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Création d'un Forum des Sociétés savantes

Les spécialistes universitaires contre la réforme du recrutement des professeurs

Par la-sociale • École • Dimanche 25/10/2009 • 4 commentaires  • Lu 4830 fois • Version imprimable


Nous reproduisons ci-dessous un communiqué issu du Forum constitué par plus de 40 sociétés savantes. Contre la réforme du recrutement des maîtres voulue par Sarkozy, Darcos et Pécresse, contre cette "révolution culturelle" que la ministre appelait de ses voeux, ce communiqué défend les savoirs disciplinaires, la place des spécialistes universitaires, les concours nationaux et la formation professionnelle après le concours. Ces revendications mettent donc en cause directement les piliers de la réforme voulue par le gouvernement, une réforme qui vise à former des professeurs polyvalents (spécialistes en enseignement de ce qu'on voudra bien leur faire enseigner) et dont l'immense majorité sera dépourvue de statut - à l'instar de ce qui se fait dans d'autres pays européens comme l'Italie avec une paupérisation et une précarisation croissantes des professeurs.

Alors que, dans les milieux "syndicalistes" (sic), nombreux sont ceux qui ont approuvé la "réforme" ou s'y sont résignés, la protestation des sociétés savantes (qui ne sont ni de droite ni de gauche) mérite d'être connue et invite à la réflexion.

Communiqué du Forum des Sociétés Savantes du 19.10.09

Les responsables de plus de 40 sociétés savantes et associations d’enseignants se sont constitués en Forum le 17 octobre afin de mener une réflexion commune sur le fonctionnement de l’Education Nationale, l’avenir de la recherche et des universités. Le Forum sera un lieu de rencontre, d'échanges, d'information mutuelle, ainsi qu'une organisation destinée à exprimer les positions communes de la totalité ou d'une partie de ses membres. Il
a vocation à être un interlocuteur reconnu de nos tutelles, d’autres organisations et des médias. Compte tenu de notre expérience pédagogique et de notre représentativité au sein de la communauté universitaire et enseignante dans toutes les disciplines du savoir, et afin de pouvoir défendre les valeurs partagées par nos sociétés, nous demandons à être partie prenante de véritables négociations sur les réformes en cours ou à venir.

Le Forum a adopté la résolution suivante concernant le projet de réforme de la formation et du recrutement des professeurs.

Nos Sociétés se sont déjà adressées par deux fois en 2009 au ministre de l'Education Nationale pour lui faire part de leurs analyses sur les effets de la réforme de la formation et des concours de recrutement des professeurs, et lui demander d'écouter les spécialistes que nous représentons. Sur le principe, il est légitime que la formation des professeurs, qui s’effectue déjà en 5 ans (6 ans pour les agrégés), soit sanctionnée par un master. Si une réforme plus ample doit être envisagée, elle ne peut l’être sans l’accord des communautés enseignantes et universitaires et ne peut aboutir qu’au terme d’une véritable concertation ; or la parution des décrets de juillet a créé une situation d’extrême confusion que nos sociétés souhaitent vivement dénoncer. Confrontées à un projet de réforme qui semble, en l’état, irréalisable, les Sociétés savantes proposent de repenser la réforme selon les
principes suivants.

Les concours de recrutement et leurs programmes doivent rester nationaux et fonder la sélection des candidats sur leurs connaissances et compétences, évaluées par des spécialistes universitaires et des enseignants des disciplines concernées. La réforme de la formation et des concours ne doit pas produire un affaiblissement des exigences disciplinaires ni une restriction du champ des matières étudiées. Pour les candidats au concours de professeur des écoles, la réforme doit être l'occasion d'un renforcement, adapté à leur future mission, des connaissances dans les disciplines absentes de la licence dont ils sont titulaires. La formation proprement pratique doit intervenir après le concours. La connaissance du système éducatif, notamment, ne sera vérifiée qu'à l'issue de l'année rémunérée de stage pratique en alternance dont on ne saurait faire l'économie. Si des stages doivent intervenir avant le concours, il s'agira de stages en observation ou de pratique accompagnée sous la responsabilité d'un tuteur, les stages en pleine responsabilité n'ayant de sens qu'après la réussite au concours. La formation continue des enseignants titulaires devra être développée. Les cursus menant aux différents concours de recrutement de l'Education Nationale, à une autre voie professionnelle ou à la recherche doivent pouvoir rester compatibles et permettre des réorientations. A cette fin, nous demandons le maintien d'exigences scientifiques et disciplinaires effectives dans toutes les formations de master. Enfin, pour garantir la cohérence des formations, il est indispensable de connaître les programmes et les dates des concours ainsi que les modalités  des éventuels stages avant d'élaborer les maquettes des masters correspondants. Pour le concours de l'agrégation 2011, des solutions doivent être trouvées afin qu'aucun étudiant ne soit lésé dans la phase de transition.

