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Elections européennes 1: trente ans de trompe l’œil

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Jeudi 20/11/2008 • 4 commentaires  • Lu 2383 fois • Version imprimable


La fébrilité actuelle au sujet des prochaines européennes n’incite à ce rapide rappel historique.
En 1979 le PCF est aux anges : enfin une élection à la proportionnelle sur liste nationale (tous les pourcentages donnés sont par rapport aux exprimés). Et le résultat sera à la hauteur de ses espérances. Georges Marchais passe le 20% (avec une liste ouverte à Maffre-Baugé) alors que Mitterrand arrive seulement à 23% avec l’aide des radicaux. La direction du PCF en déduit que Marchais sera en tête de la gauche en 1981 ! Erreur d’analyse catastrophique (une parmi d’autres) qui nous conduit en 1984 où une liste vient briser le monde des quatre (les deux autres en 79 étaient Simone Veil pour Giscard et Chirac qui fut chaos).
Jean-Marie Le Pen crée la surprise en 1984 : avec 10% il lui manque seulement 50 000 voix pour passer devant le PCF. Certains en déduiront que l’électorat PCF (tombé à 11%) est passé au FN.
Les surprises ne vont pas cesser si bien qu’en 1989 c’est au tour des Verts d’atteindre la barre des 10%, Waechter ayant été favorisé par l’élection présidentielle de 1988 et pensant qu’enfin sa stratégie du ni-ni va s’imposer dans l’écologie (5 ans après Isler-Beguin le remplacera dans un cadre différent).
Il fallait compter avec l’esprit manœuvrier du président Mitterrand qui, conscient que le PCF est devenu un allié secondaire, a besoin de s’en inventer d’autres. Il fera entrer au gouvernement Brice Lalonde et un certain Bernard Tapie. Brice Lalonde s’était déjà distingué aux Européennes de 84 en s’alliant avec le centriste Olivier Stirn contre l’écologiste Didier Anger (chacun faisant 3%). Avec l’aide du PS il crée à l’aube des années 90 Génération Ecologie pour contrer les Verts et Bernard Tapie est désigné pour limiter l’effet FN.
Voilà comment en 1994 nous aurons l’élection européenne la plus bouffonne de l’histoire de France. La « bande des quatre » est à présent représenté par Baudis (25%), Rocard (14%), De Villiers et Tapie 13% chacun. Le Pen est après avec 11% et le PCF avec 6% obtient encore 7 élus.
Cette fois c’est Mitterrand qui est aux anges. Rocard et Chirac sont discrédités pour sa succession et Tapie est là pour une grande carrière avec les radicaux. Qui peut alors imaginer que 1999 sera une élections aux surprises encore surprenantes !
Cette année là Sarkozy arrive seulement en troisième place et fait moins que Rocard en 1994. Tout le monde pense que son destin politique c’est du passé. Avant lui, nous trouvons un PS revenu en première ligne avec 22% sous la conduite de François Hollande, et en deuxième place un tandem comme les Européennes les aiment bien : Pasqua-De Villiers. Un tandem qui sera comme l’avenir politique de Tapie : sans suite. Le coup électoral est génial mais il n’en restera que De Villiers. Enfin Daniel Cohn-Bendit termine la bande des quatre avec les Verts (mais Bayrou obtient lui aussi 9%). L’élection comporte cependant une autre surprise dans le bas du tableau : Alain Krivine et Arlette Laguiller passent enfin la barre des 5% et deviennent députés ! (Krivine prendra alors un jeune attaché parlementaire du nom de Besancenot). Pour la première fois ils sont neuf groupes à se partager les postes de 87 élus. Le Pen frôle la disqualification avec 5,6% des voix (en dessous de 5% pas d’élus) car un de ses lieutenants a cru qu’il était temps de lancer le MNR. Bruno Mégret comme d’autres avant lui a fait un très mauvais calcul (3%). Qui d’autre avant lui a fait un mauvais calcul ? Pensons à J-P Chevènement qui a quitté le PS assez tôt pour préparer l’élection européenne de 1994 dont les résultats devaient le propulser aux premières places à la présidentielle de 1995. Il créa une liste ouverte avec Anicet Le Pors et d’autres, pour un résultat décevant : 2%. Les dettes seront colossales et Chevènement mettra des années avant de relever la tête sur la base d’une stratégie nouvelle que nous dirons gaullienne. Un communiste de premier plan avait tenté une même opération en 1984 en s’alliant avec le PSU de Depaquit. Il s’agit d’Henri Fizbin qui comme Fiterman finira sa vie politique au PS. Ne disons rien de l’autre communiste qui crut son heure arrivée en 1989 et qui n’ayant pas passé le 1% se retrouva ensuite à servir Dominique Baudis.
Bien d’autres observations peuvent être issues de l’étude des élections européennes mais à partir de 2004 le cadre change et le paysage politique avec vu que le cadre joue toujours un rôle central quant au paysage qu’il révèle. L’émiettement de 1999 ne pouvait plus durer pour les propriétaires de la politique (toujours une bande de quatre) aussi ils changèrent légèrement le mode de scrutin : on en est resté avec la proportionnelle intégrale suite au premier tour mais sur sept circonscriptions au lieu d’une ! Obtenir des élus devient plus difficile si bien que la bande des autres s’appellera alors PS, UMP, UDF et FN qui est encore là. Le PS n’a jamais eu un score aussi haut. Avec presque 29% il devance l’UMP de plus de 12 % ! L’échec de 2002 est magistralement effacé. Autre effacement total qu’il ne faut pas oublier : le succès de l’extrême-gauche en 2002. Pour les Européennes l’accord LCR-LO produit seulement 2,5% des voix quand Besancenot seul faisait 4% deux ans avant ! De Villiers et le PCF avec trois élus chacun survivent tandis que les Verts avec 6 élus résistent bien au nouveau mode de scrutin.

