lieu malgré l'état de siège au local RCD et si vous avez suivi l'actualité rapportée hier et ce dimanche dans Le Soir, Le Matin, El Watan, Le Parisien vous aurez pu constater toutes les embûches mises en travers, les arrestations, les chefs d'inculpations contre y compris chefs syndicalistes et vieux résistants, cependant un nouveau RDV dignité, justice, liberté a été fixé au 9 février.
Concernant le poi j'ai lu "POI largement capable d'une réflexion politique intelligente." Alors sur cet avis je reste bien plus que très réservée avec quelques preuves supplémentaires quand même à l'appui puisqu'en local je reçois par intermittence de leurs nouvelles par mél (réception par consentement mutuel je le précise) et que quand je leur réponds eux ne répondent jamais (sauf l'un d'entre eux, militant historique qui savait le faire mais par malhheur il nous a quitté prématurément) à mes questions, questions sans doute trop basistes ou plutôt un tant soit peu embarrassantes pour leur "droit de tendance" issu du centralisme dit" démocratique"   ? Donc par voie de conséquences je n'achèterais pas leur n° édition spéciale IO consacré à la Tunisie...
Source Le Soir d'Algérie, mise à jour du jour de marche, ce sera le 12 février et non plus le 9
COORDINATION NATIONALE POUR LE CHANGEMENT ET LA DÉMOCRATIE La marche, le 12 février, à Alger  


Re: Un faible pour les petits pois lorsqu’ils sont frais et du jardin ? par regis le Lundi 24/01/2011 à 15:44

Déjà dans ma jeunesse peu studieuse, les thèses léninistes sur l’organisation me glaçaient : « discipline de fer », « révolutionnaires professionnels »…

D’un autre côté, les nébuleuses du type LCR/NPA ou, pire cuals où plus ego que moi tu meurs…

J’apprécie, par contraste, l’aspect bien plus sérieux des analyses, l’attachement au savoir.

Cela dit, je retrouve dans vos propos ce qui blesse le bât : stratégie où l’on cible « les cadres du mouvement ouvrier » d’où le non intérêt pour les questions « basistes » ; blocage quant aux questions « embarrassantes ». Pour ma part, je vois là un effet du léninisme.

Il me faudrait développer plus longuement mais il faut se soucier de respect et simplement de  politesse à l’égard de l’auteur de cet article dont ce n’est pas le thème.

Amicalement.


Re: réserves sur avis "petits poi-s cuits sans ou avec soupape par quent1 le Dimanche 30/01/2011 à 07:01

Algérie à suivre et suivi avec mise à jour de la date du jour de la Marche là-bas où nous ne sommes pas, date qui a donc été fixée au 12 février et non plus au 9, source Le Soir d'Algérie : COORDINATION NATIONALE POUR LE CHANGEMENT ET LA DÉMOCRATIE La marche, le 12 février, à Alger


Vivent les fumeurs de thé éveillés par quent1 le Dimanche 16/01/2011 à 17:36

Et mieux encore pour ne pas désespérer ne pas lire du même jour dominical 16 janvier l'entrevue de dame L. H. de passage en VOST et en vedette starlette au cinéma Colisée d' Oran mais plutôt lire la tribune de mon Camarade Hakim que je lis souvent, cela depuis au moins 6 ans, lui au moins a un certain sens politique social et un formidable humour, face cachée du désespoir, la preuve en est qu'il est tellement bien plus lu que L.H. : "L’embarras de Tata L ou la formidable gifle administrée par l’extrême gauche tunisienne aux rentiers maghrébins du trotskysme !...Nombre de lectures : 3876 http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/01/16/hakim.php


par Serge_Gomond le Jeudi 20/01/2011 à 11:03


Lu sur le Net cette info. par Saleh Naami à Gaza, journal égyptien « Al Ahram » (Egypte), 15 Janvier 2011, traduit de l’anglais par Djazaïri : « Dans un entretien accordé à la radio israélienne vendredi soir, Shalom a déclaré qu’il était issu d’une famille d’immigrants Tunisiens. « Je crains que nous nous trouvions maintenant devant une nouvelle phase très critique dans le monde arabe. En cas d’effondrement du régime tunisien actuel, la sécurité nationale d’Israël ne sera pas affectée de manière significative dans l’immédiat, » a-t-il dit. « Mais nous pouvons cependant supposer que ces développements constituent un précédent qui pourrait se répéter dans d’autres pays, pouvant affecter directement la stabilité de notre système. » Shalom a ajouté que si les régimes voisins de l’Etat d’Israël devaient être remplacés par des systèmes démocratiques, la sécurité nationale israélienne pourrait être menacée de manière significative. « Les nouveaux régimes défendraient ou adopteraient des lignes politiques intrinsèquement opposées à la sécurité nationale d’Israël », a-t-il dit. Le vice-Premier ministre a indiqué qu’Israël et la plupart des régimes arabes ont un intérêt commun à lutter contre ce qu’il a appelé le « fondamentalisme islamique » et ses organisations « radicales » qui menacent Israël. La menace, a-t-il ajouté, est ce qui motive en grande partie la coordination directe et indirecte en matière de renseignements entre Israël et les régimes arabes. Shalom a souligné qu’un monde arabe démocratique ferait cesser cette actuelle allégeance, parce qu’un système démocratique serait gouverné par une population en général opposée à Israël.»


Voici ce que déclare sarkozy sur le même thème (déclaration faite en petit comité le 17 janvier 2011) : « Je sais, a-t-il affirmé en petit comité, ce que l’on dit : la France n’a rien compris à ce qui se passait. On va me reprocher de ne pas avoir vu les choses venir et d’avoir soutenu Ben Ali jusqu’au bout. Mais, si nous avons soutenu Ben Ali depuis vingt trois ans, c’est parce qu’il était un rempart contre le terrorisme et contre l’islamisme ! »

Et il lançait cette avertissement : « Le pire pour la Tunisie serait qu’un régime laïque imparfait cède la place à un régime islamique parfait. Voyez l’Iran. »

Quoiqu’il arrive en Tunisie, sarkozy, préfère une dictature imparfaite à une dictature parfaite. Dans l'info précédente (interview de Shalom) il est question de menace et de défense, pour les mêmes raisons, de plus cette analyse englobe l’intégralité du Maghreb ainsi qu’une partie du Proche-Orient (on peut se poser des questions sur la dictature libyenne quand on lit et cette partie de l’intervention de Shalom, par exemple : «… La menace, a-t-il ajouté, est ce qui motive en grande partie la coordination directe et indirecte en matière de renseignements entre Israël et les régimes arabes. … » ) Shalom a le mérite d’être très clair sur ces questions...

Pour reprendre les déclarations de sarkozy, voici ce qu’il déclare à propos de l’Algérie : « Heureusement que le gouvernement algérien l’a fait ! (alors que le FILS, « Front Islamique du Salut » avait remporté haut la main les élections de 1991, cette victoire politique leur fut confisquée et les résultats de cette élection fut annulée par le gouvernement algérien) s’est-il écrié. Imaginez dans quel état on serait aujourd’hui si ces élections n’avaient pas été annulées. »

Les justifications restent inchangées, sarkozy préfère une dictature imparfaite (la junte militaire et le gouvernement fantoche) à une dictature parfaite (le FILS), et une petite variante, il s’agit encore de sécurité, mais le « on » n’est pas très clair. S’agit-il de la France ou d’Israël, ou des deux ?

 

 



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