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Du principe « à chacun selon ses besoins », il s’agirait de passer « à chacun selon ses moyens »

Article paru dans l'Humanité du 15 février

Par Jacques Cotta • Actualités • Samedi 19/02/2011 • 0 commentaires  • Lu 1665 fois • Version imprimable


Pour mon dernier documentaire, j’ai rencontré des dizaines d’ouvrières et d’ouvriers licenciés de l’usine continental de Rambouillet, dont Jacqueline, jetée comme un vieux kleenex usagé après trente-cinq ans d’ancienneté. Son seul soutien, sa sœur, son aînée âgée de soixante-trois ans, qui se retrouve avec 800 euros par mois « obligée de faire des ménages » pour compléter sa retraite acquise après plus de quarante ans d’usine… « C’est pas un scandale ! » s’emporte Jacqueline entre deux sanglots. « Mais qu’est-ce qu’il fout l’État ! » La mise en cause tombe à pic ! Le gouvernement a d’abord décidé la contre-réforme des retraites dans le but de réaliser un hold-up à peine camouflé sur le salaire différé en payant des pensions ratiboisées. Mais il y a plus. Besoin de se soigner ? Les médicaments sont déremboursés ! Besoin d’être hospitalisé ? Les forfaits à charge sont augmentés ! Besoin d’être aidés ? Nous y voilà… Derrière la compassion affichée par le président de la République et ses ministres sur la « dépendance des personnes âgées », les projets sont peu charitables. Le nombre de bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie devrait diminuer, les personnes âgées aidées ayant un faible patrimoine risquent de devoir s’en séparer pour payer, les retraités devraient voir augmenter la CSG qu’ils devront acquitter. Mais il y a plus encore qui engage l’avenir de la société. L’obligation de prendre « dès l’âge de cinquante ans la souscription d’une assurance perte d’autonomie ». Les assurances privées, dont le fond de pension Méderic à la tête duquel se trouve un des frères du président Sarkozy, se frottent les mains. Derrière la dépendance, adieu la solidarité. Du principe « À chacun selon ses besoins » qui fonde la Sécurité sociale, il s’agirait de passer définitivement « à chacun selon ses moyens ». Les organisations syndicales accepteraient d’en discuter… Le sort de Jacqueline et de sa sœur serait alors définitivement scellé.

 

 

(*) Auteur de Qui veut la peau du service public ? Éditions J.-C. Gawsewitch.


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