Alors en 2008,qui sera dans la bande des quatre ? Cohn-Bendit-Bové et le pôle écologiste ? Bayrou –JF Kahn et le pôle centriste ? Mélenchon-Buffet et le pôle de gauche ? Jennar-Besancenot et le pôle NPA ? Tous pensent que la situation n’est comparable à aucune autre, tous pensent que l’Europe est comprise pour ce qu’elle est, tous espèrent que leur tour est venu pour balayer la droite et le PS car tous veulent croire qu’il suffit d’un trompe l’œil pour devenir artiste. Quand j’entends Mélenchon annoncer qu’il va devancer le PS alors que son parti n’existe pas encore, je repense à ceux qui disaient que Bové serait en tête de la gauche en 2007 ! Plus la politique s’effondre et plus le moment électoral devient un enjeu en soi. Pour l’électoralisme avance et plus le peuple est absent. J’ai en effet oublié de donner le taux de votants depuis trente ans. Successivement nous avons eu : 60,7%, 56,7%, 48,8%, 52,7% (petite remontée en 94), 46,7% et enfin 42,7%. Allons nous passer sous le 40% de votants en 2008 ?
19 novembre Jean-Paul Damaggio


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Commentaires

par quent1 le Jeudi 20/11/2008 à 19:47

Gracie mille pour les rappels. Pour prouver l’attention à cet article de 30 ans de trompe-l’œil comme chez Magritte ou autres artistes je lis  « Alors en 2008,qui sera …Allons nous passer sous le 40% de votants en 2008 ? »

On voterait en 2008 ? Des années intermédiaires de la période 1979-2008 car 2009 pas encore né neuf, je me souviens mais pas de tout.

Pourtant me reste le souvenir que comme en 1979, en 1984 je n’ai pas voulu y aller et puis en 2004 j’ai récidivé.

Je ne voterai pas encore en l’an neuf 2009, mais d’ici-là sans doute bien de l’eau aura coulé sous les ponts et peut-on être encore sûrs d’être conviés aux urnes ?

L’Europe est privative privatisée mais depuis quand ?

