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DSK, les prédateurs et les charognards

Lettre genevoise 28

Par Gabriel Galice •  • Mercredi 25/05/2011 • 0 commentaires  • Lu 1681 fois • Version imprimable


Quelle gauloiserie !
 

Le Grand Argentier du Fonds Monétaire International et virtuel candidat socialiste à l’élection présidentielle française de 2012 est arrêté à New York dans un avion en partance pour Paris, puis inculpé pour agression sexuelle à l’encontre d’une femme de ménage dans la suite d’un Sofitel. DSK est un personnage de roman, passé de la table des maîtres du monde à une cellule entouré de délinquants de Manhattan. Intellectuellement brillant, politiquement changeant, humainement charmeur cynique et sexuellement compulsif, DSK aurait dû, comme les marchés, être encadré. Ses affidés ont tenu sur les plateaux de télévision des propos lénifiants : il n’est pas violent pour un sou. Les frasques de l’intéressé sont affaire notoire du monde politico-médiatique. Des femmes furent victimes d’assauts inégalement galants, certaines parlent. Trop tard au gré de BHL, que l’on attendait sur le sujet. Il en veut à cette jeune femme « qui prétend avoir été victime d’une tentative de viol du même genre ; qui s’est tue pendant huit ans ; mais qui, sentant l’aubaine, ressort son vieux dossier et vient le vendre sur les plateaux télé. » Quelle délicatesse de la part d’un doxosophe qui se pique de donner des leçons de bonnes moeurs aux ayatollahs ! Il nous sert les « éléments de langage » fournis par les conseillers d’Euro RSCG, et repris en chœur par la bande à DSK : cette homme-là (iste homo, ce misérable, en latin) n’est pas celui que je connais (ille homo, cet homme bien) Jack Lang tient un discours similaire. On objecterait, si objecter avait quelque utilité avec ces malotrus, que les hommes en question n’ont pas eu l’occasion de voir l’accusé dans la situation débridée que décrivent certaines femmes édifiées.

Mais ce monde-là, cette caste-là, ne s’autorégule pas mieux que les marchés. Ils vivent en vase clos, se rendent service ; asinus asinum fricat (l’âne frotte l’âne) disaient les Romains. . Tapie, Attali et Segala passent sans sourciller de Mitterrand à Sarkozy. Les affaires sont les affaires. Le Canard enchaîné venait de révéler que l’ancien ministre des finances de Lionel Jospin avait fait un étatique cadeau à Bernard Tapie et, le jour de l’affaire, ledit Tapie s’empresse de voler au secours de son comparse : « Il est très intelligent, ce n’est pas compatible, pas crédible (…) Il a autre chose en tête que de violer une femme de ménage ». Que d’arrogance et de mépris dans un tel propos ! Comme si la chimie des émotions ou la psychologie des profondeurs avait à voir avec le néo-cortex. Comme si bien des serial killers n’étaient pas supérieurement intelligents. Faute de connaître l’affaire, le prédateur Tapie parle en expert. Prendre une femme, prendre des richesses, prendre le pouvoir, c’est tout un pour une certaine gent, les prédateurs patentés qui confondent la séduction et le viol, la rapine (Viol se dit rape en anglais, rapt en ancien français) et l’échange. On venait d’apprendre que la fameuse Porsche conduite par le conseiller en com. de DSK appartenait, ainsi que l’agence, au groupe Bolloré, dont le patron est proche de Sarkozy, qui a fait nommer l’antihéros du jour à la tête du FMI. Si le crime dont on l’accuse est hypothétique, les connivences du milieu sont avérées et cela nous importe d’abord, ici. Des dirigeants de la gauche française accablent volontiers une femme de ménage new-yorkaise pour sauver leur chef de file, à tout prix. Comment s’étonner que le peuple ne se reconnaisse plus dans la gauche ? Comment s’étonner que la gauche tienne le peuple pour populiste, lui qui tire le diable par la queue et voit se vautrer dans le luxe et la luxure les nantis qui lui imposent l’indigence ? Quelles solidarités ? 

Les loups, prédateurs, ne se mangent pas entre eux. Qui prend la posture de soumission en présentant sa gorge aux dents du mâle alpha est épargné. Entre prédateurs humains, on se tient par la barbichette. Le deuxième cercle, celui des porte-voix ou porte-plumes, est moins scrupuleux, plus charognard. Il abhorre aujourd’hui ce qu’il adorait hier. Marchés et folliculaires agissent à l’instar des moutons de Panurge. Tous retiennent les valeurs ou l’information mais il faut être le premier à vendre ou à lâcher si la tendance est sur le point de se retourner. « Si l’on avait su… », disaient les collabos de la dernière guerre. Suscitant l’opprobre, Jean Quatremer était l’un des rares journalistes à avoir dénoncé l’attitude du Dom Juan socialiste. Devenu proie, le prédateur est exhibé, humilié ; leur monde est sans pitié. La parole d’une femme modeste fait tomber le tombeur éclatant, la foule se gausse. 

Nul ne saurait se réjouir des misères d’un homme, moins encore ceux (dont je suis) qui l’ont connu. Garder son amitié ou son amour pour qui faut n’est pas moins honorable que chercher à le blanchir à tout prix, fût-ce en accusant une probable victime. 

Il est malséant que tant de ceux qui aspirent à nous diriger s’avèrent aussi médiocres dans l’art de se conduire.

 
Gabriel Galice – 17 mai 2011

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