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Contrecoups

Lettre bernoise 38

Par Gabriel Galice •  • Lundi 06/02/2012 • 0 commentaires  • Lu 1652 fois • Version imprimable


Mon cher Guillaume,
Charnière de l’Orient et de l’Occident, notre Turquie pourrait vous instruire si vous n’étiez aussi infatués.
En dépit de la sagesse de quelques-uns, dont les sieurs Chevènement et Badinter, les sénateurs francs, confirmant la décision des députés, votent (127 voix contre 86) une loi turcophobe condamnant la négation de génocide. Le Parlement franc a délégué ses pouvoirs aux financiers, via Bruxelles y compris. Perdant sa raison d’être originelle, il s’occupe de ce qui ne le regarde pas : l’écriture de l’Histoire. Privé de faire l’histoire, il s’avise de la commenter. Une poignée de sagaces parlementaires des deux bords dépose un recours auprès du Conseil Constitutionnel. Pus soucieux d’élection que de droit, le baron Hollande suit le roi Sarkozy qui suit le lobby arménien dans cette posture pusillanime. Vont-ils demain, ces prêcheurs, légiférer sur le génocide des indiens d’Amérique ? Sur ce chapitre, mon cher Guillaume, ta Suisse se montre plus sage.

Contrecoup possible de la Turcophobie franque, des représailles commerciales pourraient aggraver encore leur chancelante économie. Leur ministre des affaires étrangères, plus lucide que son sinistre président, voit sans entrain le vote de la loi scélérate. Messire Juppé nous exhorte à garder notre sang-froid, bien conscient que son vizir a perdu le sien, en cette affaire comme en quelques autres.
Des soldats étasuniens aussi bêtes que méchants se font filmer urinant sur des cadavres de rebelles afghans. Par contrecoup, un Afghan indigné massacre quatre soldats francs. Refusant de voir un lien, les dirigeants francs dénoncent un taliban infiltré depuis longtemps. « La première victime d’une guerre est la vérité ».
Pour avoir joué avec le feu, Philipp Hildebrand, gendre idéal et parfait patron de votre Banque Nationale Suisse, a fini par démissionner. L’opération de change effectuée par son épouse avait des allures de délit d’initié. Votre franc suisse n’en a pas souffert, c’est l’essentiel, loué soit le ciel. Victime de lui-même, Sieur Hidebrand subit le contrecoup de sa superbe. Il part avec une indemnité d’un an de salaires, quelques broutilles et pistes d’atterrissage. Venu de la banque privée, il a vocation à y retourner, initié à ses arcanes.
Pour de fâcheuses questions d’argent, les vachers d’Amérique vont encore chercher des poux sur la tête de Guillaume Tell. Ils exigent des banques suisses, expertes en secret bancaire, les noms des fraudeurs du fisc. Les francs germains se montrent aussi rugueux à notre endroit. Contrecoup financier. Il faut dire qu’après l’accord UBS, les récentes manigances de banquiers privés indélicats font mauvais effet. Mais doit-on, peut-on limiter l’irrésistible cupidité de ceux qui en font profession à profusion ? La banque et la pharmacie ne sont pas vos seules excellences, chers Helvètes. La presse m’apprend que vos agences de sécurité et de renseignement font parler d’elles. Une officine barbouze genevoise, mandatée curieusement par des cadres de l’entreprise, a espionné l’époux de la patronne du nucléaire français, avant qu’elle ne soit débarquée par le vizir Sarkozy. En vain mais la rumeur a déstabilisé Atomic Anne. Au même moment arrive devant la justice vaudoise l’affaire de l’espionnage de militants d’ATTAC par une société privée de sécurité mandatée par le groupe Nestlé. Les contrecoups sont inévitables, à commencer par l’exposition en pleine lumière d’espions supposés discrets.
Par contrecoup, le World Economic Forum de Davos a engendré les contre sommets alternatifs, cette année de nouveau à Porto Alegre. Moins banal que les oppositions convenues de mondialistes et d’altermondialistes est l’inébranlable discours de l’inoxydable Pascal Lamy. À la fois directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et social-démocrate patenté, cette chauve-souris est issue, comme François Hollande, de l’écurie Jacques Delors. Il est du nombre de ces monétisés chrétiens adorateurs du Veau d’Or. En bons doloristes, ils souffrent jovialement. Leur enfer est pavé de bonnes intentions. Ce serait péché véniel s’ils ne s’appliquaient à embarquer tout un chacun dans leur pieuse galère.

Tenons-nous, mon cher Guillaume, éloignés des coups et contrecoups faiseurs des soubresauts de l’histoire.
La croix suisse et le croissant turc, comme notre amitié, vont leur chemin paisible, nonobstant.
La paix soit avec toi.
Ton amie Aigul – La Sublime Porte, le 6ème jour de la lune de février 1433 de l’hégire (2012).
 

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