Les urnes et l’électoralisme ne font pas tout, manque un mouvement social d’ampleur, des syndicats multiples non vidés de leurs troupes, etc. et puis l’Histoire nous a si souvent démontré d’où les changements sociaux et acquis provenaient.

En attendant un réveil possible des Peuples me reste aussi le souvenir d'avoir cru dans les années 70 à la revendication des États-Unis socialistes d'Europe respectant le droit de chaque pays et état à légiférer comme il l'entendait et pour le bien commun de tous ses concitoyens mais là aussi ce devait être douce utopie, ça n'a pas vraiment pris y compris en ex-Yougoslavie. Et puis l'Europe des frontières où devrait-elle s'arrêter ? Russie ? Oural  en limite ? ou où ? Et la Turquie est-elle européenne, si oui pourquoi l'en exclure de l'EU ?  La déclaration de principe des peuples est écrite sur Le Mur, murmure qui n'est pas celui de Yilmaz Guney que j'ai bien aimé dans ses oeuvres, en Turquie ou même à Byzance, Constantinople, Istambul, je ne suis pourtant jamais allée. Les voyages dans la vieille Europe se sont limités dans un ordre un peu dispersé à la France, l'Autriche, l'Espagne, la Belgique, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la France des îles bretonnes alors là sera joint un beau mur antique de Toscane  avec déclaration de principe pour un peu enjoliver le commentaire de l'ex postière-communicante.


Commentaire envoyé par Christian Berthier par la-sociale le Vendredi 21/11/2008 à 07:43

Cher Camarade,
Merci du fond du coeur pour ton historique de la participation de la "gauche de la gauche" aux européennes, y compris de la descente aux enfers politiques du PCF.
1 - Pour être complet et clore le bec à certains euro-maniaques, rappelons que Pierre Mendes-France était un adversaire résolu de "Bruxelles" qui pourtant n'était que la CEE - "communauté économique européenne", comme étant attentatoire à la souveraineté nationale et républicaine.
2 - Tu soulignes l'abstention croissante et très supérieure à celle constatée aux élections nationales, ce qui ne peut que signifier l'hostilité et non l'indifference des électeurs françis au cadre politique européen
3 - remarquable aussi les tentatives largement médiatisées de promouvoir de nouvelles listes hors bipartisme, que ce soit des verts, de l'extrême gauche, du centre, etc. Toutes sans succès ou sans lendemain, mais toujours très coûteuses pour ces partis et sans doute très profitables pour les media et faiseur d'antenne.

Par contre, il faudrait bien signaler la totale inefficacité du parlement européen à promouvoir quelqu'interet social ou citoyen, son absence de droit d'initiative et de censure et l'abstention des groupes de gauche quand il s'agit de bloquer les initiatives mediatiques de droite, notamment contre le Venezuela - dernièrement, il 'y a eu que 80 votes contre le venezuela face à l'absence de la plupart des autres deputés! Résultat? Silence!

Ceci m'amène à m'interroger de l'intérêt qu'il y aurait pour un parti non euro-compatible à s'endetter pour faire cette campagne, sauf à en partager les coûts et les tribunes avec un très large rassemblement unitaire prolongeant la campagne du NON...si l'abstention devait encore croître au dela des 60%.
Et dans ce cas, il faudrait se poser la question de la légitimité d'une telle consultation du point de vue de notre propre république, même "gaulliste" et au delà de sa compatibilité avec la volonté apparemment largement répandue a gauche de promouvoir une 6eme republique plus parlementaire et democratique.
christian berthier


Lien croisé par Anonyme le Jeudi 27/11/2008 à 21:40

Le théâtre démocratique et le lac aux crocodiles : "A maints égards, les joutes politiques que l’on présente aux Français me rappellent ces souvenirs, sous la dénomination plus moderne de "bande des quatre"."


Lien croisé par Anonyme le Mercredi 22/04/2009 à 18:46

matches de catch - Blog de DIACONESCO.TV ( en Français et en Italien ) : "dénomination plus moderne de "bande des quatre"."



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