Premiers Membres du Forum :
Association des Etudes Grecques
Association Française des Enseignants Chercheurs en Cinéma et Audiovisuel
Association Française d’Ethnologie et d’Anthropologie
Association Française d’Etudes Américaines
Association Française de Mécanique
Association Française des Russisants
Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur
Association des Historiens Modernistes des Universités Françaises
Association des Linguistes pour l’enseignement de l’Oral dans l’Enseignement Supérieur Secondaire et Elémentaire
Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie
Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur
Association des Professeurs de Langues des IUT
Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public
Association des Professeurs de Musique et de Musicologie de l’Enseignement Supérieur
Association pour la Recherche en Didactique des Mathématiques
Association des Sciences du Langage
Commission Française pour l’Enseignement des Mathématiques
Femmes et Mathématiques
Groupe de Recherche en Anglais de Spécialités
Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur
Société d’Etude du XVIIe Siècle
Société d’Etudes Medio- et Néo-Latines
Société des Etudes Romantiques et Dix-neuvièmistes.
Société Française d’Étude du Seizième Siècle
Société Française d’Etude du Dix-huitième Siècle
Société Française des Etudes Japonaises
Société Française de Littérature Générale et Comparée
Société Française de Physique
Société Française Shakespeare
Société Française de Statistique
Société des Hispanistes Français
Société des Italianistes de l’Enseignement Supérieur
Société de Langue et Littérature Médiévales d’Oc et d’Oïl
Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles
Société Mathématique de France
Société des Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public
Société des Personnels Enseignants et Chercheurs en Informatique de France
Rassemblement National des Centres de Langues de l’Enseignement Supérieur
Union des Professeurs de Physique et Chimie
Union des Professeurs de Spéciales


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Commentaires

par regis le Lundi 26/10/2009 à 01:48

Es-ce pour illustrer les propos de Denis Collin sur droite et gauche que paraît sous l’égide de La Sociale ce communiqué ?

Même si j’ai longtemps méprisé les « corpos », amicales et ne jurait que par le syndicat, il faut reconnaître qu’au-delà de certaines prétentions qui m’agacent, ces gens là ont raison sur des points fondamentaux et défendent l’instruction publique alors que nombre de syndicats, et pas seulement d’enseignants, la brade.

Que pouvons nous faire ? Par l’expérience, on peut être certains que les bonzes syndicaux préféreront écoeurer les syndiqués quitte à provoquer des départs massifs s’il le faut plutôt que de laisser la place. A plus forte raison au niveau national.

Pas la solution, non plus, de créer un énième syndicat.

On ne va tout de même pas créer des amicales ?


Re: par la-sociale le Lundi 26/10/2009 à 09:45

Dès qu'on passe au réel, dès qu'on ne se satisfait plus du verbiage des politiciens préoccupés seulement de leur part de marché, on s'aperçoit en effet que les clivages n'ont plus grand-chose à voir avec ce théâtre d'ombres qu'est la "scène politique". Il serait d'ailleurs intéressant de demander aux électeurs qui ont voté Sarkozy, parce que celui-ci promettait la restauration du maître et le développement du goût de l'effort, comment ils perçoivent le fait qu'on paye les élèves pour éviter l'absentéisme ou qu'on annonce qu'il n'y aura plus de redoublement (annonce qui devra logiquement s'accompagner de la suppression du bac). Inversement, on peut noter que sur de très nombreux points Darcos et le dircom Chatel ont repris toutes les manies les pires du gauchisme pédagogistes. Ce que je dis de l'école vaut évidemment dans bien d'autres domaines.


Re: par c_berthier le Mardi 27/10/2009 à 09:42

"On ne va tout de même pas créer des amicales ?"
toute forme de regroupement dans les entreprises et services qui se base sur la defense collective des interets materiels et moraux des salariés.
oui, on peut y etre contraint. tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.
les centrales "representatives" sont absentes dans l'immense majorité des entreprises et la nouvelle loi cgt-cfdt y pousse.
d'ailleurs, c'est ce qui se passe


par regis le Mercredi 28/10/2009 à 00:35

La « position commune » Chérèque/Thibault est une entrave à la démocratie et bien au-delà. Du pain béni pour le pouvoir qui s’est jeté dessus. Il faut en exiger l’abrogation.

Cela dit, il faut aussi que nous dressions un bilan honnête des pratiques et des organisations syndicales telles qu’elles existent et qui peuvent aussi expliquer les déserts syndicaux.

Après avoir été échaudé par une organisation politique, je me suis lancé dans le syndicalisme avec l’idée que, plus proche des salariés. Comme tout le monde, si tout ne me semblait pas parfait, j’avais espoir d’une amélioration, d’un cadre de discussion, de progression pour le salariat.

Quelques jalons d’expérience :

-         responsables locaux qui se rencontrent dans le plus grand secret avec le parti alors au pouvoir, en pleine 1ière phase de privatisation

-         représentant régional au CN qui est « élu à titre personnel » et vote ce qu’il lui plait malgré les votes des commissions exécutives. Pas de compte-rendu de vote, bien entendu.

-         responsable régional qui se tait lors de la délégation au préfet suite à manifestation mais qui lui remet une enveloppe « contenant les revendications de notre syndicat ».

-         lors d’un stage de responsables régionaux et départementaux, le triomphe fait au responsable national qui, habile négociateur, ramène dans la besace, enveloppe financière et décharges.

-         Le bouquet : se présenter à la responsabilité régionale même si l’on est majoritaire au départ. La carotte (mon ami, poste national, promo « syndicale ») et si ça ne marche pas le bâton (calomnie, pontes nationaux, polémique pour écoeurer…).

Pas d’amertume mais cette question valable en politique comme dans le syndicalisme : comment se débarrasser des « chefs » ?

Egalitairement et fraternellement.



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