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L’Espagne en miettes

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Jeudi 26/05/2011 • 1 commentaire  • Lu 1467 fois • Version imprimable


Au-delà du constat évident suite aux élections dans les municipalités et la majorité des autonomies espagnoles – défaite historique des socialistes et victoire de la droite – nous pouvons signaler quelques autres phénomènes utiles à prendre en compte.

Et Izquierda Unida

Pourquoi la défaite cuisante du PSOE a-t-il si peu bénéficié au seul parti sur sa gauche :Izquierda unida ? Caylo Lara, le dirigeant de ce parti, peut, bien sûr, se réjouir puisque sa formation est passée, dans des élections équivalentes, de 5,48 à 6,31%. Je ne vais pas lui rappeler que 5,48% était le plus mauvais score de son histoire et qu’au cours de la précédente défaite historique du PSOE en 1995 le score était monté jusqu’à 11,6%.

Pour cette mouvance en Europe, où elle continue de jouer un rôle, la question cruciale est surtout stratégique et le cas de l’Estrémadure va devenir emblématique. PSOE 30 députés ; PP 32 députés, IU : 3 députés. IU tient dans sa main le résultat de l’élection du président de la région. Au premier abord tout observateur pense qu’IU va sauver le PSOE. Mais le débat est très vif dans l’organisation car c’est une région que le PSOE dirige depuis 30 ans de manière opaque et des militants ne veulent pas voler au secours d’un dirigeant aux abois. Donc le doute plane sans doute pour obtenir les concessions les plus grandes mais le PSOE n’est pas du tout décidé à des concessions. Dans tous les cas la division interne à IU (union ou pas avec un PSOE qui a confirmé son refus de se tourner vers la gauche) donne peu d’élan à l’organisation.

Et le PP en miettes ?

La victoire de la droite peut, de loin, faire oublier les divisions internes à ce parti. La plus marquante s’est produite dans les Asturies où un dissident du PP est resté largement en tête. Mais il en existe une autre plus insidieuse en Catalogne, à Badalona. Elle a nom : Garcia Abiol. Il existe dans cette région un parti qui, avec le thème anti-burka, a fait un bon en avant, Plateforme pour la Catalogne (le parti d’Anglade). Il se retrouve avec 47 conseillers dans le secteur de Barcelone. Xavier Garcia Albiol est lui membre du PP mais a fait campagne sur le même thème a Badalona, la troisième ville catalane en nombre d’habitants. Contre toute attente ce candidat est en mesure de prendre la mairie ! Il a conduit une campagne raciste en établissant une égalité entre insécurité et présence de l’immigration. La direction nationale du PP refuse son discours raciste mais c’est là une division interne qui va s’accroître.

Les très bons résultats du maire PSOE de Lérida, le premier en Espagne à avoir interdit la burka dans les lieux publics, donne également à réfléchir.

Le parti de Rosa Diez

Le PP connaît également une rupture avec le centre. Rosa Diez députée et porte-parole de l’UPD est une des personnes à pouvoir se réjouir le plus des résultats de la dernière élection. En passant de 3 élus à 163 elle inscrit son parti dans le paysage politique national. Tout comme IU elle va se battre pour modifier la loi électorale qui marginalise les petites formations. Elle se dit que l’ascension éventuelle au pouvoir du PP ne pouvant qu’user ce parti qui n’a pas la moindre proposition, elle retrouvera assez vite les déçus de ce parti.

Et au Pays basque ?

Une nouvelle gauche défie l’histoire classique de la région et confirme par son succès, malgré sa dénonciation sans concession du terrorisme de l’ETA, organisation qui semble totalement marginalisée, que la paix peut enfin s’installer en Espagne. La paix mais pas l’union car, tout comme en Catalogne où des forces demandent la marginalisation du drapeau espagnol, l’espoir indépendantiste avance sans bruit.

Le vote blanc ou nul

Avec près de 5% de votes blancs ou nuls il s’agit là d’une autre partie des miettes du pays. Contrairement à la France la participation électorale reste forte (64%) mais le vote de rejet de la classe politique a été multiplié par quatre par rapport à l’élection précédente.

 

Les grands partis déconsidérés qui donnent des ailes aux dissidents, à d’autres partis nationaux ou régionaux, les tenants du pouvoir en perdition sans que l’adversaire n’ait rien de génial à proposer, l’élection manifeste donc l’ampleur de la crise politique en lien bien sur avec la crise sociale et économique. Cependant un phénomène étonne les observateurs, les candidats poursuivis pour corruption ne sont pas sanctionnés par les votants ! Phénomène qui n’est pas seulement espagnol et qui mériterait plus d’études approfondies. Les cas de corruption sont légions, ils font l’objet de dossiers dans la presse, d’un film sur Canal+ et laissent insensibles l’électorat pour les raisons suivantes d’après un article du journal El Pais :

- c’est à la justice de trancher non à l’électeur

- de toute façon sur ce point, ils sont tous pareils

- les corrompus ne sont souvent dénoncés que par plus corrompus qu’eux

- les délits de corruption sont seulement des règlements de comptes

- un corrompu peut être un bon gestionnaire

- les victimes de la presse sont seulement de victimes de complots

- un corrompu ne fait souvent que ce que chacun pense faire…

Bref, alors que la corruption est le cancer de la démocratie, les électeurs n’en font pas une question clef au moment où ils se déterminent. Ils préfèrent braquer leur regard sur le chômage etc.

Ce détour par l’élection espagnole peut-il faire l’impasse sur le mouvement de la Puerta del sol ? A moins que ce mouvement n’ait quelque goût pour les impasses…

Peut-être aurais-je le plaisir de revenir sur ce sujet.
26-05-2011 Jean-Paul Damaggio

 


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Commentaires

Voie sans issue. par regis le Mardi 31/05/2011 à 03:15

Merci pour l’éclairage porté sur l’élection espagnole qui me semble symptomatique d’une désagrégation politique et sociale de ce pays sous les coups du capital. Des causes proches ayant les mêmes effets, mêmes si non identiques (histoire, situation « financière » de l’état), je n’ose m’interroger quant à notre propre pays.

« A moins que ce mouvement n’ait quelque goût pour les impasses… » Bien vu, les biberonnades néo soixante-huittardes , mêmes si de premier abord sympathiques, ne feront pas avancer d’un pouce le peuple espagnol. On peut considérer qu’il s’agit là, d’un autre aspect de la désagrégation…   



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